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nifeslail avec plus de clarté. Le Proinëihée délivré, qui renfermait le dénoiiment de la légende empruntée à Hésiode, devait en contenir aussi la moralité : une idée religieuse, une maxime pratique, une leçon, quelle qu'elle fût, devait sortir de la réconciliation tardive de Jupiter et de Pi'ométhée. Si l'œuvre d'Eschvle a donné lieu à tant de commentaires et de conjectures, il faut s'en prendre au temps, qui n'a épargné que le seul Prométhée enchaîné , comme pour exercer la sagacité des interprètes sur un problème sans solution.
Un quatrième Prométhée se rattachait, sans doute en qualité de drame satyrique, à la même trilogie que la tragédie des Perses, trilogie dont la composition singulière a fort embarrassé les érudits. D'inutiles efforts d'imagination ont été faits à plusieurs reprises pour en retrouver l'unité ^. D'autre part l'usage d'Eschyle semble autoriser ceux qui voudront la chercher encore. Peut-être n'était-elle pas sans quelque rapport avec notre matière. Les Perses^ pièce de circonstance, s'il en fut, tout à fait en dehors par son sujet presque actuel, du cycle qui défrayait habituellement l'invention tragique, laissait vides à côté d'elle, dans le cadre de la trilogie, deux places que le poëte ne pouvait remplir sans
1. M. Patin rend compte de ces tentatives au 1*^'' volume de ses Études sur les Tragiques grecs, 2^ édit., pag. 216, note 1. Voir aussi la dissertation de M. Alirens (^Escliy!., éd. Didot, pag. 193 sqq.).
négliger l'unité d'action. On peut présumer qu'il chercha à y suppléer par une certaine analogie d'impression et de moralité : une pareille innovation avait fort bien pu séduire ce génie profond et hardi. Si tel fut réellement son dessein, si la trilogie à laquelle appartenait les Perses était autre chose qu'un assemblage incohérent d'ouvrages arbitrairement groupés, et qu'un même esprit en animât toutes les parties, l'idée de la némésis divine était peut-être le lien qui réunissait en faisceau ces pièces disparates. Peutêtre le poëte montrait-il successivement le courroux des dieux atteignant l'orgueil et l'impiété chez le devin Phinée, privé de la vue en punition de ses révélations indiscrètes; chezXerxès, vaincu à Salamine en expiation de ses sacrilèges; chez Glaucus de Potnies, victime du courroux de Vénus dont il avait méprisé le culte. Enfin la même pensée devait se laisser apercevoir aussi, en dépit d'un mélange de bouffonnerie inséparable du genre, jusque dans le drame satyrique qui complétait la tétralogie, le Prométhée allumeur du feu.
Rien n'est plus propre à confirmer cette conjecture qu'un examen attentif de la tragédie des Perses, la seule partie de cette tétralogie qui nous soit parvenue.
Le héros d'Eschvle , c'est ici son auditoire: mais quel art, quelle réserve délicate dans la louange! ou plutôt, quelle supériorité de génie
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et d'àme dans l'espèce de détachement religieux par lequel le poète citoyen, dominant son enthousiasme, ne voit plus, dans le grand événement qui a sauvé sa patrie, qu'un motif de plus d'adorer les dieux ! Nulle part il ne se révèle mieux comme l'instituteur du peuple assemblé pour l'écouter. Au lieu de mettre sous les yeux de ses spectateurs ce grand triomphe de la Grèce que" beaucoup d'entre eux se rappelaient pour y avoir coopéré, ou du moins les conseils où des prodiges d'éloquence et d'énergie l'avaient préparé, Eschyle, par une admirable inspiration, transporte le lieu de la scène au pays des vaincus, sur cette terre d'Asie, patrie du luxe et de l'orgueil, dans cette cour fastueuse, où règne la magnificence, et que le deuil va remplir à son tour. Qu'est-ce que la faible Athènes auprès de cet immense empire, où son nom même est à peine connu? C'est qu'Athènes en effet n'est aux yeux du poète que l'instrument des desseins
divins. « C'est une divinité, c'est un dieu
« vengeur, c'est la jalousie des dieux qui a
a tout conduit, qui a causé l'irréparable désas- « tre^. » Ainsi parle le messager chargé de la fatale nouvelle : écoutons maintenant l'ombre de Darius : l'orgueil de Xerxès, sa témérité sacrilège l'ont perdu : « Et, dans trois générations, « des monceaux de morts diront encore aux