‹ Nécropoles puniques de CarthageChapitre 63 sur 220 · BATTARIA (Bija · texte numérisé non relu

BATTARIA (Bija

Les stèles suivantes, au nombre de 31, ont été trouvées par hasard, en piochant le sol dans un endroit que rien ne signalait à l'attention : aucune trace de construction de quelque importance, aucun vestige de maçonnerie. Elles étaient enfermées pêle-mêle dans une sorte de cachette, une favissa, analogue à celles où ont été découvertes les stèles punico-romaines de Tubernuc, les monuments votifs que le IV Carton croit avoir apparlenu à un sanctuaire primitif bâti sur remplacement du temple romain de Saturne à Dougga2, et ceux qui oui

I. [P. Gauckler, Rapport épigraphique sur- les découvertes pùlcx en Tunisie pendant les cinq dernières années Bull, archéol. <lu Comité, 1 SOT, p. 370 et s.]

ï. Carton, Le sanctuaire de Baal-Saturne à Dougga, |>. .'*."> et auiv.

été déterrés tout récemmenl par M. limon au cap Matifou, près des ruines de l'antique Rusguniae.

Elles n'étaient certainement pas en place, el nous n'avons aucune indication sur leur provenance. A-t-on voulu, en les jetant sans ordre dans un Irou, en débarrasser un sancluaire trop encombré, comme c'était l'usage en Grèce et à Rome? A-t-on eu l'intention de les soustraire aux atteintes des iconoclastes chrétiens, clans les derniers temps du paganisme africain ? La première hypothèse me parait plus probable, sans que je puisse rien affirmer.

Les stèles de Battaria sont toutes du même style, et présentent entre elles des caractères communs qui prouvent leur étroite parenté.

Elles sont d'un travail absolument barbare, aussi grossières d'exécution que les plus grossières de Tubernuc et de Dougga. Il ne faudrait pas, d'ailleurs, en conclure que tous ces monuments votifs remontent à une haute antiquité : au contraire, ceux de Battaria sont certainement de l'époque romaine, puisque six d'entre eux portent des inscriptions latines ; je ne les crois même pas antérieurs au 11e siècle de notre ère. Ce sont des exvoto de pauvres campagnards, sculptés dans la pierre du pays par un artiste indigène du cru.

Ils ont presque toujours la même forme : dalles épaisses de 0 m. 08 à 0 m. 015, allongées el terminées en pointe au sommet. La pierre, un calcaire de mauvaise qualité, qui s'écaille et se fend en tous sens, est à peine dégrossie ; elle semble taillée à coups de hache. Les inscriptions et les attributs symboliques sonl gravés au trait avec une incroyable naïveté. C'est le comble de la laideur et de l'inexpérience.

L'inscription se borne à indiquer le nom du dédicanl, au génitif ou au nominatif. Sur six noms, quatre se rapportent à des personnages de la même famille, les Avianii, deux d'entre eux ayant le même prénom.

Bien que portant tous, sauf un. des noms romains, les dédicants semblent bien être des indigènes. Aucun d'eux n'a les tria no mina.

Quant aux attributs figurés sur les stèles, ils n'ont rien de romain. La plupart sont de ceux que l'on rencontre le plus fréquemment sur les monuments votifs du culte punique. Ce sont : la palme (7 fois) ou les palmes géminées (10 fois) ; le croissant, toujours montant (15 fois) ; le triangle (8 fois) ; le disque simple (4 fois); le disque rayé en croix (5 fois) ; le disque à cercles concentriques ((S fois). L'image symbolique divine apparaît sur quatre stèles, chaque fois sous une forme différente. Le dédicant est figuré deux fois ' ; sur trois autres ex-voto, l'on trouve un visage humain, qui peut aussi bien représenter le dédicanl que la divinité sous sa forme anthropom orphique. — Deux stèles offrent des évidements en forme de niche, particularité assez rare, déjà observée cependant sur quelques monuments votifs de Tubernuc et de Dougga.

Le seul symbole qui apparaisse pour la première fois, à ma connaissance, sur une stèle punico-romaine, est une sorte de fer à cheval, fermé en bas et surmonté au sommet de cinq rayons (stèle 38). Je ne sais quelle signification lui attribuer.

I. Cf. La stèle de Tubernuc (p. 337, n°6, et pi. CCXLIII, 6] qui représente le dédicanl tenant une palme devanl rimai;!' de Tanit. L'hypothèse d'une représentation de la déesse mère, que j'avais émise 1res dubitativement, est définitivemenl à rejeter.

1. — Battaria. Stèle grossièrement équarrie, brisée en haut et en bas; caraetères hauts de 0 in. 015 :

DAVIANIIF

D(ecimï) , Avianii f(ilii) .

2. — Battaria. Stèle grossièrement équarrie, brisée an sommet; lettres hantes de 0 m. 04 :

CAVIANI

3. — Battaria. Stèle triangulaire haute de 0 m. 35. En haut, un disque simple, puis un disque à trois circonférences concentriques; un triangle représentant sans doute le cône sacré, el l'inscription suivante en lettres deO m. 035 :

CAVIANI

4. — Battaria. Stèle rectangulaire à fronton triangulaire. Brisée en haut et en bas ; hauteur du fragment, 0 m. 28. Triangle enfermant un disque à trois circonférences concentriques. Au-dessous, en caractères hauts de 0 m. 04 :

MAVIANI

5. — Battaria. Stèle triangulaire, brisée au sommet. hauteur 0 m. 30. Au sommet, croissant montant. Audessous, deux palmes, puis l'inscription en caractères onciaux, difficiles à lire, hauts de 0 m. 02 à 0 m. 025 :

• CADIRI1SS I

G adirés si.

Nom indigène, à rapprocher du nom Gaddir, déjà

connu

6. — Battaria. Stèle à sommet arrondi. Hauteur, 0 m. 60. Au sommet, un triangle ; au-dessous, de gauche à droite, un triangle, avec un point au centre, un disque avec un point au centre, un croissant montant; au-dessous, l'inscription suivante, en caractères hauts de

FELICTSSI

MV

Felicissimu(j).

7. — Battaria. Stèle triangulaire. Hauteur, 0 m. 59; largeur à la base, 0 m. 35. En haut, l'image de Tanit, sans tête ; au-dessous, dans un encadrement formé d'un simple trait, le dédicant levant les deux bras avec le geste de l'orant, et tenant à droite une bandelelle ou un gâteau ; à gauche, une palme. Pas d'inscription.

8. — Battaria. Stèle à fronton triangulaire. Hauteur. 0 ni. 19. Au sommet, une ligure ressemblant à un fer à cheval, radié avec six rayons. Au-dessous, le dédicant debout, la main gauche levée, les cinq doigts ouverts, la main droite tenant une palme. A gauche, un croissant moulant; à droite, une palme.

9. — Battaria. Stèle grossièrement équarrie, arrondie au sommet. Hauteur, 0 m. 70. En haut, le croissant moulant ; au-dessous, l'image de Tanit ou le buste du dédicant, sans bras, entre deux palmes; le tout encadré

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