‹ Nécropoles puniques de CarthageChapitre 93 sur 220 · N E M A N VA LENTE C · texte numérisé non relu

N E M A N VA LENTE C

L'inscription punique comprend également huit lignes, à peu près illisibles.

Les deux épitaphes se rapportent à une femme, prêtresse indigène d'une divinité punico-romaine. Divers attributs, sculptés en bas-relief sur le cippe, confirment cette hypothèse.

C'est d'abord, au-dessus de l'épitaphe, une sculpture très effacée, au milieu de laquelle semble être figurée une tête de divinité.

Sur la face latérale de droite, une femme debout, rappelant les ligures symboliques, dites de Tanit ; de ses bras levés, elle soutient une corbeille posée sur sa tète, et vers laquelle se penchent deux grands serpents affrontés, dont les corps ondulés descendent des deux côtés de la prêtresse, qu'ils encadrent.

La face latérale de gauche présente un motif semblable, moins bien conservé.

La face postérieure du cippe, très fruste aujourd'hui, présente à la partie inférieure un cratère à deux anses, reposant sur un trépied, et abrité par un fronton triangulaire ; au-dessus, deux génies affrontés et ailés, placés obliquement, et séparés par un vase à deux anses.

Malgré son mauvais état de conservation, ce cippe me paraît présenter un très grand intérêt. Aussi ai-je pris les mesures nécessaires pour le faire transporter à Tunis, au Musée Alaoui, dès que l'état des chemins et le retour du beau temps permettront le déplacement de ce bloc de pierre d'un poids considérable.

11 bis. COMMENTAIRE DE L'iNSCRIPTION BILINGUE

J'ai déjà signalé, il y a cinq ans, en 1900, la découverte faite au Djebel-Mansour, dans les ruines de l'antique Gales, d'un intéressant monument funéraire en forme de cippe, sculpté de bas-reliefs sur trois de ses faces, et présentant sur la quatrième, la principale, une inscription bilingue, latine et néo-punique, gravée dans deux cartouches à queues d'aronde superposés, que sépare un simple filet, et que surmonte un buste de génie ailé, figuré d'une façon naïve et grossière dans une niche cintrée. Je n'avais pu, à ce moment, étudier ce texte que sur des estampages très effacés qui ne m'avaient permis de déchiffrer qu'une partie de l'inscription latine, tandis que les caractères néo-puniques demeuraient à peu près illisibles.

J'ai réussi, l'an dernier, non sans difficultés, à faire transporter le cippe du Djebel-Mansour au Musée du Bardo, où j'ai pu l'étudier à loisir; et je crois être enfin parvenu à une interprétation satisfaisante du texte latin qu'il présente. J'ai été aidé dans ce travail par les observations de M. Glermont-Ganneau, qui étudiait de

I Hull. archéol. du Comité, 1905, clix-ci nu.

son côté le texte néo-punique, presque identique au latin, paraît-il, et qui doit le publier prochainement.

Une première lecture, publiée dans le Bulletin archéologique du (Comité, 1900, p. 100, n° 46, me paraît devoir être corrigée et complétée de la façon suivante :

Q V A R T A • N Y P T A N I S • F • G ALESIS-VXSOR-CELERIS MATTIS-F-SACERDOS- MAGN C O N D I T I V • S • P • F • C V R A T O R I B VSSATVRVM ROGATV-BRVTI ONE MANIV NAMPAMOAE VALENTE CELERIS -F'STRV-RVFV IMILCONE TVLESES VIXIT ANIS LIX

Quarla, Nyptanis f{ilia), Galesis, uxsor Céleris, Manlis f(ilii), sacerdos macfn(a ou uni) conditiu{m] s(ua) p(ecunia) f(ecil), curatoribus Salurum, Rogalu, Brutione, Maniu, Xampamone, Yalente, Céleris j\ilio) ou f{iliis); stru[clorihus] : Rufu, Imiloo/?e, Tuleses. Vixil an[n]is LIX.

Remarques. — Lignes 1-2. La lecture Gale[n)sis m'a été suggérée par M. Clermont-Ganneau, qui a pu déchiffrer l'ethnique dans le texte néo-punique.

Ligne 3. Il en est de même du patronymique de Celer. M. Clermont-Ganneau m'a dit avoir lu : QLR HMA'NN. Ceci devait donner en latin : Mannis. et non Mantis qui pourtant est certain. D'autre part, Manlis de la ligne 3 et Maniu de la ligne 6 ne seraient, d'après le texte néo-punique, qu'un seul et même nom.

Ligne 7. J'ai restitué : STKVctoribus par analogie avec la dédicace d'un temple à Mercure découverte en

1904 au Djebel-Mansour, à peu de dislance de la basilique, el dont j'ai communiqué à l'Académie des Inscriptions ', clans sa séance du 4 8 mars 1904, par l'obligeante entremise de M. Philippe Berger, la lecture suivante :

Templu[m Mercurio f(ecerunt) civitas Gulesis, sufetes Aris et Manius, Céleris f(ilius) ou f(ilii) ; scripsit Satur, Céleris f(ilius), struclores C. Mariium et C. Aemilium.

Plusieurs des personnages mentionnés sur cette dédicace sont déjà nommés par le texte bilingue.

Ligne 8. Tule{n)ses. Le mot, dont la lecture est encore incertaine, est un ethnique. — Vixitd[n\nis LIA. Je n'ai pu déchiffrer la fin de la ligne, très effacée, qu'en m'aidant de l'indication fournie par le texte néo-punique. Le chiffre de l'âge n'est pas absolument certain.

Voici enfin quelques corrections ou additions à faire à la description que j'ai donnée du cippe lui-même dans le Bulletin archéologique. La pierre est haute de 0 m. 79 et non de Om.70, comme il a élé imprimé par erreur.

La prêtresse figurée sur la face latérale de gauche est debout sur un socle2, vue de face, les pieds tournés de profil à' gauche. Elle porte une corbeille en équilibre sur la tête, tandis que, de ses deux mains dressées, et qui me paraissent soutenir le récipient, elle présente

1. Académie des Inscriptions , Comptes rendus, 1904, p. 157 et suiv. J'ai f;iii transporter au Musée du Bardo ce texte gravé sur un linteau de porte monolithe à mouluration très originale.

2. La présence de ce socle m'avait d'abord fait supposer que le basrelief représentait, non une prêtresse, mais une statue de la divinité elle même. Dans <•<• cas l'on s'expliquerail mieux la présence «les deux motifs à peu près identiques figurés sur les faces opposées. ('.<• seraient les images de deux déesses étroitement unies L'une à l'autre, comme

Démêler et ( lora, les ( >rr/7\s.

deux épis. Elle est coiffée à la mode africaine, avec les deux courtes nattes habituelles, encadrant la tête de leurs courbes divergentes qui retombent à droite et à gauche du cou, sans atteindre les épaules. Son costume se compose d'une simple tunique, sorle de sac, à manches, serrée à la taille par un cordon.

La corbeille renferme sans doute la nourriture des deux serpents sacrés, deux grands pythons, dont les têtes affrontées se rejoignent au-dessus du récipient, et dont les corps ondulés descendent à droite et à gauche, encadrant, de leurs courbes allongées, la prêtresse.

Celle-ci reparaît sur la face latérale de droite, mais sans les serpents, ni les épis. Le motif est d'ailleurs fortement endommagé, de même que celui de la face opposée à celle de l'inscription. Ce dernier présente à la partie inférieure un large cratère, ou plus exactementun oxybaphon à deux anses, posé sur une tablette à trois pieds, et surmonté d'une sorte de fronton en zigzag sur lequel reposent en biais deux génies ailés. Ceux-ci, s'inclinant tous deux vers un second oxybaphon placé au centre, semblent vêtus d'un costume très léger, dont on ne distingue plus guère que la ceinture qui le fixe à la taille.

Somme toute, ce cippe, d'aspect tout à fait barbare, a pour nous tout l'intérêt d'une sculpture indigène, le lapicide qui a gravé l'épilaphe bilingue et ciselé les basreliefs, n'ayant subi que dans une très faible mesure rinfluence de l'art gréco-romain, de même que l'architecte qui avait construit le monument funéraire, condilium, abritant le cippe de la prêtresse Quarêa. Quant au culte officiel et municipal dont celle-ci était obligée

de célébrer les rites, c'était, à en juger par les attributs et l'attitude qui lui sont donnés sur les deux basreliefs, celui de la Ceres A f ricana, ou plutôt des Cereres, Déméter et Gora, dont le culte s'était confondu à Cartilage avec celui delà phénicienne Tanit.

La date de ce monument funéraire se rapproche certainement beaucoup de celle de la dédicace du temple de Mercure, construit par les soins de quelques-uns des membres de la famille de la prêtresse Quarta, femme de Celer, au temps ou la civitas Gale(n)sis était encore administrée par des sulfètes, comme d'ailleurs la plupart des petites villes agricoles de la même région ' : selon toute apparence, à la fin du premier siècle ou au commencement du second siècle de notre ère.

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