AUX VIEUX LÉGIONNAIRES
11 avait bien compris, le monarque des camps , Tout ce qui dans les cœurs allume des volcans, Tout ce qu'à des soldats l'enthousiasme inspire ! Un jour, pour les guider dans leur noble chemin , Cet homme fit un astre, et le mit de sa main Au firmament de son Empire.
Du signe qu'il créa pour parer notre sein Lui-même sur l'émail découpa le dessin ;
Il s'en fit le dépositaire; Electrique foyer de nos vieux bataillons. On eût dit que sa gloire éclatait en rayons
Sur tout son peuple militaire.
Aussi, lorsqu'il passait , dans son brûlant essor, De ses magiques dons prodiguant le trésor, Il semblait de l'honneur secouer les parcelles; Et du centre aux deux bouts du poudreux horizon, Sa main jetait les croix, comme un rouge tison Sème en courant des étincelles.
L'ennemi croyait voir des astres de malheur, Comètes qu'une flamme à la triple couleur IH Mf»>ff:
Suivait dans l'ardente mêlée; Les lourds carrés de fer se fendaient en sillons,
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Quand , devant leurs fusils , tombait en tourbillons La Garde toute constellée.
Heureux qui par la croix s'était vu rajeuni ! Le pontife des camps semblait l'avoir béni ; La croix était un culte, il était beau d'y croire ! Quand, après la bataille, il visitait les rangs, L'Empereur la donnait aux soldats expirans Comme un viatique de gloire.
Lui-même, quand, rêveur devant les flots amers, De la pointe du pied qui foula l'univers.
Il repoussait l'algue marine ; Que de fois il bondit d'un sublime réveil , En appliquant sa croix comme un doux appareil
Sur le cancer de sa poitrine î
Signe consolateur ! même encore aujourd'hui Ce n'est pas vainement que la lumière a lui
Sur l'Escaut, le Tibre et le Tage; Les peuples étrangers , au cœur reconnaissant , Qui pour te conquérir ont prodigué leur sang ,
Te montrent comme un héritage.
Sur la froide Vistule aujourd'hui tu renais ; A leur généreux sein quelques vieux Polonais
Ont replacé la croix ravie ; Et l'aigle blanc regarde au fond des cieux déserts Si l'aigle fraternel qui fatigua les airs
N'arrive pas sur Varsovie.
Ainsi quand l'univers sous des voiles épais Se couche, enseveli de son linceul de paix, Et dort , insoucieux dans sa nouvelle aurore ; Ainsi quand chaque jour un point brillant s'éteint Dans ce glorieux ciel que le géant soutint, L'astre impérial luit encore!
vu.
22 Mai 183<.