‹ Némésis médicale illustréeChapitre 14 sur 29 · LES EX WII.YS \ L'ECOLE · texte numérisé non relu

LES EX WII.YS \ L'ECOLE

Et le gaz carboné <lc leur Aï mousseux S'élançait au plafond en nuage écumeux.

Voyez, déjà l'un d'eux a faussé sa journée; Sa (are est rayonnante et sa jambe avinée;

Cet autre, dont l'air froid vous a long-temps glacé, Parlait de lapins morts et d'un lièvre forcé Qui rompit à la meute, et dont un chien de race D'un miasme odorant a dépisté la trace. Peut-être croyez-vous que, votre thèse en main, Et de vos arguments essayant le terrain, Ils ont l'esprit tendu, la mémoire occupée... Votre thèse... voyez... ils ne l'ont point coupée... Pourtant à tous leurs vœux votre ouvrage répond; L'un le frappe en passant de son dédain profond , L'autre encore endormi, que son voisin éveille , De la thèse froissée admire la merveille ; S'étonne des coups-d'œil, des rires de pitié, Et des chuchottements dont il est ondoyé ; Redouble de respect et renchérit d'éloge. L'heure sonne pourtant et la troupe déloge ; Et lui, fier de son rôle, acteur qu'on a joué, Conséquent au respect qu'il vous avait voué, Vous défend au conseil de sa voix de despote Et de votre adversaire anéantit le vote.

LES lAAMENS A L'ECOLE. 159

Je l'avoûrai pourtant, quelquefois on lait mieux; Il est des professeurs plus consciencieux, Oui d'un zèle incessant accomplissent peut-être Leur mandat de science et leur devoir de maître; Artilleurs exercés qui, pourvus de caissons, Fassent un examen comme ils font leurs leçons. Comptez-les, ce sont ceux dont l'École s'honore. Dont le nom a souvent frappé l'écho sonore; Ceux dont la Faculté reçoit tous ses secours. Ou qu'à leur chaire enfin appela le concours. Eh! que voulez-vous donc que de l'élève exige Celui qui tous les mois avec l'honneur transige, Qui sans bruit tous les mois au prix de ses sermcni.s. Émarge son silence et ses appointements! Mais vainement le zèle y serait à l'enchère. Et chaque professeur, remplissant mieux sa chaire, Prendrait au sérieux le^ devoirs importants Dont sous chaque régime il s'est joue trente ;ni^: Ne le voyez-vous pas, il est un autre vice Qui lutte de constance et qui nuit au service,

Kt de tout votre espoir entravant le succès S'oppose incessamment à vos heureux essais! Ce vice chaque jour vous montre sa présence ; De votre Faculté c'est la toute-puissance, Son titre officiel, sa longue impunité, Son rouage multiple et son éternité.

D'un bras audacieux sapons ces privilèges; A la hauteur du sol abaissons les collèges. Et qu'un double jury l'un à l'autre étranger Se charge en temps divers d'instruire et de juger Dès lors vous écartez la honte, le scandale Dont se salit sans cesse une école normale; Et vous ne voyez plus d'indoctes candidats Et d'ignares docteurs s'échapper de ses bras.

Que me font, en effet, et les cinq ans d'étude , Et les inscriptions, et les grands airs de prude

LES EXAMENS \ L'ÉCOLE. ,,,i

Qu'effarouche d'abord la moindre privautés Pudibonde vertu <pii dans l'intimité Sans voiles importuns, sans contrainte passive Voue à tous les ébats sa nudité lascive, Et triomphe à grand bruil quand un amant discret De ses déportent nis a gardé le secret; Comme si ce trafic et ce lâche silence l)'mi public clairvoyant trompaient la vigilance; S'il ne suffisait pas du souffle ou du regard Pour traverser sa ruse et pour ternir son lard'

Ah! qu'elle est mieux sans doute, etcombienjepréfêre

Cette antre Faculté, cette école étrangère, Où libre de son corps, libre de son clan. A volonté l'élève apporte son bilan.

Entr'ouvre lentement la formidable arène Ht lâche seul l'écluse au courant qui l'entraîne!

I" SéRIK. il

l'oint de scribe exigeant qui jamais ait compté Ses quittances de caisse et de scholarité "'; Point de protection, de salut nécessaire ; Point de cours d'apparat, d'officiel glossaire ; Mais quand aux examens l'ont ramené ses pas , C'est à lui de prouver qu'il sait ou ne sait pas ; Prévenu qu'il soutient une terrible lutte, Qu'on l'interroge à l'heure et non à la minute.

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1. Dans les séances solennelles, les professeurs el les agrégés son! rangés en fer à cheval sur des sièges placés au devanl de l'estrade où sonl le *1 o y « • 1 1 el les assesseurs.

'2. Ce livre, le plus précieux des huit ou neuf que possédai! I École, ne lui prêté à Louis XI, qui voulait en faire prendre copie, que sous une caution de plus de 1000 livres, déposée par un riche bourgeois de Paris no té Malingre.

3. La Faculté de médecine siégeait, au quinzième siècle , dans cett< rue <|ui a conserve l'aneiei que lui avait valu la quantité de foin

ini.issee pour servir de litière .m\ élèves. La me du Kou.irre esl une de

ces mes -aies ei étroites situées aux em irons de la place Mauberl

4. La plupart des docteurs remplissaienl dans l'origine les fonctions

de chantres.

.>. Allusion aux examens actuels, où trois juges interrogent eu deux heures quatre candidats, a^sis devant la même table

6. La vespèrie était une cérémonie qui précédait de quelques jours la réception au doctorat. {Recherches h' si oriques sur la Faculté de médecine, par Sabafier .)

7. Ces banquets étaient obligatoires et aux frais du récipiendaire.

5. Les examens pour la licence et pour le doctorat duraient , en effet, toute une semaine, et de cinq ou six heures du matin à midi.

1». Symbole allégorique en vertu duquel le licencié épousait la Faculté; à cette époque les bacheliers et les licenciés faisaient vœu de célibat et perdaient leur titre en se mariant.

10. A Edimbourg, et dans plusieurs universités allemandes, on est admis aux examens sans avoir pris d'inscriptions et sans justifier du temps de ses études.

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Le lise aux mains rapaces!!!

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LA PATENTE ET LE DROIT h EXERCICE.

Oui, l'on m'a vu sans doute avec peu de faveur, Moi, critique chétil et modeste docteur, Des médiocrités démasquer l'artifice; J'ai signalé l'intrigue et poursuivi le vi< i

lit, Dantan poétique, en caustiques portraits i)e chaque taux savant j'ai crayonné les traits. Projectile échappé de ma fronde ennemie, Mon vers a quelquefois meurtri l'Académie, Et quelquefois encor d'un distique sanglant J'ai de la fière École ecchymose le flanc.

Mais qui peut m'accuser d'un littéraire crime? Ai-je sacrifié quelque nom a la rime?

Montrez- moi le Quinault que mon injuste vers Ou d'estoc ou de taille a frappé de travers ! Deux mille alexandrins sont sortis de ma plume; J'atteins sous peu de jours la fin de mon volume; Et des deux mille vers que je viens de tracer,

Il n'en est pas un seul que je doive effacer '

Pas un... Je n'eus jamais de haineuses querelles; Et si j'ai rembruni parfois mes aquarelles,

Au pastiche d'emprunt que je lave à pleine eau Si parfois j'essayai mon rustique pinceau; Si je n'ai point tenté l'épopée ou L'idylle Sur la lyre d'Homère ou le luth de Virgile, C'est que dès le début, comme frappée à Taux, L'hydre de la faveur renaissait sous ma laulx.

Signalant du pouvoir les actes arbitraires, J'ai vanté cependant les vertus de mes frères; Leur zèle m'inspirait; leur noble dévoûmenl Rencontra dans mon cœur un sympathique aimant : Aujourd'hui, si du fisc la stupide exigence Une seconde fois provoque ma vengeance , Me verra-ton, plus faible ou plus mal inspire. Lâchement me soustraire à ce devoir sacré! Non, non, je veux flétrir de trompeuses caresses; On saura qu'à travers un luxe de tendresses

I" SlfalE. -22

Mes yeux voyaient déjà dans de sinistres yeux Briller l'ingratitude en reflets odieux ; Que pour moi, clairvoyant dans toutes les intrigues, Déjà nos grands du jour escomptaient nos fatigues, Et que l'on était prêt à tourner contre nous Des secours qu'on dédaigne ou demande à genoux. Quand de l'épidémie ils craignaient la victoire Les lâches nous votaient un Panthéon de gloire ; La colonne trajane à notre dévoûment Leur semblait, disaient-ils, un faible monument ; Leurs rubans cramoisis se déroulaient à l'aune. Ah ! pour des cœurs ardents où l'amitié bouillonne , Qu'échauffe à notre égard une noble chaleur, Mille médailles d'or ont trop peu de valeur ! Mais que l'épidémie un seul instant faiblisse ; Que l'espoir en secret dans leur àme se glisse, A leurs yeux dessillés vous allez voir surpris , L'or reprendre aussitôt sa valeur et son prix. Des médailles d'argent la faible récompense Serait un don trop lourd, une folle dépense ,

Et le bronze que frappe un plus modeste coin Sntlit aux (lévoûments dont on n'a plus besoin .

Comment a succédé, dans cet effort étrange, Un long concert de blâme au concert de louange? Des services passés, hélas! enorgueillis. Donnant sur les lauriers que nous avions cueillis. Notre esprit éprouvait une heureuse détente; Nous croyons n'avoir plus à payer la patente, Insensés!... Quoi! la chambre a cinq cents députés, Tous payant plus ou inoins, presque tous patentés; Quoi! pour auner ses draps, quelle qu'en soit la laine, On ose rançonner notre Cunin-Gridaine; En dépit des faveurs d'un vote inféode L'épicier Ganneron, par le lise taraudé, Ne peut graisser ses doigts d'un paquet de chandelles Sans payer la patente aux aides des gabelles;

Viennet paîrait lui-même un impôt annuel

S'il tenait ou l'avoine ou le foin d'Estagel;

Et nous, bons tout au plus en temps d'épidémie,

A qui nos loups-cerviers ne doivent que la vie ;

Nous dont le dévoûment, si souvent exalté,

De tourments en tourments mène à la pauvreté; *

Qui la nuit et le jour, des travaux les plus rudes

Sans cesse assaisonnons nos pénibles études ;

Nous nous joûrions du fisc aux doigts longs et crochus,

Comme si, pavoises des manteaux de Berchuz,

De larges diamants la poitrine parée,

Le front haut et superbe et la marche assurée,

Dans nos larges goussets, enseignes de trésor,

Sonnaient ou les Louis ou les Philippes d'or !

Comme si du crochet d'une brillante agrafe

Nous eussions arrêté l'aile da télégraphe ;

Comme si, projetant l'immondice aux piétons,

Icares fortunés de brillants phaétons,

Des sables de Boulogne aux fanges de Lutèce

Nous eussions des huissiers dépassé la vitesse;

Et si le fisc enfin, au preste mouvement, S'était ii nous poursuivre essoufflé vainement!

Nous nous essoufflerions à le suivie aous-méme Et sans pouvoir résoudre un pénible problème Payer sans recevoir... An trésor envieux. Bien portants, maladifs, pauvres, jeunes ou \ i « • m \ - Payons; car notre délie est inscrite au grand livre; Et, le timbre à la main, L'huissier, prêt a poursuivre. Nos douzièmes échus, avide el mécontent, Semble indiquer du doigt qu'un receveur attend. Croyez-vous qu'à vos pleurs sa rigueur compatisse Sur vous s'étend déjà la main de la justice; Dans votre obscur réduit, au plus liant escalier. Déjà sa main saisit un chétif mobilier; Vos planches de sapin l'une à l'autre liées Ornent du Cbàtelet les publiques crié s.

Heureux si le pouvoir par nos maux averti Chez nous prenait exemple aux nègres d'Haïti! Là de l'avide fisc l'exigence insultante Des médecins aussi percevait la patente;

Et livré sans contrôle aux rigueurs des recors, L'un d'eux y subissait la contrainte par corps. Déjà depuis un mois l'infortune oubliée Courbait sous le guichet sa tète humiliée: Le président, instruit de cette indignité. Fit au docteur français rendre la liberté , Et prompt à satisfaire à sa voix mécontente Un décret du sénat abolit la patente 8.

Autres lieux, autres mœurs; une indulgente loi Permet au président ce qu'il défend au roi ; Chez nous s'il intervient, le royal Ministère Rend les verroux plus lourds, la geôle plus sévère ; Le médecin chez nous subit tous les ennuis ; Au public riche ou pauvre il doit toutes ses nuits; Et quand les feux du jour, les nocturnes gelées Ont lentement miné ses forces mutile, s;

Lorsque debout encore après un long réveil Il a compté huit jours des heures sans sommeil , Du civique fusil l'épaule embarrassée, Et dans ses fourniments la poitrine encaissée, On le voit d'insomnie et de labeur transi, Prolétaire sans droits, corvéable à merci , Flétri civilement d'une enfance éternelle, Aux portes du château poser en sentinelle , Et présenter, le front par son schako rayé. Les armes au faquin qui ne l'a point payé ! ! !

Sous le joug des Germains pesamment avilie. Nous trouvons plus d'égards dans la molle Italie ; Moins malheureux que nous, nos frères transalpins Échappent aux lazzis des Mirabeau -Scapins; Le fisc ne s'attend point à de viles aubaines; Ils ne sont point inscrits dans les gardes urbaines,

Et peuvent sans soucis el suis impôts d'argent Visiter l'infortune et soigner L'indigent .

Le médecin français d'un poison délétère Doit s'infuser trente ans la putride atmosphère; Et par trente ans de peine et trente ans de danger Se faire un avenir incertain, mensonger. Quand, sous un long travail succombant de faiblesse, Le temps a découvert sa précoce vieillesse; Qu'à peine il a gardé pour apaiser sa faim Une mesquine épargne et des bribes de pain; Pressuré de patente ou de droit d'exercice, Mourant, il solde au fisc son dernier sacrifice, Mort, sa veuve et ses lils du paternel foyer Désertent tristement le modeste loyer, Abreuvés de dégoûts, de douleurs, de misère; Tassants, jetez l'obole ;in\ lils de Bélisaire,

1" SU. Il 'JS

Jetez... leur père mort, forçat noble et sacré. Des chaînes de son bagne est enfin libéré.

Au palais de Thémis, législateurs avides. De l'urne du scrutin prompts à remplir les vides. Dites s'il faut encor d'un impôt éternel Nous soumettre au droit fixe ou proportionnel ; Dites si quelquefois votre loi somptuaire A prévu qu'en mourant il nous faut un suaire , Ou si le fossoyeur d'avance est convenu De couvrir de poussière un cadavre tout nu !...

Mais la loi, dites- vous, cette loi sacrilège Sur tous les créanciers nous donne un privilège.

Et, la mort arrivant, nous po ivons s'il nous plaîl Confondre notre dette aux gages d'un valet...

Merci... Notre science au sein d'un Dieu ravie Apprend-elle à prix d'or à conserver la vie? Nous avons plus d'orgueil el nous n'escomptons pas Des frais enregistrés au comptoir du trépas. Quittez donc le souci dont sans cesse on vous berce; Elles nous iraient mal vos taxes de commerce; De vos Teintes laveurs nous n'avons pas besoin

Et rougissons pour vous de ce lugubre soin. Exigeons-nous jamais des dettes contestées Jamais au tribunal nos traites protestées Ont-elles, présageant la prison, les douleurs. Arraché ces verdicts qui font couler des pleins Hélas! si quelquefois nos veuves malheureuses Invoquent en tremblant vos lois aventureuses,

Si, réclamant les droits d'un époux au cercueil . On les voit s'avancer en longs habits de deuil; Trop lentes à calmer leurs timides alarmes, Et les yeux encor pleins de douloureuses larmes, Contre d'ingrats clients en termes de palais Présenter leur supplique à vos juges de paix; Adulateurs zélés de l'aveugle fortune, Ces juges, fatigués d'une plainte importune, S'étonnent qu'on attache un prix à des travaux Qu'a largement payés l'éloge des journaux5!!!

Suivez-nous maintenant dans vos champs, vos montagnes, Nous, serviteurs de glèbe, ilotes de campagnes, Qu'un manant va narguer de toute sa hauteur, Qu'on rabaisse au niveau du dernier rebouteur: Dont la garde-malade ose avec arrogance Discuter le conseil, critiquer l'ordonnance,

Quand nous seuls répondant de l<»us les insuccès Devant les tribunaux soutenons les procès; Nous, qu'on traque à plaisir, dont le cliétil domaine Semble servir d'appât à l'injustice humaine; Nous, sans discernement, au parquet corrigée, Victimes de sa haine pu de ses préjugée : Nous, dont vous exigez un constant sacrifice.

Sans regret nous patrons votre droit d'exercice;

Mais donne/, nous ;tu moins, donnez nous l'impudeui

De citer devant vous un ingrat débiteur;

A ceux dont le rebut sans cesse nous outrage

De refuser nos soins donnez-nous le courage.

Ou, si vous l'aimez mieux, privez donc de son pain

Ce malheureux qui souffre et dont les lils ont faim;

Prélevez sur leur sang un impôt qui vous tente;

Allez, les mendiants paironl noire patente;

Nos soins leur sont gratuits, à tous distribué

Par eux notre travail n'est pas rétribué.

Au fond de leurs greniers envoyez donc vos gardes ;

Allez, ils vous pair ont,.. Et si dans leurs mansardes

Quelque argent se découvre à votre œil étonné,

Prenez-le, car c'est nous, nous qui l'avons donné! !

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