UN TERRIBLE REVEIL
Gaétane et Jeanne ayant veillé assez terd,
n'avaient pas tardé à s'endormir, Gaétane avait repris chez le médecin la chambre gu’elle occupait quand elle y demeurait, On continuait d’ peler cette pièce “ la chambre de Gaétane.”
Vers les deux heures du matin, la jeune fille s’éveilla en sursaut ; elle venait de rêver que Roger courrait un danger, et qu’elle essayait de
la sauver, sans Pouvoir y parvenir, |
“Quel rêve! ” se dit-elle, et elle éssaya de se rendormir, Elle sentit alors la trépidation du bateau, qui annonçait qu’il était en marche, Elle s’étonna de cette singularité ; pourquoi ne les avait-on pus prévenues, elle et son amie, que
Némoville devait se déplacer cette nuit?... Un peu inquiète, elle se leva et regarda l’heure à sa
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liens. Elle regarda par un des hublots du sousmarin et put constater qu’en effet, le bateau était en marche.
—“ Et qu'importe! se dit-elle que nous
soyons stationnaires ou en mouvement, puisque ceux que nous aimons sont avec nous.”
Gaétane ne se rendait pas encore compte du mal-
heur qui leur était arrivé.
Elle entendit Jeanne qui l’appelait de la chambre voisine: ‘“ Le bateau est en mouvement, Gaétane, saviez-vous que nous devions nous déplacer cette nuit? ”
—“ Non,” répondit celle-ci, “ est-il dans les habitudes des gens de Némoville de se déplacer ainsi à l’improviste? ”
:—“ Non, fit Jeanne et cela :x'inquiète, Il me semble que quelque chose d’extraordinaire se passe. Hâtons-nous de nous lever et d’aller aux renseignements auprès de mon père.”
Elles se levèrent et se vêtirent. Au moment d'ouvrir la porte du couloir qui reliait les deux sous-marins, elles regardèrent instinctivement, par le hublot qui trouait la porte ei avec horreur, elles virent au lieu de la ligne du couloir, qui étuit toujours éclairé à l'électricité, la
NitMoviLL. dôt met, qui venait battre jusque sur la vitre épaisse de leur édroite fenêtre.
Un cri simultané leur échappa: elles venaient de comprendre ce qui était arrivé. Le us-marin était seul dans son sinistre voyage.
—“ Si nous avions ouvert cette porte, nous étions perdues,” cria Jeanne, en s'assurant que. la porte était bien verrouillée et à l'épreuve de la poussée des flots,
—“ Le Ciel nous a protégées ; si vous aviez ouvert la porte, Gaétane, nous étions perdues ; l’eau se serait engouffrée dans le sous-marin, et c'en était fait de nous.”
—" Il faut que nous remontions à la surface,” dit aussitôt Jeanne, “ mais comment diri. ger le mécanisme, que nous ne connaissons ni l’une l’autre! ”...
Toutes deux se mirent courageusement à étudier la machine. Hélas! la tâche fut longue, et dans l’état d’esprit où étaient les pauvres femmes, le temps leur paraissait plus long encore. Enfin, elles eurent la satisfaction de sentir le sous-marin se soulever en refoulant l’eau, et
elles apergurent le ciel, Elles couraient ainsi
moins de danger, et elles pouvaient observer l'horizon, rencontrer quelque bateau qui leur viendrait en aide,
Mais ce fut en vain que, pendant des res, elles fouillèrent l'horizon, la mer paraissait déserte en ces parages. Et le sous-marin conti-
nuait de fendre les flots avec rapidité, emportant les pauvres femmes loin de ceux qu’elles
aimaient.
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