‹ NémésisChapitre 21 sur 78 · LA GUERRE DE M. PÉRIER · texte numérisé non relu

LA GUERRE DE M. PÉRIER

Et tous ses dieux vaincus, ces pénates des bois, Qui suivirent toujours les Bourbons aux abois, Le silence régnait dans les parcs de Versailles ; Les coqs aux ailes d'or, les chevreuils des broussailles , Dans l'opaque Meudon aux verdoyans abris , Goûtaient sous Casimir une paix à tout prix. 0 douleur! oubliant sa champêtre justice, Girardin a rompu quinze mois d'armistice;- Girardin, dont le nom est, depuis quatorze ans, L'épouvantail des cerfs et l'effroi des faisans. Au rond-point de Meudon , sur la pelouse verte. Ce grand- veneur a dit que la chasse est ouverte ; Périer , parodiant son légitime roi , Suivi de ses piqueurs , arrive en palefroi , Et pour se ménager une chance future, Du jeune Henri-Cinq fait jouer l'ouverture.^ Silence ! de leurs coups les bois vont retentir ! Nul d'entre eux ne connaît le courre ni le tir , Ni l'argot de chenil, ces mystères intimes, Que seuls pos.sèdent bien les princes légitimes;

N'importe! Casimir, suivi de cavaliers,

D'un pas de doctrinaire enjambe les halliers,

Vingt fois de ses chevreuils il demande la piste,

Il tire à contre-cœur sur le gibier carliste,

Et quand, à bout portant, sa balle manque un daiin ,

On voit d'un air moqueur sourire Girardin.

Mais si la chasse rentre avec les fourgons vides,

Que vont dire le soir tous les commis avides ,

Nouveaux gardes-du-corps qui, comme au temps passé.

Attendent tous leur part du butin ramassé?^

Casimir va combler ce déficit de chasse :

Il ouvre un havresac dont le poids l'embarrasse ,

Et leur donne , couverts de leur sanglant duvet ,

D'exotiques faisans que lui vendit Chevet. ^

Voilà le seul combat, la campagne d'automne

Que le juste-milieu nous promit et nous donne 1

Voilà la guerre, enfin, qu'implorait notre vœu!

Le Nembrod de comptoir a commencé le feu.

Il a donc secoué son repos léthargique !

Quand Saint-James, d'un mot, nous chasse de Belgique,''

LK IMLAi: FRANÇAIS. 30;)

Quand Varsovie en deuil excite noire élan. Quand l'aigle de François nous insulte à Milan , Et que chaque matin enfante un protocole. Alors Périer saisit le vieux drapeau d'Arcole, Et, de ses fiers piqueurs étendant le cordon , î.ivre bataille aux cerfs dans les bois de Meudon.

Le bon Hussein qui régna sur Carthage . Jusqu'en nos murs poussé par le destin , Chez Casimir, qui le tient en otage.

Lin jour venant pour s'asseoir au festin . Sous le riz jaune , en forme de potage , Vit pointiller un gibier clandestin.

Oh ! qu'est ceci ? dit le fils du Prophète ; De quel oiseau ta soupe est-elle faite ? Moi, quand je dîne aux tables des Chrétieuf* Je crains les plats que leur ruse m'étale;

Je suis toujours la mode orientale

Pour mes ragoûts ; tu peux garder les tiens.

Va! dit Périer, crois-en à l'apparence,

Mon pilau jaune est pur devant tes lois ,

Je puis ici l'offrir en assurance

A tout convive ennemi de la France ,

Car je l'ai fait avec le coq gaulois.

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