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CHAPITRE VIII

UNE EPAVE,

Les funérailles de M. Richard avaient eu lieu. Marcelle semblait inconsolable, ou, comme la fille de Rachel, elle ne voulait pas être consolée. Un seul habitant de Némoville avait accès auprès d’elle: le docteur Desmarais. On prétendait que Marcelle et le médecin étaient fiancés, mais les mieux renseignés disaient que la jeune fille semblait plutôt craindre qu’aimer le médecin. Depuis la mort de son père, on eût dit qu’elle subissait l'influence de ce personnage, qui n’était guère sympathique; quelqu'un avait même insinué que la fille de M. Richard éprouvait un sentiment plus doux pour le gouverneur, parce que, certains jours, elle avait rougi de plais: en l’apercevant.

Mais, tout cela n’était que des on-dit, et Roger ne semblait avoir pour Marcelle que la courtoisie ordinaire chez un homme bien élevé. Les on-dit tombèrent d'eux-mêmes.

Il y avait deux jours que le curé Bernard était à Némoville, quand Roger lui proposa de faire une petite excursion de pêche à la surface

de la mer. Le curé consentit avec plaisir, et ils partirent tous trois, car Paul était de la partie; il ne quittait Roger que rarement.

Ce fut vraiment une pêche miraculeuse, et Paul soutint que c'était le curé qui leur portait chance. |

Quand on eut une provision considérable de poissons de toutes sortes, en retourna à la ville sous-marine, :

Turko, le chien du gouverneur, accompagnait son maître, selon son habitude. Or Turko était un chien sage et docile, très populaire à Némoville, il était si bien établi que Turko n’aboyait jamais sans de bonnes raisons, qu’un hurlement du chien fidèle était devenu pour son maître un signal certain qu'il se passait quelque chose d’extraordinaire. Roger et Paul furent donc assez surpris, au retour de cette pêche miraculeuse, de voir le chien se dresser sur le bord de l’embarcation et pousser un hurlement prolongé.

-—“ 11 y a quelque chose d’extraordinaire, dit aussitôt Roger.”

—“* En effet, répondit Paul, Turko n’a pas coutume d’avoir de ces fantaisies lugubres,”

Et tous deux se mirent à examiner la mer avec attention. | —“ Serait-ce cette épave, là bas, qui ca les hurlements de Turko? ” dit Paul, en désignant une forme vague, qui flottait à quelque distance. ss

—“ Allons voir, ajouta Roger, je prends toujours au sérieux les avertissements de Turko, car il m’a donné mille preuves de son flair,” dit-il en s'adressant au curé.

Jn dirigea l’embarcation äu côté de l'épave, et bientôt, on put constater que c'était un canot, qui s’en allait au gré des flots, sans direction.

—“ Un canot vide, dit Paul, remorquons-le jusqu’à Némoville.”

Mais au moment où le canot de pêche rejoignait l’épave, on s’aperçut avec surprise qu’il n’était pas vide. Une femme était étendue au fond sans mouvement: elle semblait morte, mais en se penchant sur elle on vit qu’elle respirait encore,

On se hâta de transporter la naufragée à Némoville, et on accosta à la résidence de Marcelle, où le prêtre suggéra de laisser la malade,

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