‹ Némésis médicale illustrée (volume 2)Chapitre 24 sur 43 · SÉRIE · texte numérisé non relu

SÉRIE

Et dans chaque élixir, comme un toast de santé , Pour 1 oubli de ses maux cherche une eau de Léthé ; Il mâcherait à cru la gluante limace, Et sans cligner de l'œil, sans hoquet, sans grimace, Piles dans un mortier et dissous dans le pot , Sucerait en bouillon le crabe et l'escargot. Une mousse amaigrie en un sable de lande Passerait à son'goût pour du lichen d'Islande ; D acres retours de bile un estomac aigri S'adresse avec ardeur au sucre de Vichy ; Pastilles de Brosson 4, qu'à tout prix il s'ingère; Plus il en a croqué, dit-il, mieux il digère. Cet autre en mannequin sur son grabat gisant , Ou traînant sur béquille un corps rhumatisant , Aux onctions à froid du liniment tranquille Ne trouvant ni repos ni sommeil plus facile; Perdant comme l'ivrogne à caresser son broc Le temps à se lustrer de baume opodeldoch , Aux salons de Cornet que son regard discerne , Heureux de se fier à la Met/iode externe ,

Dépose en sautillant sur ses reins assouplis Sa vieille sciatique et sou torticolis.

De sa crédulité si parfois <>n abuse, Que de ses propres maux le peuple seul s'accuse; De larmes de regrets quand son lit s'est trempé, C'est qu'il cria bravo pour ceux qui l'ont dupé. Au théâtre voyez nos Grecs à courtes loges Paire queue au parterre en enviant les loges, Et les riches landaus pris par un loi aimant S'arrêter et piaffer près du seuil d'Hahnemann. Quand on vend à prix d'or une fausse parure . Chez Labarraque on va marchander le chlorure; Et tel qui refusa de payer son docteur, Qui craint d'ouvrir sa bourse au Rob de Laffecteur, A pas accélérés apportant sa commande .

Achète au prix qu'on veut l'eau-de \ ie allemande .

De ses bols d'Arménie appauvrit Charle-Albert, Ou s'empeste d'essence à l'arcade Colbert; Chez tous les Giraudeau de boutique et de place Recueille à folle enchère et réglisse et mélasse, Et blanchi de moutarde ou de blue-pills tanné , « Le corps vide de sang ou rempli de séné , » Il reproche aux Boullay 5 jusqu'en leur officine Le peu d'ébranlement qu'a fait leur médecine , Et pose , comme preuve à leur mauvaise foi , Les cent flux d'intestin que lui donna Leroy u ; De ce nectar divin le goût seul le délecte.

Maisvous, vous, pharmaciens, allons, qu'onse respecte, Et qu'à bon droit encor par nous dépréciés , On ne vous trouve point , purgons associés , Comme des cordons bleus au fond de leurs offices, A l'abri d'un comptoir priser vos bénéfices.

D'un argot de commande impassibles loustics. Prêterez-vous la main à d'ignobles trafics? Qu'il est beau, n'est-ce pas , pour la dignité d'homme, De voir le médecin ravaler son diplôme, Mendier ses profits comme des droits d'auteur. Barder dediapalme un bonnet de docteur, Et, selon le succès du double monopole , Palper le jeton d'or ou la modeste obole! Opprobre à qui s'unit pour ce lâche métier! Au plus vil des Plutus dévoué tout entier, L'un des deux compagnons comme un larron de foire Apprête les bouchons où l'autre invite à boire. Et transforme aussitôt par un avis gratuit Tout malade qui passe en casuel fortuit. J'ai, dit le pharmacien, sous la main, Dieu vous garde, La perle des docteurs , savant jusqu'il la garde , Qui veut bien chaque jour quelques heures iei A mille maux divers faire crier merci ; 0 vous donc qui toussez, vous calculeux , podagres, Qui portez pour tout bien pustules et mentagres,

Entrez , c'est un prodige , et retenez-le bien ,

La perle des docteurs va vous guérir pour rien.

A de pareils appels la foule entre ébahie ;

Dans l'arrière-boutique est alors en saillie

L'homme noir affublé sur son maigre décor

Du ruban de l'empire ou de l'éperon d'or ;

Il écoute un instant de tristes doléances ;

Sur un large papier , cahier des échéances ,

Inscrit en grosse lettre aux rayons élargis

Deux pages qui n'ont point à sortir du logis ;

Et d'un double paraphe il* signe avec emphase

Au revers du feuillet le gracieux ukase ,

Que d'avides commis saisissent au comptoir

Mieux que filoux adroits ne tirent le mouchoir.

Pour deux écus sonnants , double ami qui vous quitte ,

De son conseil gratuit le maître vous acquitte ;

Puis d'un ton bienveillant , prêt à vider les lieux ,

En vous mettant dehors il vous jette en adieux :

« Guéris , si tu veux bien , meurs , si tu le préfères ;

A d'autres, avec toi j'ai fini mes affaires. »

Ainsi font s'entr'aidant, ou bourgeois ou portiers. Hippocrates à gage et Fourcroys boutiquiers; Du gain des travailleurs dévorantes chenilles, Aux clients souffreteux , aux blessés en guenilles Ils imposent plus cher qu'au banquier opulenl L'aumône de conseils formulés sans talent ; Trop heureux, quand ils ont tari jusqu'à la source Les deniers clairsemés d'une modeste bourse , S'ils n'ont pour complément a leur rôle effronté A coups de formulaire ébréché la santé. D'autres mieux avisés, plus avides encore, Voulant apaiser seuls la soif qui les dévore, De leurs tristes clients ardents empoisonneurs. Docteurs adroits fraudés se passent de docteurs; Qu'un entant irrité se pâme de colère Et vomisse des Ilots de pituite ou de glaire, Du ver qui le travaille actif contre-poison , ^ Son doux anthelminliquo aura bientôt raison ; Son extrait rend le calme à des chairs convulsées, Et le débarrassant des étreintes passées,

Comme on glisse une ombrelle en un soyeux fourreau,

Au vase à mousses bords videra son carreau.

« J'ai là, vous disent-ils, comme doux miel de ruche,

Un sirop infaillible aux toux de coqueluche,

Qui coule dans la bouche et sans peine descend ;

J'ai pour toute blessure un emplâtre, un onguent. »

A contre-sens ainsi prodiguant ses remèdes,

Baladin d'un théâtre à jeux sans intermèdes ,

On le voit hardiment sur les gueux d'alentour

A coups d'ongle et de bec fondre comme un vautour ;

Déposer sur leurs chairs des empreintes faciles ,

Dévorer jusqu'aux os les patients dociles ,

Et dans son escarcelle engloutir avec bruit

Des nocturnes labeurs le légitime fruit.

Tel ce jeune apprenti, Sangrado sot et rêtre,

Héritier des écrits de son illustre maître,

Qui prompt à bourdonner de ses ailes de taon ,

Geai maladroit paré des dépouilles du paon ,

Prenait dans les rouleaux de formules écrites,

Autant de bulletins qu'il faisait de visites;

Et l'ouillant au hasard dans son large gousset - One sans cesse vidé sans cesse il remplissait . Connue un malade allant «à Plombière, à Bour bonne, Se disait à part lui : Dieu te la baille bonne.

Non, ce n'est point ainsi , l'ignorance en sautoir, Qu'un pharmacien habile agit dans son comptoir; Comme on doit compatir à ses peines ardues , Et comme bourrelé de veilles assidues . Il faut au bien publie un dévouement entier . Pour descendre sans houle au rang de boutiquier!

Savez-vous quel produit enfantait sa mémoire Quand vous l'avez distrait de son laboratoire,

'-.'• S&HBi

218 VIJNGT-UNIEME SATIRE.

Qu'il lui fallut peser sur un double plateau De l'antimoine éteint dans quelques onces d'eau? Sur dix carrés égaux du papier blanc qu'il taille Ranger l'un après l'autre en ordre de bataille. Comme des pèlerins au pied du Mont-Carmel, Quatre grains d'opium et vingt de calomel? D'un emplâtre arrondi, poudré de cantharides, La spatule à la main dissimuler les rides, De bocal en bocal chercher , je ne sais où, Le licopode inerte ou l'agissant garou , Et de ciseaux adroits à coupe prompte et nette En élégants festons découper l'étiquette ? Tel on voit un walseur pirouetter au salon, Tel il fait au mortier tournoyer son pilon , Tel d'un onguent broyé qu'il recueille à la hâte Sur des cartes à plat distribuant la pâte , De ses agiles doigts il la roule en paquets; Puis de toute commère écoulant les caquets,

LES PIIARM \Cli:NS.

S;iv;i!ii dépayse qu'on livre aux Saturnales, Il descend pour leur plaire an langage des halles. Encor si là du moins finissait sa douleur : M:«is victime parfois d'une innocente erreur,

D'inattentifs commis qu'il a quittés à peine Le moindre égarement lui mérite une peine. Pour un grain d'arsenic imprudemment vendu , Son renom est flétri, son avenir perdu; Tandis qu'impunément, si l'on est las de vivre. Le droguiste voisin le vendrait à la livre.

Ainsi sont établis deux mesures, deux poids; Ainsi telle est pour nous l'exigence des lois; Docteurs in uiroquè que leur rigueur accable , Pour vous tous, en tout temps, Thémis fut implacable, Et l'on ne doit attendre , en s'égarant ici, Ni regard indulgent, ni pitié, ni merci. Mais quand l'honneur nous offre un abri sous son aile, Tendons-nous l'un a l'autre une main fraternelle: Et suivant sans regrets des sentiers différents, Soyons prêts à toute heure à confondre nos rangs;

D'un esprit vaniteux à ûerté mal placée, L'humanité gémit, la science esl faussée, Médecins, pharmaciens, point d'indigne rebut, Kl marchons tous égaux à notre noble but.

1. Horloger du Palais Royal qui se fait distinguer par l'élégance et la

richesse de son étalage.

2. La rue do la Verrerie, entrepôt gênerai des bonbons et des

drogues.

5. Je fus accoste un jour dans la rue par un de mes amis, qui me luira de le suivre dans un café où je lui fis boire coup sur coup plusieui verres d'eau sucrée pour faire passer une de ces capsules qui s'étail arré tee au gosier.

4. MM. Brosson frères, fermiers des eaux de Vieh] , fabriquent dis pastdles digestives de ce nom, dont le dépôt est chez un pharmacien ,

M. Ancelin.

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