‹ Némésis médicale illustrée (volume 2)Chapitre 39 sur 43 · CM \NT DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CM \NT DEUXIÈME

Mystérieux asile où l'espoir le condnit.

H \«>it «lis n.im's s;ijnis ri ,icv urnes pieuses , Mes vierges, des martyrs, dépouilles précieuses i>ki h i.i . |* Imagination.

Pendant qu'ainsi maître Orfila s'admire, El qu'au cristal de ses verres rincés Complaisamment suis témoins il se mire; Que les jugeurs accourent empressés; Un bruit soudain «lu plus lugubre augure S'épand au loin comme un vague tocsin:

Les travailleurs ont voilé leur figure; De leurs succès ils ont prévu la fin.

Ah ! du concours l'auréole est sacrée, On le croyait, et cependant demain Un potentat à science tarée Ose y porter sa sacrilège main.

Dans sa Lancette ', effroi du saint-collége , Fabre l'a dit, et nul ne le dément ; Plus de concours, faveur et privilège, Son excellence en a fait le serment.

Serment fatal , imprudente parole !

A peine , hélas ! les a-t-on hasardés , La terre tremble , et les murs de l'École Craquent déjà largement lézardés.

Mais quelque part une vile cohorte Est aux aguets, prompte à tout soutenir;

L'ORFILAIDE >\

Que dis je ' hélas! ils ont forcé la porte, Et leurs complots me font déjà frémir.

Oui, dit le chef, sons un masque d'élève . Adroitement a distance espacés, De nos sifflets que l'orage s'élève, Dès qu'à leur rang juges seront places ; En calme plat, m dédains compassés Il ne Tant pas que ce concours s'achève. Des vieux lauriers envieux ei jaloux.

Rappelez-vous Corbière et Frayssinous , Pomme de terre et châtaigne moisie.

Ont à l'École un droit de bourgeoisie Et de leur sue. que l'on <lii aigre doux. D'adroits Breschet tireront l'ambroisie.

Il faut du bruit et (les volets casses:

Comme au mortier les carreaux concassés En cris aigus sillonneront la terre.

Par votre zèle aiguillonnés, hors d'eux, Éperonnés de la pomme de terre.

Les jeunes gens qui ne SOÎlt pas peureux.

322 VINUT-CliVQUIEIVIE SATIRE.

Vrais écoliers, imprudents et novices, Ne tarderont à fournir leurs services; Tout à l'École est sens dessus dessous. Je sais alors , je le dis entre nous , De me trahir, compagnons, gardez-vous; Je sais où sont les trente garde- robes; Vous me suivez , je vous livre neuf robes ; C'est convenu ! — Neuf, dit l'autre surpris; Mais, compagnon , ces robes ont un prix, Je crains Justice , et gare à nos oreilles.

— Pauvre innocent! ces neuf robes sont vieilles; Du taffetas dont les plis sont usés La corde sort en bourbillons frisés; On nous sait gré, c'est un fonds de boutique, Dont ne veut plus la horde scolastique. Il en est une en ces loques de prix ,

L0RFILA1DJ

(C'est la plus lx-11»' ;i de petits esprits),

Qui, sur l'Écolej agit comme un sarcasme;

Elle a couvert te dos de deux Èrasm ■.

Kl dans sa toque a:i radieux foyi i

Sont deux grands noms : Dupuytren, Sabatier

Quand il la voit, Roux bredouille de honte ,

Au (roui Velpeau sent le rouge qui monte,

!)<■ son jargou Cloquet cherche le 61,

Et tous les trois ont perdu leur babil.

Déchirons-les ces insignes baroques;

One craignez-vous? les ridicules toques ,

L'hiver prochain , quand le froid scia dur,

Et que le temps, si perfide anx coquettes,

Aura de poil dénudé nos casquettes,

Nous défendront contre un brouillard impur.

Mais qui paira , dit l'autre, ces dommages

Qui? Le budget, les élèves peu sages Que l'on verra, moins légers que des daims Tomber à plat sous nos pesants gourdins; Et les Débals chanteront notre gloire.

A nous, amis, l'honneur de la victoire. Et le profit.... Qui sait même si, là, Nous n'aurons pas a sauver Orfila ! . . . Le poltron seul donne un prix a nos places; Plus on a peur et plus on nous rend grâces Allons, amis, le dialogue est clos.

A ce discours saupoudré de sarcasme La horde entière a soif d'enthousiasme . El chez Xavier ' la bière coule à flots Pour apaiser la soif de nos héros.

L'ORFILAIDE. 525

Traînés :i <I<mi\ par deux rosses jumelles, Entrent alors Marjolin etMoreau; Dubois arrive <mi léger tombereau ; L'une après l'autre on voit les haridelles A pas boiteux déposer dans les cours Juges boiteux du plus boiteux concours La foule suit, foule agitée, immense; Kilo prend place, et plus d'une heure après, La toile s'ouvre el la scène commence; Juges, public, agitateurs sonl prêts.

Mais avani toul . cher lecteur, par malice Daigne souffrir qu'au conseil je me glisse; On s \ dérobe à mes vers indiscrets; Jaune pourtant les comités secrets.

J'entre avec peine.... Enfin . coûte que coûte Du tapis verl j'ai soulevé le coin ,

Sous cet abri je me cache avec soin;

Je ne puis voir , mais mon oreille écoute.

J'ai remarqué, devant que de m' asseoir,

Des plumes d'oie adroitement taillées ,

Autant qu'ils sont de juges teints eu noir ;

Des encriers à laces émaillées ,

Papier-Weynen frais sorti du tiroir ;

El d'un éclat qui fait plaisir à voir,

Le cabaret au cristal respectable ,

Juste au milieu de la savante table,

Briller sans crasse et clair comme un miroir ;

Les carafons qu'a rougis la groseille ,

Et d'un vieux rhum la poudreuse bouteille ,

Dominent tout Il ne manque, ma foi !

Que les jugeurs qui comptent peu sur moi.

Ciel ! j'oubliais l'urne sacramentelle, Qui de papier recul tant de chiffons, Qu'on la dirait, eu regardant le fonds, Déchiquetée en vrai nid d'hirondelle; Ou , si l'on veut, taraudée j^ dentelle.

L'ORFILAIDE. 327

Messieurs, le roi! mais non. c'est le doyen : Facile erreur <lu massier d'Hippocrate . Dont , pour ma pari , je ne l'accuse en rien : A son ton haut, à sa pose autocrate , On le dirait , et certes , je !<■ crois . Fait <ln limon dont on pétrit les rois. Le doyen dit : Avant que je m'assisse, Vous plairait il que je vous rafraîchisse Martin, un verre; et toi, massier. ce plat, J'ai l'ait rouler un |>m de chocolat ; Vous plairait-il ce fruit amer d'Espagne? C'est un pays, croyez moi, de Cocagne; Ménétriers, trouvères vagabonds, Poussent là-bas comme vrais champignons.

Pour eux toujours un riant horoscope; Fournissez-nous vingt Écoles par mois.

El dans vingt jours je vais, a votre choix , l>e vingt doyens empoisonner l'Europe.

Le bon vieux rhum coule alors à l'oison Des flancs poudreux de l'ardente bouteille; De la carafe est parti le bouchon , Et l'eau glacée où juta la groseille A verres pleins est promenée en rond ; Mais à l'appel personne ne répond :

Ils ont oui le mot fatal , poison , Et chacun d'eux , père de ses entrailles . Les yeux fixés sur un pan de murailles . Dit : Je n'ai soif qu'en la froide saison.

Eh bien , alors , sans perdre contenance , Dit le doyen, s'il fait trop chaud encor, De mes discours reprenez souvenance. Les concurrents dont j'ai pris la défense Ont tour a tour tari mon éloquence , J'aime Bérard et lîlandin vaut de l'or ;

L'ORFI LAIDE

Le Ghassaignac irait bien à l'École, Mie h on, Laurent de science <>nt relui , De Lebaudy Yipse dissecui' Me plaît encor... mais Broc esl mon idole; Certo , après Broc il faut faire la croix : Lo pauvre diable a bien regret . je crois, D'avoir à moi , cancre de la chimie , Pu dédier sa belle anatomie; Je lui pardonne un semblable travers , Béclard l'eut bien en me donnant son voir ; De Broc, d'ailleurs, j'ai su punir la faute . Et ses in-buit que je n'ai point ouverts Sur mes rayons sont tournés à l'envers .

Ce ton naïf fait sourire les juges.

Au lon# silence a succédé bientôt Un brouhahah où chacun place un mot :

2" skiui ff2

De vingt jargons se croisent les déluges , C'est un chaos à ne plus y voir clair, Où la lumière a peine à percer l'air.

A quelque orage il fallait bien s'attendre , Quand un bruit sourd au loin se fait entendre, Et des fauteuils l'unanime sursaut Met malgré moi mon oreille en défaut.

Hâtons-nous donc , dit une voix tremblante , Car l'auditoire, hélas ! s'impatiente , Malheur à nous , je crains un pot pourri.

Ce mot fatal fait frémir le jury.

Au premier tour , c'est par trois que l'on compte , Au second, mieux et d'un cran Breschet monte. Puis ballottage à deux fois résumé ; Le sort est juste et Breschet est nommé.

L'ÛRFILAIDE 331

Roux cependanl s'attend à maigre chère; Quel trail affreux vient de jouer le sort! Je suis perdu ! je suis un homme mor( ' Apprête/ moi, collègue, une civière.

Le malheureux croit entrevoir sa bière Kl le frisson , précurseur du trépas, Dans le couloir lait vaciller ses pas.

Marrons divins, saintes pommes de terre Ajoute Roux, arriverai-je au but?

Kl palissant à l'aspect du parterre, A reculons se liissanl sur la chaire:

Messieurs, dit-il , après un long salut.... ( m m'a chargé. . . Le parterre a dit chui , Chut de colère... Kl Houx salue encore. On m'a chargé de vous faire savoir.

Que le scrutin esl quelquefois bien noir;

332 VIN<;T-CLNQUIEIVJE SATlItE.

Que dans cet œuf l'ignorant peut éclore.

— Oh ! oh! bravo, dit l'auditoire en chœur... Roux se ranime... Ah ! messieurs, j'ai bien peur

— Nous le voyons , répète l'auditoire.

Votre frayeur est juste et méritoire.

— Salut profond. — J'ai peur que notre choix Auprès de vous reste léger de poids... , Quoique bien lourd;... enfin il faut le dire, De moi , surtout, gardez-vous de médire;

J'y suis pour rien ,.. je vide mon sachet, Oui, je le vide .. et je verse... Breschetl

Au vin tiré qu'on veut forcer de boire , Il fallait voir grimacer l'auditoire :

Les hi , les hu , pleuvent comme grêlons , On regrettait de manquer de poêlons; Ces gens alors à funestes colloques,

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