LES FUNÉRAILLES DE DUPUYTREN
D'une docte harmonie inépuisable écho,
Eussent bâti sous lui les murs de Jéricho;
C'est que veuf d'une voix dont on était avide.
Elle remplit encor l'amphithéâtre vide
Vide.... car son génie, hélas! nous a quilles.
Qui donc, rendant la joie il nos fronts attristés
Et de nos jeunes gens relevant L'espérance .
Osera recueillir sa triste déshérence?
Qui donc, ardent et calme, et plein d'un noble orgueil.
Nous fera désormais admirer son coup-d'œil?
Qui, sur ce vieux fauteuil, silhouette magique,
Le corps rapetissé sur un pivot oblique ,
La voix basse et d'un timbre à tons faibles mais clairs,
De son cerveau grandi lancera des éclairs?....
Ah! quand on a vécu d'une si haute vie Qu'à l'immortalité le trépas nous convie.
Si notre char de mort y monte sans cahot , Qu'importe que l'on meure une heure, un jour plus tôt ; Qui ne voudrait au prix de telles destinées, De vingt ans de douleurs abréger ses années , Dût, sur son front brûlé d'un été sans printemps, Comme un marteau de plomb tomber la l'aulx du temps.
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1. Dupuytren a laisse deux cent mille francs pour la fondation d'un musée d'anatomie pathologique. La volonté du testateur n'a pas étéres pectée; on a voulu fonder avec cela une chaire.
2. Autrefois les médecins et chirurgiens de l'Hôtel-Dieu avaient droit à un déjeuner dans la maison; ce déjeuner a été supprimé, mai9 l'usage s'est conservé de donner à chacun d'eux, tous les matins, une flûte ou petit pain, que Dupuytren emportai! dans Ba poche comme tous ses collègues.
5. En hiver Dupuytren se rendait presque tous les malin- à pied â l'Hôtel-Dieu, chaussé de sabots, selon l'usage de son pays.
4. Allusion a un reproche qu'on a adresse généralement a Dupuytren
;>. Après sa première attaque d'apoplexie, Dupuytren a rail ou voyagi en Italie.
6. Sous la restauration on lisait sur les murs de l'amphithéâtre de l'Hôtel-Dieu l'inscription suivante: Charles X a visité l'Hôtel-Dieu, le... Cette inscription a été effacée et le buste enlevé aussitôt après les trois journées.
7. On sait que le poète Gilbert est mort à l'Hôtel-Dieu; les vers auxquels il est fait allusion ici sont gravés sur le mur. On voit en entrant à gauche, dans le péristyle, une inscription semblable, placée sous le consulat, en l'honneur de Desault et de Bichat.
« .... Et cependant, comme il n'y a pas que des dupes en cette affaire, on ne saurait appeler un trop grand jour sur elle; c'est là le vrai moyen d'éclairer le public et d'en finir avec les charlatans!! »
(Guérard, Dïctionn. de médecine.)
Oh! quand à Vanhelmont, d'hérésie entachée. L'audacieux Mesmer arrachait son archée, Et qu'au baquet sacré ses harmoniques sons De ses magnétisés égayaient les leçons; Qu'à l'ormeau-Busancy par passes symétriques Puyséimr infusait ses vertus magnétiques; Quand du saint llohenlohe aux crédules dévots La poste transmettait les miracles nouveaux ; Ou que dissimulant ses doctrines lascives, Habile à se vernir de teintes progressif
r senti .
Aux pieds du tribunal, le front haut, l'œil hagard,
Enfantin épuisait le pouvoir du regard ;
Qui l'eût dit que bientôt une secte nouvelle
Proclamant au hasard sa lutte industrielle,
D'Hohenlohe, Mesmer, Puységur, Saint-Simon,
Oserait affronter le mystique renom ?
Thérapeutes chétifs et dont le frac laïque
Trahit l'incognito d'un dogme prosaïque ;
Dont le char embourbé, sur un pesant essieu
A peine à soutenir leur prosaïque Dieu;
Ont-ils pour excuser des essais inhabiles
Le poétique élan des antiques Sibylles?
Brûlants d'enthousiasme et les yeux égarés,
Les voit-on quelquefois sur leurs trépieds sacrés
Hurler péniblement d'audacieux oracles?
Où sont leurs prédicants, leurs martyrs, leurs miracles?
L'agent mystérieux dont ils sont dominés
Commande-t-il la crainte à nos sens fascinés, "
Et feront-ils passer sous nos yeux incrédules
De nouveaux possédés, de nouveaux somnambules?
L'HOMQEOPATHIE. >l\
Ah ! pour le malheureux qui les suit et les croit Ils n'ont qu'un regard morne <'i qu'un langage froid: On les voit tristement en lignes décimales Ranger des unités infinitésimales, Et sans discernement, sans puissance et sans choix . Chaque médicament se déplace à leur voix. Ils disent qu'à nos maux l'ignare médecine Gomme aux temps d'Hippocrate offre <'n vain sa piscine , Que depuis deux mille ans triste et préoccupé Par des docteurs sans foi le monde fut trompé. Comment croire en effet qu'au jeu de nos organes La nature marâtre a caché ses arcanes, Et <pie dans les débris d'un corps inanimé Ils échappent au l'eu qui nous a consumé! Sur le siège du mal. sur ses causes premières. Avons-nous donc besoin de nouvelles lumières.' Des symptômes groupés celte cause ressort !
C'est LA FORGE VITALE EN TOTAL DÉSACCORD1 !!!
Qu'à cette vérité votre foi soit ouverte ; Hahnemann mit douze ans à cette découverte 2 ! Douze ans de longs travaux qu'éclaira le soleil , Douze ans où de ses nuits fut troublé le sommeil !!! Grâce à lui, désormais vingt siècles de ténèbres Cessent d'être livrés à des lueurs funèbres, La saine vérité de ses doigts éclatants Va rayer le mensonge au registre des temps....
A quelles vanités notre orgueil nous expose ! Recherchant de nos maux la nature et la cause, Ignares médecins, savons-nous seulement Que de ces maux la psore est l'unique ferment 3? Oui , cet infortuné que le cancer dévore Doit ses élancements à la hideuse psore ; Cet autre qu'envahit un pus tuberculeux, Ou qu'étouffe le croup, qu'est il donc? un galeux..
Il n'est pas de douleur que la psore n'avive. Vous souffrez des élans d'une migraine vive ; Inexpert naviguant le ressaut du hamac A , de chocs imprévus, froissé votre estomac ; Vos flancs sont largement distendus par l'ascite ; Au milieu des transports d'un amour illicite Le chant d'une Sirène au brisan d'un rescif Des avirons d'IIygie a privé votre esquif : Gardez- vous d'accuser l'ascite ou la migraine; La psore et non l'amour usa votre carène; Le temps en lait saillir les mille trahisons ; Locuste lui devait ses plus cruels poisons. Et sans l'activité de sa marche ambiguë Impunément Socrale aurait bu la ciguë.
Hélas! forsqu'en nos murs la misère engendra Ce fléau dévorant qu'on nommait choléra ;
La mort, dit Hahnemann, trempait sa faulx brutale
Aux réservoirs affreux du virus de la gale ;
Et dans nos corps livrés aux tourments de l'enfer,
D'avides Acarus 5 plongeaient leurs dents de fer.
Et moi qui, sur la foi des matrones de Corse,
Du derme boutonneux étudiais l'écorce ;
Qui , crédule et sans crainte , aux rayons du soleil
De l'horrible sarcopte épiais le réveil ;
Qui , dormant sur la foi d'un heureux horoscope ,
Apprenais de Raspail à lire au microscope ;
Moi qui m'inoculais, sans froncer le sourcil ,
L'animal à sillons dont je suivais le fil ;
Détracteur insensé d'une nouvelle secte ,
J'observais et la vie et les mœurs de l'insecte,
J'allais peindre ses traits d'un innocent pinceau,
Et nourrir de mon sang un vampire au berceau
Malheureux..., j'aurais donc, jouant avec la psore, Ouvert imprudemment la boîte de Pandore ; Et sans les bons avis de l'illustre Hahnemann , Livré notre univers aux dents d'un caïman !
L'HOMOEOPATHIË. 215
llahnemaiin m'épargna ce désespoir d'Oreste; Lui seul m'a préservé du contacl de la peste; Calmant en un clin-d'œil mon odorat tendu, Le suc de pulsatille au millième étendu, De son sucre de lait imbibe les globules ; Son parfum se répand en invisibles bulles; Par mon actif cerveau le remède <-si «ohm-.
La psore est expirante ri le inonde esl sauvé.
Ah! pour l'esprit du sage il n'est point de vétille.... Que dis-je!.. est-il besoin du suc de pulsatille? Croyez-vous qn'llalmeinann, esclave d'un seul fait, N'offre qu'un amalgame à son sucre de lait? D'un mélange hardi quelquefois il ordonne Au millionième un grain de belladone, Et mille fois dissous le camphre ou l'aconit A l'heureux véhicule et s'infuse et s'unit;
S'il nous faut témoigner des vertus du mélange, Une femme crédule a pris trois mois le change , Elle a substitué trois mois innocemment Des capsules de chasse à son médicament; O merveille de l'art! de la fébricitante Les capsules doublaient la vertu militante, Et grâce au long repos de l'indolent mari , La boîte s'est vidée, et la femme a guéri.
Simili simile... Honte pour Hippocrate; La nature sans lui s'est l'ait homœopalhe; Au feu de la rougeole, et par un coup de dé, Une dartre rebelle a bien des fois cédé; Telle au bras vigoureux qu'on plonge dans la glace, La chaleur est éteinte, et la rougeur s'efface; Mais bientôt bouillonnant d'une vive chaleur. Les irritables chairs ont repris leur couleur;
LTÏOMOEOPATHIE
Sirnile simili... C'est la loi de nature ;
Brûlons-nous jusqu'aux os pour braver la brûlure, Un froid de vingt degrés amène le dégel, Et crible1 de blessure, on se rit du duel \
Cependant si, pourvu d'une àme moins stokpie, Timide et redoutant le remède héroïque
Dans le Rhône ou le Rhin vous tombâtes noyé ,
Si, frappé d'asphyxie, étouffant, foudroyé,
On veut bien vous livrer à des soins sanguinaires ,
Hahnemann vous invite à l'appel des contraires ,
Et vous pouvez alors, dressant l'auto-da-fé ,
Rallumer votre vie aux laves du caféH.
De l'homœopathie admirez l'artifice;
C'est quand vous êtes mort qu'on fait un sacrifice ;
Mais la main qui prescrit un emplâtre de poix
De vos démangeaisons ne sent pas moins le poids °.
Ah ! sans l'alternative où le sort l'a placée,
Elle vous eût couvert de choucroute glacée ' ' ;
Et pour mieux satisfaire à votre corps souffrant,
Eût changé votre lit peut-être en restaurant !
Encor, si leur palais, dont le bon goût les flatte,
Se contentait de mets à dose homœopathe ;
Si la truffe à parfum dont Véfbur est garni
Pouvait se diluer pour eux à l'infini;
Si de leur estomac les ardeurs animales
S'apaisaient aux saveurs infinitésimales ;
Vous pourriez bien alors, pour plus de sûreté, Homœopathiser aussi votre santé, Et pour lui témoigner vos transports légitimes, Payer l'homœopalhe en modestes centimes".
Fier des lambeaux épars de son pourpoint troué. Vous le verriez alors, d'un visage enjoué, A travers les haillons que son orgueil défie Trahir l'émotion de sa philosophie.
Ah! qu'il serait heureux de cet événement! Tout est vertu chez lui, désintéressement; Au tonneau dénude du nouveau Diogène S'assied dévotement la charité chrétienne; Mais aux lieux où l'aumône a sonné dans sa main. Le rencontrerez-vous encor le lendemain; Aux fastes bienheureux de sa maigre légende Inscrira t il encor la folie allemande
Disciples d'Hahnemann, vos hauts faits sont connus: N'accusez pas d'erreur nos esprits prévenus; Vos secrets sont à jour, et notre complaisance Dans son laisser-aller vous donna trop d'aisance; Trois mois à l'Hôtel-Dieu Bally vous a soufferts ; Trois mois il vous laissa ses registres ouverts ; Dans ses essais Andral a mis un soin extrême; Qu'a-t-il fait, cependant, qu'avez-vous fait vous-même? Un de vos adhérents, dans sa sincérité, Du poste de l'honneur seul n'a pas déserté : D'autres ont fui bientôt une funeste lice ; Transfuges de combats, mais héros de coulisse, Comme à Polichinelle on fournit des tréteaux, Ils voudraient qu'on dressât pour eux des hôpitaux : Si, sur les ais mal joints d'un tremplin à bascule, Ils pensent se soustraire aux traits du ridicule . Que sur leurs corps sanglants en pétille le sel; Bouillaud les signala manquants à son appel; D'Andral et de Bally la voix sonore et forte A proclamé tout haut que leur doctrine est morle.
L'HOMOKOPATHIE. >i\
Et la France entendra cet unanime cri
Que de tous leurs clients pas un seul n'a guéri.
Vous qui de bonne foi suiviez des rêveries, Désabusez-vous donc, quittez ces jongleries. Persistez-vous encor?... voyez le charlatan Qui va nous étourdir du bruit de son tam-tam. Devant qui sous vos yeux une foule se rue: Vous semblez dédaigner l'empirique de me. Et votre front rougit des sataniques tours Du dentiste ambulant qui pose aux carrefours; Vous croyez l'accabler d'un courroux légitime. Eh bien, plus que pour vous j'ai pour lui de l'estime; Pourquoi fixer sur lui des yeux pleins de courroux? Soyez plus indulgents, car il vaut mieux que VOUS. A mentir au public votre esprit se torture: Plus franc il a du moins affiché l'imposture,
Et montre aux yeux de tous, en dépit de la loi , Plus d'esprit, plus de grâce et plus de bonne foi.
Descendez , descendez dans votre conscience ; Croyez-vous qu'Hahnemann ait fait de la science? Pouvez-vous à travers sa lourde fausseté Écrire un nouveau fait , lire une vérité ? Ah ! de l'infortuné que tourmentent ses songes Supportons les erreurs, pardonnons les mensonges ; L'enthousiaste ardent dont le front égaré Sort des plis rayonnants de son manteau sacré , On peut le plaindre encor, quelquefois on l'admire; De sa seconde vue on suit le point de mire ; Sous le bras opprimant d'un despote vainqueur On voit luire ses yeux , on sent battre son cœur ; Dans les frémissements d'une pénible extase Il se débat au moins sous le Dieu qui l'écrase;
L'HOMOKOPATHIE. -l-i:\
Mais le froid imposteur qui, trompant froidement . Ment à sa conscience et sait fort bien qu'il ment ; Dont l'avide calcul a caché l'imposture ; Qui voit sa base fausse et qui pourtant l'assure; Du poids du déshonneur que son nom soit flétri ; Que l'avenir vengeur l'attache au pilori. Je préfère cent fois ce moderne copiste, L'homme aux six traitements, l'électro-terpathiste ; Au public confiant il prédit mieux son son ; Il a pris pour enseigne un»' tête de mort '.