‹ Némésis et la jalousie des dieuxChapitre 93 sur 181 · Id., m, 33. — C · texte numérisé non relu

Id., m, 33. — C

restent les mêmes. C'est toujours la même tiaii;éclie, jouée seulement dans des lieux, dans des lenjps et par des acteuis difféients. La némcsis d'Héfodote parcourt la terre entière, comme ces dieux dont parlent Homère et Hésiode. Si l'iiislorien nous lraiisj)orte à Samos, c'est pour nous montrer- I)ient6t Polycrate frappé à son tour par la jalousie divine, qu'il a vainement essayé de désarmer- en suivant le conseil d'Amasis. « Amasis, )> ajoute Hérodote, « comprit qu'il <c était irTipossible à un homme de dérober un « autre homme aux corrps qui devaient le frap- « per, et qir'une fin misérable attendait Poly- « crate, heureux en toutes choses, au point de « retrouver ce qu'il avait jeté là. 11 lui envoya « donc rrrr héraut à Samos pour rompre com- « merce avec lui, voulant, s'il arrivait à Poly- « cr-ate quelque grande et terrible infortune, « n'avoir pas à déplorer- dans son âme le mal- " heur d'un ariri'. » En effet, ni les avis des oracles, ni les prières de ceux qui l'enlourenl, ne peuvent sauver- dès lors Polycrale, qu'un fatal également rend sourd à tous les conseils. 11 s'obstine à courir- air-devanl de la mort que lui prépare la perfidie d'Orœtès, et par cette frrr larrrentahle, ainsi (ju'Hérodote a soin de le remar-- (|uer^, se trouve vérifiée la prédiction d'Amasis.

r. III, 40, 44.— -1. III, rJ5.

DANS LA LITTERATIRE. 110

i/iiitéièt est ])niiagé désonnais c-nlre l;i (Irèce et cette giaiule inonaicliie peise, liéritière de la puissance de tant de rois et do leur orgueil. Tout ce (|wi précède n'est que le prologue de la grande lutte (|ui va nieltie aux [)i ises l'Asie avec l'Europe, la sagesse grecque avec la barbarie orientale. Mais ce prologue contient l'annonce du dénoûment. Il fait prévoir le triomphe réservé à la Grèce, ou plutôt aux volontés toutespuissantes dont elle est le faible instrument. Hérodote ne néglige aucun fait propre à mettre en relief l'outrecuidance insensée de ces rois de Pei'se dont il va raconter les terribles levers. Il nous montre Darius jetant un pont sur le Bosphore de Th race pour aller altaquei- les Scythes', érigeant siu- les rives du même Bosphore et du fleuve Téarus des colonnes commémoratives couvertes d'inscriptions fastueuses ^, élevant des monuments auxquels chacjue soldai apportait sa pieiie, afin que la postérité pût faiie apiès lui le dénombrement de sa prodigieuse armée^. Ce n'est plus ce sage Darius dont Eschyle, dans les Perses, opposait la sagesse à la folle témérité de son successeur. Le vaincu de Maiathon, tel que le représente Hérodote, n'a rien à reprocher au vaincu de Salamine.

Mais comme c'est aux désastres essu}és par Xerxès que doit aboutir l'histoire d'Hérodote,

1 IV, 8.1, 8:>. — 2 IV. S-,91. — :! \\,u-?.

c'est Xerxès qui devient, par excellence, dans son livre, la jjersonnification du principe immoral en butte à la némésis. C'est surtout dans le long récit de la punition encourue par l'orgueil de cet ambitieux, que s'étalent sous nos yeux tous les ressorts secrets dont dispose le courroux patient, mais implacable, des dieux. On peut observer qu'Hérodote place, en général, auprès de ceux de ses personnages que menace la némésis divine, un conseiller qui sert d'interprète à sa propre pensée. Ce qu'est Solon pour Crésus, Ciésus pour Cyrus, Amasis pour Polycrale, l'oncle de Xerxès, Aitaban, l'est pour son neveu. C'est Aitaban qui ose menacer le Grand Roi de la jalousie divine, lui révéler l'existence d'un pouvoir surhumain toujours prêt à foudroyer tout ce qui s'élève trop ici-bas, à raccourcir tout ce qui dépasse le niveau commun '. Xerxès, irrité de trouver un contradicteur, ne contient plus l'explosion de sa jactance : « Que je ne sois « plus fds de Darius, fils d'Hyslaspe, tils d'Arsa- « mée, fils d'Ariaramne, fils de Téispée, fils de « Cvrus, fils de Cambyse, fils de Téispée, fils « d'Achémène, si je ne me venge des Athé- « niens^! » Un moment cependant, ramené à la raison, il renonce à ses projets de conquête. Mais la divinité, acharnée à le persécuter, l'abuse par des songes et par des présages. Ar-

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