‹ Némésis médicale illustrée, recueil de satiresChapitre 42 sur 49 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

Je ne suis pas de ceux qui disent : Ce n'est rien, C'est une École — qui se noie.

J'aime l'École, et j'avoue à ma honte , Quelque pédant que soit un professeur, Fût-ce un Scapin, un Tartufe, un Géronte, Fût-ce Adelon, formaliste assesseur Dès qu'en longs plis sur son clos se dessine La souquenille à revers éclatant, Dès qu'une toque aplatie en bassine Kevêt son chef que la fierté distend,

304 VI M (tT-CINQUIÈME SATIRE

J'en deviens fou... Malheur à qui peut rire Quand un doyen, troublé dans ses repas, Heurte en tremblant la poignante satire Dont Némésis enchevêtre ses pas ?

Chantons-la donc cette École bénie Où l'indolence eut toujours des autels, Et fouettons ceux dont l'audace inouie Ose insulter à ses vingt immortels; Ceux qui, frappant et d'estoc et de taille, Déchiquetant et robes et bonnets , En Don Quichotte ont pu livrer bataille Aux clairs vitraux, aux innocents volets; Ceux dont la plume et les feuilles perfides Ont provoqué de funestes débats, Qu'il faut flétrir du nom d'écolicides , Ennemis-nés des classiques états ;

L'ORFILAÏDE.

Carbonaris acharnés à poursuivre Nos pairs d'École aux leçons, aux concours, Prêts a compter, s'ils ont du temps à vivre, Les auditeurs qui désertent leurs cours.

Las de marcher dans la plus sale ornière, Maître Orfila, dit on, la nuit dernière, (Ses sens étaient sans doute hallucinés), En rêvassant une douce carrière, Riait sous cape et se pinçait le nez.

Heur innocent dont on conçoit le rêve ; Le Phocéen simulait une trêve , Tout était calme au carrefour Condé, Et l'0'Connell de notre chirurgie \ A la clarté d'une double bougie, Comme un agneau semblait s'être amendé.

Un complaisant colportait la nouvelle

300 YINCxT-GNOUEME SATIRE.

Que le trio . devenu courtisan.

D'accord commun avait, en béchameUe, Sucé la paix sous l'aile d'un faisan.

Quel avenir de gloire et de fortune !

Plus de chagrin, plus de presse importune, Notre doyen se Grippe en Jéhovah; Entendez-vous le tam-tam de l'École ?

Tous les échos retrouvent la parole, Tous les échos ont redit hosannah.

A ce concert d'effroyable tapage, Qu'il prend, hélas! pour un charivari, Martin, qui ronde agité comme un page.

D'un vif effroi sursaute et pousse un cri. Quand sur son front tombant de la sonnette. Dont le doyen a forcé le bourdon.

D'aigus fragmens vont percer sa cornette

L'ORFILAÏDE.

Qui tient au chef par un double cordon. Dans les débris voyez-le se débattre, Sécher le sang qui souille son menton; De l'escalier, qu'il monte quatre à quatn Il a franchi le dernier échelon.

Chez le doyen, pâle comme un albâtre , Il entre enfin... A peine sur le seuil, 11 l'avait vu, léger comme un chevreuil, Tourbillonnant en rapide rafale, Sans regretter la couche nuptiale, En pan volant sauter sur un fauteuil.

N'entends-tu pas comme je m'évertue i Arrive donc, ô messager- tortue, Presse tes pas, la joie est au bercail; C'est aujourd'hui que brille mon camaii ; Cours, vole, ami, que ta voix glapissante

Prenne un fausset et plus grave et plus doux ;

De ces billets la dépêche est pressante ,

Couronne-toi de pampres et de houx.

Cours chez Dubois, chez toute la séquelle,

Roux, Marjolin, va partout où j'écris,

Et dis-leur bien que la crainte cruelle

A pour jamais déserté nos lambris ;

Le vote est libre et libre l'espérance ;

Notre scrutin étonnera la France,

Et, dans le fond du transparent sachet,

Vois luire un nom de vulgaire indolence,

Un nom proverbe... un nom divin... Breschet \

Quoiqu enhardi par cette voix câline, Martin-Bureau profondément s'incline ; D'un monseigneur, et bien long et bien bas, Trois fois salue, et la chauve machine En vils élans précipite ses pas.

L'ORFILAIDE.

Au front pelé du potentat scolaire Ce prompt départ ne laisse aucun souci , On n'y voit plus ces traces de colère Qui trop souvent , hélas ! l'ont obscurci : El ses longs traits où son long nez domine , Et ses deux yeux dont l'orbite a grandi , Son corps fluet, son angulaire échine, En ce moment tout paraît arrondi.

Mais tout-à-coup sous l'élan tétanique, Qu'on peut nommer si l'on veut choléra; Sous cet élan qu'un Boileau romantique Pourrait encore appeler satanique , Que soubresaut un autre appellera ; Le fauteuil glisse, et d'un son de guitare Vibre ; aussitôt le héros baléare Cambre en arrière un avant- train osseux , Et d'une main que l'on dirait jalouse, Décroche en hâte une hideuse blouse De l'ignorance univalve crasseux , Qu'on nomme robe, ou toge ou souquenille ,

Et qu'on ferait sans doute mieux encor De baptiser de son vrai nom : guenille ; Guenille, dis-je, et vaniteux décor, Qui dans ses plis où la poudre s'amasse Des sots discours tient toujours prêt le fil , Où sans pitié se sasse et se ressasse Des perroquets l'insipide babil.

Dussé-je, hélas! enveloppe ma mie , D'un chianli courir tout le danger, Que je voudrais en cette académie Qui me dédaigne G, avec toi m'engager:

Oh , comme alors des discoureurs profanes , Des cicérons dont le verbe est si haut , S'effaceraient en reflets diaphanes L'habit vert-pomme et le frac artichaud 7 !

L'ORFILAIDE.

Il était là de son enthousiasme , Quand tout à-coup du fond du cabinet Un rire aigu , comme un mordant sarcasme Part en ton vif et revient en sifflet ; Qu'est donc ceci , quel funeste présage ? Moi dont l'accent eut toujours tant d'accord , Je souffrirais si près de mon visage , Jusqu'en ma chambre , un murmure discord Le plancher s'ouvre à ce cri de détresse ; Et comme un lustre en tout sens éborgné , Un corps opaque avec lenteur s'abaisse Jusqu'au doyen qui recule étonné; C'est , lui répond une voix de tonnerre , C'est Parmentier s qui te fit dessécher Pour ton repas cette pomme de terre , Monstre modèle un peu dur à mâcher ; • Elle balance en l'étroite baraque , Et par un choc dû peut-être au hasard En deux moitiés et se partage et craque ; Lors en ses lianes le nouveau Balthazar

Lit en tremblant sur le cru parenchyme :

« Un mauvais choix est bien souvent un crime ; Songe au danger d'un vicieux scrutin , Des quatre B s'ouvre la loterie:

Broc ou Bérard , ou Breschet ou Blandin : Deux de ces B te font un doux destin , Deux autres B , ton école est flétrie. »

A cette énigme , Orfila cherche un sens ; Il le reçoit en adieux menaçants :

« Je mollirais si dans l'eau j'étais cuite ; Je salirais si ma chair était frite ;

L ORPJLAÏDE Mais elle est crue et mon suc n'est pas mur Dure je sui> et je taperai dur.

Soudain . helas ! le monstre affreux bascule. Et disparait en heurtant contre un mur : C'est vainement que le doyen recule:

Sur ses deux yeux tombe un nuage impur Qui se condense en couche de fécule.

En ce moment Martin-Bureau rentrait Las et fourbu de sa course lointaine; Et le discours qu'au doyen il ferait .

De son ..osier que la marche altérait.

Et qu'il espère humecter a Ion* trait . Coulait déjà comme d'une fontaine Il se présent»- avec son air discret .

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