‹ Némésis et la jalousie des dieuxChapitre 76 sur 181 · L'IDÉE DE NÉMÉSIS DANS LA LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

L'IDÉE DE NÉMÉSIS DANS LA LITTÉRATURE

première fois des voix qui les publient; c'est dans l'allégresse des fêtes qu'une telle théologie est proclamée, enseignée, avec la sévère morale qui en découle, par les Eschyle, les Pindare, les Hérodote. Quelle paix plus glorieuse que celle (|ui suivit les journées de Marathon et de Salamine! Quel plus légitime orgueil que celui qui dut animer cette petite nation grecque, le jour où elle vit reculer devant elle l'Asie tout entière armée pour l'asservir! C'est pourtant alors, au fort du triomphe, que le mot de jalousie divine retentit pour la première fois aux oieilles des vainqueurs du Grand Roi. Des sages osent révéler à ce peuple ébloui de sa fortune qu'il est au ciel des dieux jaloux, que le bonheur irrite, et en qui l'orgueil soulève inévitablement un ressentiment toujours efficace. Au théâtre, où un soldat dont le Mède avait éprouvé la valeur rassemble ses frères d'armes pour les faire jouir de leur gloire, comme dans ces ban(|uets joyeux où l'athlète vainqueur appelle un poëte à rehausser l'éclat de sa couronne, dans les tragédies d'Eschyle comme dans les hymnes de Pindare, comme plus tard dans l'histoire d'Hérodote, la crainte des dieux, l'idée de leur puissance, des limites assignées par eux à la condition humaine, modèrent partout l'effusion de l'enthousiasme et du patriotisme. Où l'on croirait trouver l'apolhéose de Thémistocle, du grand homme qui sauva la Grèce, c'est vainement que

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l'on cbeiclie son nom. Les louanges sont pour les dieux; les conseils, pour les hommes : el par-dessus ce qu'il y a de plus grand ici-bas en succès, en fortune, en puissance, le panégyriste comme l'historien ne cessent d'élever nos regards à quelque chose de supérieur, la divinité même, étendant sur tout ce faste périssable une main dominatrice et menaçante.

Le premier écrivain de celte période qui se recommande à notre élude, c'est Pindare : Pindare, que ni l'éclat des triomphes qu'il célèbre, ni la majesté des souvenirs qu'il aime à y rattacher, ni la conscience de son propre génie, n'empêchent de prosterner sans cesse devant les puissances de l'Olynq^e la gloire de ses héros et la sienne. Ce poêle orgueilleux, qui a pour ses livaux de si accablants dédains, professe et pratique partout Phumililé envers les dieux. Ce chantre de victoires mêle à ses hymnes des conseils de religion , de modestie, de modération; partout il a soin de tempérer par des avis, ou même par des reproches dissimidés, l'éloge qu'il ne croit pas pouvoir prodiguer sans un double péril : car la Némésis qu'il adoie esl à la fois une déesse juste, qui confond l'impiété, et une déesse jalouse, qui voit avec colère la prospéiilé humaine excéder le niveau prescrit. Il craint (|ue son enthousiasme ne contribue à faire naïlie chez ses héros l'orgueil, fils du bonheur.

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falal à son père ^ ; il craint aussi de dénoncer aux dieux un heureux digne de leur jalousie. C'est l'origine de tant de fortes sentences où se manifeste à la fois le vieil esprit de la sagesse grecque et une doctrine religieuse moins ancienne. De là encore paraît procéder en parlie ce qu'ont de plus obscur ces compositions quekjuefois si compliquées dans leur courte étendue : à savoir ces épisodes qu'aucun lien historique ne rattache à la personne du héros, ni à sa famille, ni à sa patrie, et où l'on peut seulement distinguer, sous le voile de l'allusion, des avis indirects destinés à conjurer les funestes effets de la louange. Ainsi, dans la première Olympique et dans les liois premières /yM;«7«ej', dont Hiéron, tyran de Syracuse, est le héros, les histoires de Tantale ^, de ïyphos^, d'Ixion'^, celles de Coronis^ et de son fils Esculape^, tous ambitieux punis de leur témérité par les dieux, ont évidemment pour but, les unes de suppléer, les autres de justifier de hardis conseils 7. Les exemples de Tityus^, de Porphyrion 9, celui des chefs orgueilleux qui avaient osé assiéger Thèbes en dépit des avertissements de Jupiter *°, de-

1. V. Pijlh., VIII, 126 sqq. — 2. Olymp., I, 86 sqci. 3. Pyth., I, 30 sqq. — 4. PyJh., II, 48 sqq.

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