CHARLES
José Joachem de Montealegre.
L’Infant s’éloigna de cette ville , le même jour, 14 mars ; il était arrivé le 4 à Pérouse ; c’était donc dix jours pour faire vingt-cinq lieues. M. de Villars
ne s’expliquait pas une lenteur si extraordinaire , quand il n’y avait qu’à marcher droit devant soi , lui qui voulait que l’Infant courût la poste jusqu’aux frontières du royaume de Naples. Cette lenteur tenait à deux causes principales qui influaient nécessairement sur les mouvements de l’armée espagnole. Ou préparait alors à Barcclonne une nouvelle expédition ; le maréchal la croyait destinée pour la Lombardie ; mais en réalité elle devait agir contre les Deux-Siciles, enlever les lies du golfe de Naples , et bloquer la ville du côté de la mer, pendant que Don Carlos l’attaque* rait du côté de terre. Ces deux opérations devant se faire simultanément , il fallait attendre que la flotte de Barcelonnc fût parvenue à destination. Enfin, M. de Montemar craignait une forte diversion de la part de l’armée impériale de Lombardie. Dès lors, il devenait indispensable de ne pas trop s’engager avant l’arrivée du secours vénant d’Espagne. La cour de France n’attachait pas moins d’importance à cette seconde expédition , car Louis XV mandait au Maréchal, le 19 mars : * J’ai peine à croire qu’ils (les Im- « périaux) songent à faire un détachement pour aller c au royaume de Naples; mais, s’ils prenaient ce parti, < mon intention n’est pas que vous les fassiez suivre ; « ils y seraient devancés parles 16,000 Espagnols qui « se sont embarqués à Barceloune, et qui vont en c droiture à Naples. Vous auriez alors un grand avan- « tage sur les ennemis, qui seraient fort affaiblis , et h je me persuade que vous les obligeriez bientôt à f repasser le Pô et à rentrer dans Mantoue. >
Rome ü est qu’à quelques lieues de Civita-Gastellana, et chacun se flattait d’y voir le jeune prince sur lequel toute l’Italie avait les yeux fixés. Quelques difficultés relatives au cérémonial , ou, plus vraisemblablement, les ménagements que le Pape tenait à garder vis-à-vis de l’Autriche , l’empêchèrent d’y faire son entrée ; il ne dépassa pas Monte* Rotondo , et établit sou quartier général dans le magnifique palais de ce bourg. Rome tout entière se porta à sa rencontre ; |)armi les visiteurs, on remarqua surtout la princesse Corsini, sœur du Pape, le prince et la princesse Santo- Bueno, l’ambassadeur de France, M. le duc de Saint- Aigiian, la marquise Salviati, à qui S. A. R. donna le divertissement d’un bal militaire ,* le chevalier de Saint-Georges, fils de l’infortuné Jacques II, qui vivait obscurément à Rome, après avoir été reconnu, par Louis XIV, roi légitime de la Grande-Bretagne. Il avait avec lui ses deux fils : l’un, sous le nom de cardinal d’York , devait mourir dans cette même ville de Rome au commencement du siècle suivant ; l’autre, sous le nom de Charles-Édouard, résumer, quelques années plus tard , toutes les infortunes et toutes les gloires.
Le 20 mais, l’Infant-Duc était encore à Montc- Rotondo , avec un corps de trois mille hommes environ. Le gros de l’armée filait sur Frosiuone, menaçant la route de San-Germano.
Pendant que les Espagnols se rapprochaient de la frontière, voici ce qui se passait à Naples d’après un bulletin que l’intendant de l'armée française envoyait au ministre de la guerre :
MmtTellM de Naplea venuea par la vaie de ■ane.
19 mirs 17.11.
L’Infant est à deux journées en arrière de son armée, cl il jiaraît qu’à sa Cour on est très-peu instruit des démarches de .M. deMontemar. On attribue la lenteur ou plutôt l’incertitude quemontrentlesEspagnolsà deux causes: l’iine, àceque, nesc trouvant pas assez forts, ils attendent un secours ; l’autre, à ce qu’ils hésitent à passer le Garigliano, que les Allemands se disposent à défendre, ce qui les forcera peut-être à faire un grand tour pour aller passer celte rivière à sa source. Quelle que soit la cause de ce retardement, il ne fait pas un bon effet à Rome, et il paraît que l’on commence à s’en inquiéter. On assure que les Allemands sont dans la résolution de marcher au devant des Espagnols et de leur livrer bataille avant qu’ils enireni dans le royaume de Naples. Ils sont confirmés dans cette résolution par l’arrivée d’un secours assez considérable qui leur est venu par mer par la voie de Trieste, et, quand au moyen de ce secours les forces ne seraient pas égales, ils ne seraient pas moins dans la nécessité de risquer une action, par la disposition des esprits à Naples môme, et dans le pays qui est entièrement favorable aux Espagnols , et qui a toujours décidé de la souveraineté. Les Allemands sont commandés par le maréchal Caraffa.
'fous les équipages de .M. de Viscomti sont partis pour Rome, et la retraite de ce vice-roi, qui était généralement aimé, augmente encore la haine du peuple contre les Allemands. Voici la cause qui l’a plus engagé à demander à quitter la vice-royauté que ses infirmités , qui quoique effectives ne sont cependant qu’un prétexte.
M. de Viscomti, dans la vue de soutenir la guerre, avait sus- |iendu le paiement de toutes les pensions assignées sur l’Etal à
(les Espagnols demeurés au service de l’Empereur et à d’autres. II avait porté la délicatesse jusqu’à vendre sa vaisselle d’argent plutôt que de prendre ses appointements; il avait fait des emprunts à tous les gens riches, et du tout avait formé une caisse, dont il espérait tirer une grande ressource. Sur le compte qu’il a rendu à la cour de Vienne d’une conduite si sage, elle a été désapprouvée par des cabales et de gens intéressés, et il a reçu un ordre, non-seulement de payer les pensions ordinaires , qu’il avait suspendues, mais encore d'acquitter celles du Milanais qui ont été transportées sur celle caisse. Cet ordre l'a mis au désespoir, et a fort irrité en même temps les habitants.
Le comte d’Almenara, qui était destiné à lui succéder, a refusé celte place pour le danger de s’y exposer dans ces circonstances, et elle est tombée au duc de Cervellioni, auquel on a donné pour secrétaire de confiance un homme extrêmement haï et qui, dans la dernière guerre, pensa être assommé par la populace.
On mande aussi de Rome que les Allemands de Rome attendent qu’on leur enverra, du Mantouan, un détachement de dix mille hommes à leur secours.
Nota. On lient ces nouvelles de Rome, d’un ami intime de M. d’Almenara, dont il a été parlé ci-dessu.s, et qui est dans le pins grand commerce avec lui. {Arch.dudép. 2753, <76 )
Ainsi, à la veille d’une invasion imminente, on rappelait un vice-roi qui avait su se concilier la bienveillance générale, rappel d’autant plus impolilique quelacourdeVienne n’ignorait pas les dispositions des Napolitains en faveur du fils de leur ancien maître (1).
(1) Les événements se succédaient .«si rapidement que le sncrcsscur désigné deM. de Visconli n’eut pas le temps de prendre pos.ses.sion de son poste. Le vice-roi resta a jNaples jusqu'à l’arrivée des Espagnols.
Le 10 mars, l’Empereur avait expédié de Vienne une cédule impériale adressée aux élus de la ville de Naples. n leur rappelait la fidélité qu’ils lui avaient jurée et dont ils avaient donné tant de preuves à sa maison, les exhortait à se défendre et leur promettait un secours de 10,000 hommes , détachés de l’armée du maréchal de Mercy. C’était s’y prendre un peu tard , quand , depuis bientôt cinq mois , le royaume était sérieusement menacé par les Espagnols. On lui répondit, en rappelant les sacrifices que s’était imposés la ville de Naples et en démontrant l’impossibilité de toute résistance sérieuse (1).
Par une singulière coïncidence, au moment où Naples capitulait de fait , car la réponse des élus était une véritable capitulation , la flotte espagnole paraissait en vue du port, et Don Carlos entrait Àms le royaume par Frosinone, dernière place de l’État-Ecclésiastique. Il franchit le Liri sans opposition, séjourna un jour à Arpino et trois à San-Geimano. L’ennemi ne se montrait pas encore, mais, d’après tous les rapports , il paraissait disposé à défendre la position de Mignano, sur la route de San-Germano à Naples, entre Sessa et Venafro.
Depuis le départ des Espagnols, divers plans de campagne avaient été successivement adoptés par les officiers impériaux. Prévoyant que l’Infant pourrait pénétrer par la Teire-de-Labour, ils firent d’abord fortifier la rive gauche du Garigliano ; au défaut de
( 4 ) Archives du dépôt de la guerre,
forces suffisantes pour garnir les lignes et conserver Capoue, ils résolurent de démanteler cette place. On espérait que la garnison, jointe aux troupes régulières et aux milices du pays, ferait assez de résistance pour donner à l’Empereur le temps d’envoyer des secours. Ceci se passait vers le milieu du mois de février, pendant que les Espagnols étaient encore à Sienne. Plus tard, quand M. de Viscomti fut informé de leur marche sur Arezzo, il craignit avec raison qu’ils ne voulussent se faire jour par l’Abbruzze. Les lignes du Garigliano devenaient inutiles , et il devenait au contraire trèsessentiel de conserver Capoue. Le vice-roi fit donc rétablir les fortifications de cette ville. Les travaux se poursuivaient activement lorsqu’il apprit, le 16 mars, que les Eispagnob s’étaient rabattus sur la gauche et semblaient menacer San-Gcrmano. M. de Viscomti en revint alors à ses premières dispositions. Mais il n’était plus en son pouvoir de les faire exécuter; le peuple manifestait hautement scs sympathies pour r Espagne; les milices se débandaient; plusieurs grands seigneurs, de ce nombre le prince de la Torella, étaient allés rejoindre l’armée de l’Infant ; la démoralisation gagnait les troupes régulières. C’est ce qui explique pourquoi le comte de Traun, qui commandait à Mignano, malgré sa bravoure incontestable et la force de sa position, n’osa pas attendre l’ennemi de pied ferme, brûla ses fourrages , ses charrois, encloua ses pièces , et se replia rapidement sur Capoue. c Mi- « gnauo , mandait M. de Fontanicii, au reçu d’une « lettre écrite par un officier espagnol , Mignano est
« Fendroil où les Allemands s’étaient retranchés sur le « Garigliano. Dès qu’ils ont entendu le tambour de « l’avant-garde espagnole , ils ont pris la fuite très- « précipitamment, après avoir brûlé leui“s fourrages, a et encloué i 6 pièces de canon de fer, qu’ils ont même « enterrées, et dont on n’avait encore découvert que « huit. Les Espagnols sont entrés dans ce même camp
< le 30 du mois dernier (mars), et ils y ont séjourné
< presqu’au 2 de celui-ci, qu’ils allaient en partir pour € être à Naples en six ou dix jours de marche. >
La route était libre. L’armée continua sa marche , évita Gapouc, et sc trouvait le 9 avril à Maddaloni, près de Casertc. Le lendemain, 10 avril. Don Carlos transporta son quartier-général à Aversa. 11 y trouva les députés du Corps de la Ville, qui lui remirent les clefs de Naples, et lui apprirent que le vice-roi était parti le 3, en litière, suivi du conseil collatéral, par la route d’Avellino. Les Allemands occupaient toujours les châteaux , mais ne pouvaient faire une longue défense.
Dans une réponse en langue espagnole, l’Infant réitéra les promesses de son père et confirma les privilèges de la ville de Naples, en lui accordant, de plus, la grandesse d’Espagne de première classe. Il invita l’élu du peuple et les députés à se couvrir en cette qualité.
Le 13, il écrivait au maréchal de Villars :
■.’lnfaBt-Dae fc M. do Villars,
Maréclial général, duc de Villars, mon cousin,
Le marquis de Bis.sy m'a remis hier au soir la lettre du G ((iic
vous lui avez adressée pour moi par un exprès. J’y ai trouvé de nouveaux témoignages de votre affection et de votre zèle pour ma personne, qui, en augmentant ma satisfaction et ma confiance, redoublent en même temps ma reconnaissance et restime que j’ai toujours faite de voire mérite extraordinaire.
J’ai vu par votre lettre cl par celle du comte de Broglie, dont vous m’envoyez copie . l’avis que M. le marquis de Valence avait donné le 29 mars qu’un corps de 25,000 Irapéfiaux s’était mis en marche pour pénétrer par la Polésine dans le royaume de Naples, et j’ai remarqué dans vos réponses que vous avez fait les dispositions les plus actives et les plus convenables pour leur empêcher le passage du Pô, et que vous aviez de plus établi votre quartier général à Colorno, pour vous mettre à portée de les suivre de votre personne s’il était nécessaire.
Toutes ces attentions, tous ces soins et celte prévoyance répondent parfaitement à ce que je me suis toujours promis de vos sentiments et à la justice que je vous ai toujours rendue, eu comptant que la gloire du Boi mon père et mes plus grands avantages seraient un des plus grands objets de vos vues et celui qui déciderait principalement de vos opérations, dans la direction de l’armée que le Boi Très-Chrétien, mon cousin, vous a confiée en Italie. L’expérience me confirme dans mes idées, et je vous en suis très-obligé.
Je doute que tout le pouvoir de nos ennemis communs soit capable de troubler la conquête de ce royaume, ni d'arrêter le progrès des armes victorieuses de Sa Majesté. Elles y ont été reçues avec les acclamations dont vous avez été informé par mon secrétaire Monteallegre, que j’avais chargé de vous mander que la ville de Naples s’était rendue à mon obéissance en me remettant les clefs au nom de tout le royaume.
Je me suis arrêté à Aversa, h sept milles de Naples, en attendant le retour des différents détachements que j’ai envoyés pour soumettre les châteaux de la ville et celui de Baia qui est dans
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le port, et pour suivre le Vice-roi dans la Pouille, dans le dessein de le chasser du royaume avec les troupes qui sont à sa suite, ou de le prendre prisonnier. Après quoi on se disposcraà assiéger les places dans les formes. Voilà l’état de notre expédition, dont vous ne devez pas tirer peu de gloire par rapport à l'elTet que produit votre seule présence en Lombardie.
Je vous assure que je rendrai compte à Sa Majesté de tout ce que vous me mandez, de votre attention et de votre vigilance, et de ce que vous vous proposez de faire en faveur de mon entreprise.
Je vous répète qu’on ne peut rien ajouter à la vivacité et à la sincérité de ma reconnaissance et au désir que j'ai de vous en donner des marques.
(jue Dieu vous ail. Maréchal général duc de Villars, en sa continuelle garde.
Donné ù Aversa, le 13 avril 1734.
{Xrch. de la guerre, V. 2754, n® 118.)
Peu de jours après, le eomte de Montemur entrait dans Naples a la tête de six mille hommes. La flotte espagnole qui croisait eu vue de la cdte depuis la fln du mois précédent s’était déjà rendue maîtresse des lies d'Isciiia et de Procida. Â l’arrivée du capitainegénéral , on commença le débarquement de la grosse artillerie et du matériel de siège nécessaire pour réduire les châteaux. Ils capitulèrent successivement, Da'iu le 25 avril ; le fort Saint-Elmc, le 25 du même mois ; le chatcau de l'CËuf, le 2 mai, et le Château- Neuf, le G. Une partie des troupes prit du service dans l’armée espagnole.
Pendant que le canon grondait encore , la ville se couvrait d’arcs de triomphe, les églises revêtaient
leurs plus riches tentures, et l’ou préparait tout pour l’entrée solennelle de l’Infunt. Le 10 mai , jour fixé pour la eérémouie, * ce prince se rendit avec toute sa « cour au couvent des Minimes , vers la porte de
< Gipoue. Les religieux étant allés le recevoir à la « porte de leur église avec le dais,, il assista au Te
< Deum qui y fut chanté, et ensuite il se reposa quelque « temps dans les salles du couvent. Sur ces entrefaites, « la noblesse étant arrivée en grand cortège , et les « députés du gouvernement ayant paru , S. Â. IL, € suivie de ses gardes du corps, du comte de San-Este- « van et du prince Bartoloineo Cofsini , son grand <t écuyer, se mit en marche, entra par la porte de « Capoue, et trouva les rues tendues de riches tapis- « sériés et bordées de la milice bourgeoise sous les c armes. Elle se rendit à l’Eglise métropolitaine, où
< le cardinal D. Francisco Pignatelli 1a reçut à la tête
< de son chapitre, et lui présenta la croix à baiser. « S. Â. H. s’avança alois vers le maltrc-autel, où était
< exposé le Saint-Sacrement. Elle se mit à genoux, et
< demeura dans cette posture pendant tout le Te * Deum , après lequel elle se transporta à la chapelle « du Trésor, où, après avoir vu la liquéfaction du « sang de saint Janvier, elle fit présent à la châsse de c ce saint d'un beau bouquet de brillants accompa- € gnésde quelques rubis. S. A. R. remonta ensuite à € cheval et se rendit au Palais Royal avec le môme
< cortège et aux acclamations d’une multitude innom- <t brable de peuple. Pendant toute la marche, on « jeta au peuple une quantité prodigieuse de médailles
« d’or et d’argent frappées exprès pour cet événe- « meut. »
11 faut connaître Naples pour se faire une idée de ce que devait être une pareille solennité. Au delè d’une certaine zone, les fêtes populaires perdent leur véritable caractère ; ce ne sont plus que des agglomérations d’hommes, froides et inanimées comme leur climat ; il y manque le ciel, l’horizon, la poésie, l’exubérance des natures méridionales. Ce qu’il faut pour animer un tableau de ce genre, c’est un peuple artiste, passionné, enthousiaste de tout ce qui parle aux yeux, et trausportant jusque dans les cérémonies funèbres ce besoin d’appareil et d’éclat, ce luxe de tentures, de fleurs, de guirlandes, dont la moindre maison se parc aux jours de gala, comme on dit à Naples; ces costumes bariolés des plus vives couleurs, qui se heurtent, se croisent et fatiguent la vue du spectateur; enfin , ce climat admirable, cette atmosphère toujours pure , cette ville de terrasses, mollement couchée au-dessus d’une baie toujours bleue, comme le symbole de l’insouciance, du bonheur et do la poésie de ses habitants.
Les fêtes redoublèrent à l’arrivée d*un courrier venant d’Aranjuez. Il était porteur d’un diplôme par lequel S. M. Catholique cédait à l’Infant D. Carlos tous scs droits sur les royaumes de Naples et de Sicile. L’ordre fut immédiatement transmis à tous les feudataires de la Couronne dose rendre dans la capitale pour reconnaître le nouveau Roi. D. Carlos reçut, en cette ({ualité, le serment des élus de la ville, du conseil
collatéral , des cours de justice et de la noblesse.
< Le 15 mai on chanta un Te Deum dans l’église royale « de Saint-Laurent. Rien ne manquait à la magnifi-
< cence des décorations de cette église. On y voyait « un superbe ain: de triomphe au-dessus de l’entrée,
> sur lequel étaient représentés les principaux exploits
< de Sa Majesté, et dans le fond du grand autel, enrichi « de tout ce qui se trouve de plus rare et de plus pré*
< deux, paraissait un grand tableau dans lequel on
< voyait Philippe V et Élisabeth Farnèse, Roi et Reine « d’Espagne, offrant le roi Charles, leur fils, au glo- « lieux patron saint Janvier, qui priait la Sainte Vierge c en laveur de Sa Majesté, sur la tête de laquelle une c quantité de petits auges faisaient descendre des t lauriers. »
Depuis le conunencement du XYllh' siècle, c’était le troisième prince qui échangeait une couronne ducale contre la couronne fermée des maisons royales. Par le traité d’Utrccht, les ducs de Prusse et de Savoie étaient devenus rois de Prusse et de Sicile ; par le traité de Turin et les opérations des armées combinées, le duc de Parme devenait Roi de Naples. 11 lui manquait encore l’investiture du Saint-Siège ; mais , d’après les dispositions très-lavorables que la Cour de Rome témoignait en faveur des alliés, on pouvait prévoir que cette formalité ne souffrirait pas de sclieuscs difficultés.
A ce sujet, l’ambassadeur de France auprès du Saint-Siège mandait au maréchal :
M. le duc de Haiat-Alcsen h ■. le nierecliel de VUIar*.
Votre coarrier, Monsieur, vient d’arrivér de Naples; il repart dans ce moment et vous porte la nouvelle que l’Infant a pris le 15 au matin le titre de Roi, Sa Majesté Catholique lui ayant cédé ses droits sur le royaume. M. le marquis de Bissy m’en donne pan au moment où il allait sortir pour accompagner au Te J)eum Sa Majesté Napolitaine.
Je reçois une lettre du t i de M. de Montemar; ce général avait joint le détachement de M. de las Minas et du duc Castropignano, et avec toutes scs troupes réunies se proposait à marcher sans perdre de temps aux ennemis auxquels son intention est de couper la retraite vers Borletta, sachant qu’ils projetaient d’y retourner pour tùcher de s’y établir et de se rendre raalirés de la recette provenant de la foire de Foggia qui se tient actuellement.
Il ne faut pas que je vous laisse ignorer. Monsieur, que lorsque je fis passer au Pape le détail de l’avantage que vous avez remporté sur les Impériaux, son premier mouvement fut d’en témoigner beaucoup de joie, et qu’il me dit en parlant de vous : L'ha falio da vecchio, ce que vous aurez la bonté de ne point interpréter littéralement. 11 ^outa qu’il ne disait pas qu’il s’en réjouit, sa qualité de père commun ne le lui permettant pas; mais cela même fïtt exprimé de manière à laisser très-bien connailre la vérité de ses dispositions.
Le silence des Impériaux continue, et je vous dois la satisfaction que j’ai de ne plus entendre leurs mauvais propos.
J’ai l’bonneur, etc. SAtNT-AtCNAN.
{Arch. du dép. delà guerre.)
Ainsi qu’on l’a vu par la dépêche de l’Infant D. Carlos an maréchal de Villars, un corps de troupes impe-
riales s’cluit retiré dans la Pouillc. Ce corps pouvait représenter un elTectif de sept mille combattants. Il était commandé par le prince de Belmonte et le génélal Rodoschi. Le duc de Castropignaiio, détaché du camp d’Aversa, l’observait depuis les premiers jours d’avril avec un peu moins de quatre mille hommes. Les Impériaux pai-aissant décidés à accepter le combat, et ce général n’osant pas risquer un engagement avec des forces inférieures, il attendit l’arrivée de M. de Montemar qui le rejoignit le 14 mai, à la tête de renforts considérables. Le 24, on était en vue de renuemi, solidement retranché devant Bitonto, à deux lieues de la côte de l’Adriatique. Quinze cents hommes occupaient la ville ; des fossés et des murs de clôture couvraient le front des Autrichiens qui s’étendaient en plaine ; deux couvents crénelés défendaient les extrémités de la ligne ; la cavalerie était massée sur la droite.
M. de Montemar alla lui-môme reconnaître l’ciinemi. Il passa la nuit h prendre ses dispositions pour le lendemain. Le 25 au matin, après une fausse attaque qui ne réussit pas, il engagea toutes ses troupes sur sept colonnes, trois d’infanterie et quatre de cavalerie. L’action fut courte, mais décisive. Les cuirassiers allemands, enfoncés au premier choc, se débandèrent et prirent la fuite du côté de Bari, dans le plus gi aïul désordre , entraînant avec eux M. de Belmonte. De toute la cavalerie, deux cents hussards parvinrent seuls à se retirer eu bon ordre et gagnèrent les montagnes de l’Abbiiizze. Cet échec inattendu déconcerla le reste de l’armée; débordé sur sa droite, le
général Rodoschi, qui commandait l’infanterie, n’eut que le temps de se jeter dans Bitonto, et si le combat se prolongea deux heures encore, c’est qu’il n’y avait plus personne pour commander la retraite. Les deux couvents furent emportés ; Bitonto capitula le lendemain 26, et Bari peu de jours après. A l’exception des deux cents hussards qui s’étaient enfuis dès le commencement de l’action, l’armée impériale tout entière resta prisonnière ; avec elle le prince de Belmonte, le lieutenant général prince de Strongoli, le général Rodoschi, sept colonels, cinq lieutenants-colonels, quatre-vingts capitaines et une foule d’ofticiere d’un grade inférieur. Pour porter cette triste nouvelle à l’Empereur , le prince de Belmonte fut obligé de demander 5 M. de Moutemar de relâcher sur parole un de ses nombreux prisonniers (1).
Voici le rapport que le général espagnol adressait à la cour de Madrid. Ce document est accompagné de l’état des troupes placées sous scs ordres et du tableau de leurs dispositions pendant le combat.
(4) Relazione delta batagliadi Bitonto e r$$adi Bari. nelli giomi à SG di maggio. Sapoli , ntlla stamparia di Francesco Bicciardo. 1 pages in-t". Uti exemplaire do cet opuscule, fort rare anjourd'hiii , se trouve conservé dans les Archives de la marine (Dossiers politiques. Espagne, 3).
■telaiioii 4c la ¥lelolro ^uc lea (raai»ca de ». M. Cathalli|BC
eal reniiartée aor celles do l'Kaiiieroar, h Bliaalo, dana
la Paallle, le «S nal ttad.
Sur les avis que m'avaient rapportés les différents délaclicluents que j’avais envoyés pour observer les mouvements des cnuemis, et sur l’avis des renforts qu’ils avaient reçus, et ceux qu’ils espéraient encore , je pris le parti de marcher à eux et de les attaquer.
Les ennemis avaient aiiandonnc leur première retraite de Tarente jiour se répandre dans la Pouille et en tirer des contributions, et faisaient courir le bruit qu'ils attendaient de nouveaux secours, ce qui produisait contre nous un mauvais effet dans le pays.
Je marchais avec le nombre de troupes comprises dans le détail ci-joint, perdant le moins de temps que les marches continuelles que j’étais obligé de faire pouvaient me le permettre. Mon premier soin fut de conserver mes troupes, qui ont souffert avec une constance admirable toutes les incommodités d’un pays dépeuplé et sans eau. Je m’approchais des ennemis , qui, par le mouvement continuel de leur marche, m’obligeaient au.ssi à changer la mienne pour leur couper le chemin de la marine (côte), et leur retraite hors du royaume, plusieurs personnes m’ayant assuré que c’était leur dessein.
Toutes les nouvelles portaient qu’ils étaient à Bari et qu’ils y attendaient par la mer Adriatique un secours de six mille hommes, ce qui m’engagea à marcher droit à Bari; mais les ennemis, ou mal instruits de mes forces, ou par ordre précis de la cour de Vienne de m’attendre, suivant ce qu’on m’a assuré, en sortirent et se portèrent à Bitonto, à neuf milles de mon camp, dans un endroit désavantageux et peu propre pour la cavalerie.
Sur les premiers avis que les corps de Iciu- avalcric com-
mençaienl à arriver à BitonCo, je délacbui la mienne pour les chercher; mais elle trouva qu'ils avaient fait un corps de la plus grande partie de leur infanterie; je fus donc obligé de faire marcher toutes nos troupes par plusicnrs chemins, pour en choisir un convenable pour une attaque, et moins propre é la défense des ennemis. Je mis mes troupes sur sept colonnes, dont les officiers généraux, le nombre et la dis|H)sition se trouvent ci-joints.
J’envoyai des partis pour reconnaître les ennemis ; ils battirent comme ils avaient fait les jours précédents, leurs hussards qu’ils rencontrèrent, ce qui fut un heureux augure de la victoire que nous remportâmes le 25.
J’observai le mouvement des ennemis, qui me fit changer le mien, et, trouvant leur terrain plus avantageux, je lis passer de la droite à la gauche la plus grande partie de ma cavalerie, pour pouvoir flanquer la ligne des Impériaux, laquelle, n’étant pas fort étendue, occupait moins de front.
Les ennemis m’attendirent sans proGter des avantages de leur terrain; mais leur infanterie flt un feu continuel, sans ccpendanlétre soutenue de leur cavalerie qui l’avait abandonnée.
Notre attaque commença par le centre de la colonne du comte de Mazeda, qui quoique plus faible que celle des ennemis, se distingua aux yeux de toute l'armée par des prodiges de valeur.
M’apercevant que les ennemis pliaient, je fis avancer toutes les troupes, et j’ose dire sans exagération que l’attaque et la déroute n’ont eu qu’un seul temps, les troupes du Roi mettant en fuite tout ce qui se présentait devant elles , poursuivant et sautant par-dessus des murailles et des fossés qui couvraient le camp des ennemis, inaccessibles aux hommes et aux chevaux, si le courage n’avait surmonté toutes les difficultés.
Je pénétrai jusqu’à leur camp, et même jusqu’à plusieurs postes qu’ils avaient garnis, et je fis marcher toute la cavalerie
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pour poursuivre la leur qui se relirait en désordre. Je détachai aussitôt des corps d’infanterie pour attaquer les postes qu'occupaient les Allemands, qui se rendirent sans autre condition que leur vie et leurs équipages.
Le général Rodoschi, général de l’infanterie , se retira dans la ville de Bitonlo, qui est enceinte de murailles avec un château assez fort, dans lequel il a tenu, faisant un feu continuel, jusqu’à la nuit. II avait auparavant demandé à capituler et de n'être pas fait prisonnier de guerre ; mais voyant qu’il ne pouvait obtenir de condition plus avantageuse, il se rendit le lendemain et suivit le sort de tous les autres.
La cavalerie, qui fuyait, se sépara par plusieurs chemins, qui tiraient tous du côté de Bari, et celle du Roi, qui la poursuivait, suivait aussi les mêmes chemins ; ne pouvant la joindre toute, elle chargea leur arrière-garde, taillant en pièces tout ce qui se présentait devant elle, et prenant officiers, cavaliers et chevaux. Le reste se sauva dans Bari. Le jour suivant, aussitôt que j'eus occupé Bitonto, et me fus débarrassé de la marche des prisonniers, je ne perdis pas un moment à marcher à Bari, que je fis bloquer, et, peu de temps après, les troupes qui y étaient enfermées et leur général, le prince de Belmonte, autrement dit le marquis de Saint-Vincent, se rendirent comme les autres et aux mêmes conditions.
Le nombre des ennemis, selon l’état que l'on a pris à un aide de camp du général, se montait à 6,500 hommes d'infanterie, 1,500 chevaux et 400 hussards; de ces derniers, il s’en est échappé 200 qni, ayant été des premiers à fuir, ont pris le chemin de la Calabre, suivant les nouvelles que j’en ai eues. Ace petit nombre près, le reste, généralement, a été pris, officiers, soldats, cavaliers, chevaux, tentes, vivres et munitions.
La perte, de notre côté, tant des morts que des blessés, n'a pas été considérable; elle ne l’est que par la mort des comtes de Briar et de Buonamorc, capitaines aux gardes wallonnes, et
par la ble-^sure dangereues de D. Luis de Porto, maréchal de camp et capitaine des gardes du même régiment.
La colonne des gardes wallonnes trouva la plus grande résistance, et par conséquent eut l'honneur d'être la première à faire déclarer la victoire. Ce corps est bien digne des marques de la satisfaction de Sa Majesté. Généralement', tout le reste des troupes mérite ses bontés et ses plus grands éloges.
( Pièce À.)
Klat ilea lrea|iea dont était «tmpoaé le corps «|al a attaiioé les cnaeinla au camp de Biteato.
nrgimcDis (inranterie) Balaillona.
Gardes espagnoles 3
Gardes wallonnes 3
Lombardie 2
La Couronne 9
Suisses de Bcssler 2
22 compagnies de grenadiersdes régiments deGuadalaxara, Afrique, Séville, Navarre, Naples, Royal-Bourbon , Castille, Anvers, Namur, Gardes espagnoles, Zamora cl Bourgogne.
Réglmcnu (carileriej. Esr.idron<.
Carabiniers royaux
Grenadiers royaux
Bourbon 2
Estrémadure 2
Milan 2
Malte 3
Flandres 2
Andalousie 2
Pavie (dragons) 2
France (dragons) 2
3 compagnies de grenadiers à cheval de Tarragone et de Ba-
tavia, 50 dragons de chacun de ces régiments, et150 de l’artillerie.
{Piiet B.)
Ëtata Bénéraax et dea treopea qui rampoaaleat lea aept eelonaea aar Ica^aellea l’on a marehé k l'atta^ao dea ennomla au camp de ■itoata.
PREHIÈKE COLONNE.
Lieutenant-général marquis de Pozoblanco.
Maréchaux de camp Sésile et Ijiviefville.