‹ Némésis; satire hebdomadaireChapitre 98 sur 133 · Célèbre changeur de la galerie Valois · texte numérisé non relu

Célèbre changeur de la galerie Valois

2. Deux célèbres économistes, l'un Anglais et l'autre Français. Lo premier est mort à Londres dans les derniers jours de 183}..

Quatre actes sont donnés dans ces riches bazars, Et la dernière scène est sous le Pont-des-Arts. Non, ce tableau n'est point un jeu de poésie, Un portrait idéal , œuvre de fantaisie ; L'hyperbolique Dante a fait un Ugolin ; Les miens sont devant vous, ce palais en est plein. Voyez-les : sans trouver un lit qui les endorme, Ils errent jour et nuit sous le même uniforme ; Ils épinglent sur eux quelques lambeaux étroits, L'un à l'autre cousus par des fils maladroits ; Le malheur fait passer sous ces fourches caudines Ces décombres vivans habillés de ruines ; Leurs vêtemens, rebut d'opulentes maisons. Donnent des démentis à toutes les saisons : L'hiver, quand un froid vif embrase leurs narines, Ils se glissent parés de robes zéphirines ; L'été, quand l'horizon allume ses fourneaux, Ils traînent en suant l'alpaga de Ternaux. Triste peuple, roseaux effeuillés sur les aires. Plastrons déchiquetés par toutes les misères, Ils semblent adresser, du fond de ces abris. Un sarcasme éternel au luxe de Paris.

Mais autant qu'un ormeau s'élève sur l'arbuste, Autant que Cornuet domine l'homme-buste, ' Sur cette obscure plèbe errante dans l'enclos, Autant plane et surgit l'héroïque Duclos : ^

1. Nain distributeur des grands journaux, occupant le pavillon littéraire qui fait pendant à celui de Cornuet.

2. S'il est un personnage dont on s'est occup»^ longtemps à Paris, où l'on

Dans cet étroit royaume où le destin les parque, Les terrestres damnés l'ont élu pour monarque ; C'est l'archange déchu, le Satan bordelais. Le Juif-Errant chrétien, le Melmoth du palais;* Jamais l'ermite Paul, le virginal Macaire, Marabout, Talapoin, Fakir, Santon du Caire, Brame, Guèbre, Parsis adorateur du feu. N'accomplit sur la terre un plus terrible vœu : Depuis sept ans entiers, de colonne en colonne, Comme un soleil éteint ce spectre tourbillonne; Depuis le dernier soir que l'acier le rasa.

oublie si vite les hommes et les choses, c'est le fameux Chodruc-Diiclos , cet hôte étemel du Palais-Royal, et surnommé Vhomme à la longtte barbe. On a fait sur ce personnage singulier une foule de commentaires : mais l'on sait aujourd'hui que Dnclos, royaliste ardent, qui avait vin!.l fois, dans la révolution, compromis sa vie pour les princes déchus, ne fut pas récompensé comme on le lui avait promis alors qu'on avait besoin de lui, et comme devait le lui faire espérer la haute position de M. de Peyronnet , son compatriote et son ancien ami. Ce fut alors que , privé de toutes ressources et couvert à peine de méchans haillons , il vint se fixer dans l'enceinte du Palais-Royal, où il se promenait, silencieux et fier, plus de quinze heures par jour, comme une preuve vivante de l'ingratitude des grands. Depuis la révolution de Juillet, Duclos a compris que son rôle était fini, et il est vêtu à peu près comme tout le mondé ; de son ancien costume, il n'a conservé que sa longue barbe.

On raconte beaucoup de traits remarquables de cet homme singulier ; nous en citerons un qui donnera une idée de sa bizarrerie. Dans l'un des trois jours de Juillet, le jour où les Suisses défendirent le Palais-Royal , Duclos , qui n'avait pas quitté ses galeries , vit un jeune homme qui tirait avec plus de courage que de bonheur contre les habits rouges : aucun de ses coups ne portait. — Vous perdez votre poudre , lui dit Duclos en lui prenant le fusil des mains; tenez, voilà comme on fait. Le coup part et un Suisse tombe mort. Puis Duclos rend le fusil au maladroit tirailleur. — Puisque vous êtes si adroit, lui dit ce dernier, pourquoi n'êtes-vous pas des nôtres? — Oh! moi, c'est différent, répond Duclos, ce tiest pas mon opinion.

1. Melmoth ou f Homme errant, admirable création du révérend Matburin.

Il a VU trois Véfour et quatre Corazza ; ^

Sous ses orteils, chaussés d'éternelles sandales,

Il a du long portique usé toutes les dalles ;

Être mystérieux qui, d'un coup d'œil glaçant,

Déconcerte le rire aux lèvres du passant;

Sur tant d'infortunés infortune célèbre !

Des calculs du malheur c'est la vivante algèbre;

De l'angle de Terris jusqu'à Berthellemot,

Il fait tourner sans fin son énigme sans mot.

Est-il un point d'arrêt à cette ellipse immense?

Est-ce dédain sublime, ou sagesse, ou démence*?

Qui sait? il veut peut-être, au bout de son chemin,

Par un enseignement frapper le genre humain ;

Peut-être, pour fournir un dernier épisode.

Il attend que Rothschild, son terrestre antipode.

Un jour dans le palais l'aborde sans effroi.

En lui disant : Je suis plus malheureux que toi !

1. Nom primitif d'un des meilleurs cafés du Palais-Royal, illustré par la fortune de ses quatre successeurs.

27 Novembre 1834.

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