‹ Nemrod, ou, l' amateur des chevaux de coursesChapitre 2 sur 18 · LE DUC D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

LE DUC D'ORLÉANS

Monseigneur ,

Il y aurait de ma part une grande présomption , si je croyais qu'il fût nécessaire de chercher à convaincre Votre Altesse Royale des grands avantages que l'Angleterre a retirés de la perfection à laquelle elle a porté la race de ses chevaux, toutes les fois qu'elle a eu besoin d'en appeler à leur rapidité et à leur activité. Il est également inutile d'ajouter

vj ÉPITRE DÉDICATOIRE.

que ce perfectionnement est uniquement le résultat des courses; qu'il a fallu d'énormes dépenses pour y parvenir, et qu'on le regarde généralement comme arrivé à son dernier terme. Tout annonce que cet exemple n'est pas perdu pour la France, et il n'y a pas de doute qu'elle ne se rappelle un jour avec reconnaissance les efforts que Votre Altesse Royale, d'accord avec les personnes de distinction qui partagent ses goûts, fait pour inspirer au peuple la passion des courses, passion qui , en améliorant la race des chevaux , amènera les résultats les plus avantageux.

L'importance du but qu'il s'agit d'atteindre , n'a presque pas de limites, quand on le considère sous un point de vue national, et que l'on songe à ses conséquences éloignées. Il suffit de jeter un regard sur l'histoire pour comprendre son effet pendant la guerre. Les Turcs, quoiqu'à demi barbares , se ruèrent sur

ËPiTRE DÉDÎCATOIRE. vij

l'Europe et taillèrent en pièces les légions disciplinées de Fempereur d'Orient. Leur cavalerie seule , bien qu'irrégulière , leur assura cette victoire par la bonté de leurs chevaux. La même supériorité fut cause de la défaite de Crassus par les Parthes , race plus barbare encore que les Turcs , mais qui enlevèrent aux Romains ces aigles qu'Auguste avait eu tant de peine à recouvrer. D'un autre côté , l'Angleterre offre aujourd'hui un exemple de l'avantage que l'on retire en temps de paix de la perfection des chevaux. Cette perfection a prodigieusement contribué à la richesse du pays , en mettant le peuple à même de faire en un jour ce qui partout ailleurs en exige deux, et par cette seule cause les plaisirs et les commodités de la vie ont été augmentés au delà de tout calcul. Peut-être demandera-t-on pourquoi l'amélioration des chevaux doit s'attribuer uniquement aux courses ? A cela je réponds qu'il n'y a que l'excitation

viij ÉPITRE DÉDICATOIRE.

produite par l'esprit de rivalité qui ait pu faire adopter les divers moyens par lesquels ce but a été atteint. Le seul désir du lucre n'y serait jamais parvenu.

Sincèrement reconnaissant de l'honneur que Votre Altesse Royale m'a fait en daignant prendre ce petit ouvrage sous sa protection, et dans l'espoir qu'elle y trouvera quelques renseignements utiles sur les diveis sujets dont il traite ,

Je suis avec un profond respect , Monseigneur,

de Votre Altesse Royale ,

Le très-humble et très-obéissant serviteur, Charles-James APPERLEY.

Jntroïiuction.

Il ne sera peut-être pas inutile de commencer l^r faire connaître les motifs pour lesquels je prends la liberté de donner aux personnes de distinction , en France, quelques conseils sur les divers sujets que je vais traiter.

Premièrement. Mes connaissances reposent sur l'attention suivie que j'ai accordée pendant plus

iVEMROD. 1

de trente ans à mon propre haras , en qualité

de gentilhomme anglais et de chasseur.

Secondement. Pendant plus de quinze ans je n'ai cessé de publier mes observations sur la nature et la condition des chevaux, dans les deux Sporting Magazines qui paraissent à Londres. Mes articles y portent la signature de Nimrod. Je suis en outre l'auteur des Lettres de Nimrod sur la condition des chevaux de chasse, opuscule qui est déjà parvenu à sa troisième édition.

Troisièmement. Je suis aussi l'auteur de l'article sur les courses (Me Turf), inséré dans le London Quarterly RevieWy et qui a fait vendre dans l'espace de six semaines trois mille sept cents exemplaires de plus qu'à l'ordinaire , du numéi'O dans lequel il avait paru. Enfin, c'est moi qui ai rédigé, dans la dernière édition de \ Encyclopœdia Britannica, l'article Cheval, qui non-seulement a obtenu l'approbation des amateurs de la chasse, mais qui a même été cité avec éloge dans plusieurs revues , et notamment dans le London Literary Gazette, qui daigne rarement s'occuper de sujets de ce genre.

Mais j'ai eu, pour livrer au publieles observations suivantes, un motif plus direct encore , et qu'il ne me sera pas difficile d'expliquer. Pendant un séjour de plus de cinq années en France, j'ai assisté plusieurs fois aux courses qui avaient lieu dans les environs des villes que j'habitais, et voici cruelle a été l'impression que mon esprit a conservée de ce que j'ai eu occasion d'y voir et d'y entendre. Si pour se livrer à une entreprise ou à un passe-temps quelconque, il est nécessaire d'en posséder une connaissance approfondie, cette connaissance devient plus indispensable encore quand il s'agit de forcer l'esprit à surmonter les obstacles que l'on peut y rencontrer. En conséquence, il ne faut pas s'attendre à ce que le peuple français en masse puisse rechercher avec ardeur les plaisirs de la course , tant qu'il ne sera pas mieux instruit qu'il ne l'est aujourd'hui de tous les moindres détails du système qui s'y rattache. Je suis toutefois convaincu qu'il y a en France une foule de personnes de distinction qui élèveraient des chevaux et les feraient courir, si elles savaient comment s'y prendre, ou si du moins elles en savaient assez pour ne pas rester en ar-

l'ière de celles qui ont plus d'expérience qu'elles. En effet, sans cela, elles auraient peu de chances de succès. J'ai du reste plus d'un motif pour penser comme je le fais : en premier lieu , je regarde le divertissement des courses , le plaisir et l'excitation qu'elles causent, comme s'accordant éminemment avec le caractère avide de plaisir delà nation française; secondement, ce serait une grande erreur de croire que l'Angleterre doive la célébrité dont elle jouit pour ses courses, au hasard qui a fait que sa noblesse ou ses riches propriétaires ont acheté de bons chevaux , et les ont fait dresser par des hommes du métier à INevrmarket ou ailleurs; elle le doit moins encore à l'idée dea profits qui pouvaient résulter des paris. S'il était possible d'avoir le moindre doute à cet égard, on n'aurait qu'à demander au duc de Portland ce qu'il en pense. A la vérité, les profits à retirer d'un haras [stud) , doivent entrer en grande considération, parce qu'ils compensent en partie les frais considérables que ce haras entraîne. Cependant cette considération n'est pas à beaucoup près la seule qui dirige les vues de nos grands nourrisseurs de chevaux de course. Le motif qui les excite, est

en général bien plus noble et bien plus élevé; j'oserais presque dire qu'il a été conçu dans l'enclos du haras, qu'il a vu le jour avec le poulain , qu'il s'est mûri avec sa naissance et qu'il l'a suivi jusqu'au jour de sa perfection. Alors seulement il attend sa récompense, dont la valeur est bien rehaussée par l'honneur et par l'esprit d'émulation qui l'a fait rechercher. Et cela n'a-t-il pas toujours été ainsi? 11 est écrit de Philippe de Macédoine, qu'il reçut le même jour les nouvelles de trois grands événements; celles du gain d'une bataille contre les Illyriens, de la naissance de son fils Alexandre, et de la victoire remportée par un de ses chevaux aux jeux olympiques. Plutarque ajoute, dans la vie d'Alexandre, que Philippe ne dit point lequel de ces trois événements lui causa le plus de satisfaction, d'où nous pouvons conclure qu'il les mettait tous troi& sur la même ligne.

J'ai encore un mot à dire en cet endroit. L'été dernier, aux courses de Saint-Omer, j'eus l'honneur de m'entretenir pendant quelque temps à ce sujet avec M. le prince de la Moskowa, qui non-seulement me confirma dans l'idée que je m'étais formée de l'état des courses de chevaux

en France, c'est-à-cllre de ce que nous appelons en Angleterre thetwfy mais encore qui m'encouragea beaucoup à faire part de mes sentiments et de mes opinions aux amateurs français. Si j'avais pu hésiter après un pareil encouragement, toute incertitude aurait été bannie de mon esprit par la bonté avec laquelle S. A. R. monseigneur le duc d'Orléans daigna accorder à mon ouvrage le sceau de son auguste nom et de sa haute protection.

11 me reste quelques remarques à faire sur les avantages que la France peut retirer de l'amélioration de la race de ses chevaux. Je ne me permettrai pas de parler de sa cavalerie, n'ayant pas eu l'occasion d'en examiner les chevaux d'assez près; mais je puis certifier que ceux des troupes anglaises se sont étonnamment améliorés dans un espace de temps qui ne remonte pas au delà de mes propres souvenirs. En effet, notre cavalerie se servait il y a trente ans de chevaux qui, en comparaison de ceux d'aujourd'hui, étaient de vrais chevaux de charrette; et cette amélioration est uniquement due à l'extension du pur sang. En attendant, si j'ai du me taire sur les chevaux de la cavalerie fran-

^^aise, je puis parler avec assurance de ceux qui sout attelés aux diligences, aux malles et aux voitures de poste. A la vérité, le poids des diligences françaises est considérable , et les chemins ne sont pas assez fermes pour permettre une grande rapidité en hiver; mais c'est bien moins encore à ces causes réunies qu'au défaut de ce que l'on appelle en anglais breecling (race), et blood (sang), dans les chevaux qui tirent ces voitures, qu'il faut attribuer la lenteur de leur marche. Il est encore vrai que les chevaux tirent par leur poids et non par leur force musculaire, et que lorsqu'il s'agit de mettre en mouvement un corps très -lourd, ils y parviennent d'autant plus facilement qu'ils peuvent jeter plus de poids dans leurs colliers; mais d'un autre côté, c'est par l'action et la force des muscles que cette grande puissance doit continuer d'agir; or, sans haleine (et l'haleine n'est autre chose que la force, que les chevaux ne possèdent jamais quand ils n'ont point de sans^), ce mouvement ne pourra se continuer qu'avec une extrême lenteur. C'est ce qui explique pourquoi les chevaux des diligences et les chevaux de poste en France aujourd'hui, sont obligés d'aller au pas dès que

le plan du terrain est le moins du monde incliné, et c'est ainsi que le temps se consume en voyage. Considérez ensuite les chevaux de l'estafette française, et comparez-les à ceux que l'on emploie en Angleterre pour ce service. Ceux-ci vont beaucoup plus vite, sont dans la meilleure condition (1 ) possible, et exécutent leur tâche avec facilité; ceux-là, au contraire, offrent un aspect misérable et toutes les marques de la souffrance, parce que l'on a exigé d'eux des efforts plus grands que ceux que leur nature leur permettait de faire. Je crains qu'il ne s'écoule bien du temps avant que les maîtres de poste de France soient convaincus que des chevaux plus légers et de meilleure race, rempliraient mieux leur objet que les animaux lourds et communs dont ils se servent aujourd'hui ; mais ils peuvent être assurés qu'ils agissent d'après un faux système dans le choix qu'ils font de leurs bêtes. Toutes les fois qu'en voyageant dans une diligence française ou belge, il m'est arrivé de franchir la distance d'un relais à l'autre avec un peu plus de rapidité qu'à l'ordinaire , c'a toujours été quand on avait attelé à la voiture des chevaux plus légers, mais de meilleure race; et je puis citer une circon-

stance, entre autres, qui confirme ce que je viens de dire. Me rendant l'année dernière en diligence de Boulogne à Chantilly, pour assister aux courses, je remarquai que le dernier relais avant Amiens étaitde trois postes. La voiture étant fort chargée, les chevaux furent, comme de raison, très-fatigués vers la fin, et sur les cinq, il y en eut quatre qui n'avancèrent qu'à grands coups de fouet; mais le cinquième, qui était le cheval de milieu de volée, jument de bonne race , beaucoup plus légère que les autres , n'en reçut pas un seul , et ses traits ne se relâchèrent pas un instant quand il fallut redoubler d'efforts. De même, dans un voyage que je fis à Bruxelles au mois de septembre dernier, je me trouvai dans une diligence chargée de trente voyageurs au moins, tant dans l'intérieur que sur l'impériale, indépendamment d'une quantité considérable de marchandises; or, le seul relais pendant lequel nous fîmes plus de deux lieues par heure, ce fut le dernier avant d'arriver à Bruxelles; les chevaux étaient cette fois phis légers et de meilleure race ; aussi notre rapidité dépassa-t-elle trois lieues à l'heure.

Je ne sais s'il existe un pays qui puisse, mieux

que l'Irlande, faire comprendre tous les avantages qu'il y a à rendre le pur sang plus général. Étant encore très-jeune, je chassai pendant deux hivers de suite dans ce royaume, et quoique les comtés où je me trouvai confinassent au currah de Kildare (le Newmarket de l'Irlande), rien n'était plus rare que d'y rencontrer un cheval de chasse de bonne race. Il s'y trouvait, à dire vrai, une race de chevaux sui generis, qui déployait une force immense quand il s'agissait de franchir des obstacles tels que des haies ou des fossés; mais n'en ayant point assez pour courir avec la rapidité requise, ils ne jouissaient d'aucune réputation en Angleterre. Voyez aujourd'hui le changement qui s'est opéré. Les propriétaires de haras irlandais ayant reconnu la faute qu'ils faisaient, eurent recours à des étalons de pur sang ; les juments issues du premier croisement furent couvertes par des étalons de première race [thoroiig;h bred), et par ce moyen, l'Irlande, s'étant débarrassée de ces chevaux grands sauteurs, mais lents et de race commune, fournit depuis douze ou quinze ans des chevaux de chasse valant tout ce que l'on trouve de plus beau dans les meilleurs com-

INTRODUCTION. 1 f

tés de l'Angleterre , qui sans l'importation des chevaux irlandais n'en produirait pas assez pour sa propre consommation. Mais il suffit de réfléchir un moment pour se rendre compte de la promptitude avec laquelle la supériorité des chevaux de chasse irlandais s'est manifestée. Les juments irlandaises étaient particulièrement bien disposées à produire de bons chasseurs; car, ainsi que je l'ai dit , elles étaient d'une race sui generis , nullement imprégnée du sang des lourdes juments de charrette, qui s'est montrée pendant si longtemps chez les chasseurs anglais, et qui, bien que très -affaiblie, n'a pas encore tout à fait disparu aujourd'hui , surtout dans les comtés que les amateurs ont coutume de désigner sous le nom de comtés provinciaux, pour les distinguer de celui de Leicester, qui est le premier de l'Angleterre pour la chasse, et d'un petit nombre d'autres. Les chevaux de première race de l'Irlande, à l'époque dont je parle, étaient aussi très-propres à la production de bons chasseurs, ayant toujours été ce que l'on appelle d'un sang vigoureux (stouthlood), ce qui devenait nécessaire vules grands poids qu'ils portaient et les rudes courses du pays. Les exploits d'un de ces

chevaux, dont on peut voir le détail dans le livre des Haras [Siud Book), t. m, p. 542, sont, je crois, sans exemple : Jerrf Snea/i , chargé d'un poids de 252 livres, parcourut la carrière du currah de Rildare , longue de 4 railles (3,200 toises), en 9 minutes 27 secondes. Ce fait ajoute une grande force à l'argument dont je me suis servi pour prouver la nécessité d'introduire une plus grande proportion de pur sang dans les chevaux de carrosse et de poste de France, dont la lenteur de la marche pourrait aujourd'hui pousser à bout la patience de Job lui-même. Il y a quelques jours, un de mes amis, voyageant par la diligence de Lille, a rais trois heures trois quarts à venir de Dunkerque à Calais, distance de 9 lieues et demie , quoique la route soit excellente et parfaitement unie.

Je n'ai pas eu occasion d'assister à des chasses en France; mais j'ai lieu de croire que la plupart des chevaux dont on se sert pour courir après les chiens sont importés d'Angleterre ; surtout (|uandla fortune des chasseurs leur permet d'en faire la dépense. Si les courses de chevaux devenaient d'un usage plus général dans le pays, on ne tarderait pas à éviter ce surcroît

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de frais. L'Allemagne éprouve déjà les avantages que je prédis à la France. Avant rétablissement de ces diverses réunions pour les courses elle n'avait point de chevaux indigènes de chasse qui valussent ceux de pur sang anglais, qui sont ceux qui conviennent le mieux dans les pays de plaines comme la France et l'Allemagne ; mais quand on veut qu'ils servent pour la chasse, il faut qu'ils y soient destinés au moment de leur naissance; car, quand on entraîne les chevaux pendant un certain temps, on court risque de leur faire prendre l'habitude d'appuyer trop sur le mors et de peser trop à la main du cavalier.

11 faut simplement rompre le cheval à l'âge de trois ans ; le faire sortir derrière les chiens, et lui apprendre à sautera quatre ans; et à cinq, s'il a été bien dressé , il sera en état de porter un poids modéré derrière les chiens : car un cheval de pur sang est plus tôt miir que celui d'une race commune. Mais il faut observer que les poulains que l'on destine à devenir des chasseurs doivent être de bonne taille, et produits par des étalons et des juments possédant une grande liberté d'action.

On trouvera un grand motif d'encouragé-

ment à la production de chevaux de première race [thorough hred) dans la prompte rentrée des capitaux que l'on aura dépensés pour les élever. En Anjjletcrre, par exemple, le prix de plusieurs poulains d'un an, du haras de M. Nowell de Underley-Hall,dans le Westmoreland , a été de 500 livres st. Huit poulains nouveau -nés à lord Durham , ont rapporté 200 livres st. par tête ; et il y a deux ans, le prix moyen des jeunes poulains à la vente annuelle du haras du roi d'Angleterre à Hampton - Court, a été de 180 livres st.; et à la dernière vente, les prix ont été encore plus élevés, un seul poulain ayant rapporté plus de 500 livres st. Je n'ai parlé que du prix de chevaux encore si jeunes, qu'il est impossible de se former aucune idée positive de leur mérite ; mais 2,000 guinées ne suffiraient pas pour payer un cheval de deux ans, qui aurait été éprouvé ettrouvé bon. Quant à la perspective du profit k retirer d'un haras de chevaux de course , cela dépend à quelques égards des circonstances. Mais une chose est certaine, c'est qvie le hasard, ou ce que l'on appelle communément le bonheur y a fort peu de part. Quand un amateur veut avoir des succès aux courses,

il faut qu'il commence par bien choisir la souche; puis, quand il n'aura épargné ni soins ni dépenses pour en élever les rejetons, il devra donner à la personne chargée de les dresser tous les avantages qui dépendront de lui. Au fait, pour me servir d'une phrase usitée parmi les amateurs anglais : « // ne doit pas laisser échapper une seule chance de succès. » Il est nécessaire qu'il se rappelle que bien des personnes jouent le même jeu que lui ; et que s'il ne fait pas en sorte d'être à peu près aussi habile que ses adversaires, il est inévitable qu'il finisse par perdre. Toutefois , il ne se laissera pas décourager, car il songera qu'un jugement sûr, joint à l'emploi d'un entraînement bien dirigé, a eu mainte fois les résultats les plus avantageux. L'exemple suivant en est peut-être un des plus frappants qui se soient présentés depuis quelques années. Dans le cours de trois ans, trois chevaux de feu M. Beardsworth, de Birming- I.am , personnage d'un rang fort obscur, gagnèrent 20,000 livres st. En 1824, une pouliche, du duc de Grafton, gagna 4,450 guinées en deux courses. Bay Middleton gagna en 1835 12,000 livres st. pour lord Jersey; et les descendants

de la jument Prunella, du duc de Grafton , ont ,

dit-on , rapporte au feu duc et au duc actuel

la somme immense de 100,000 livres st. ! 11 n'y

a pas longtemps encore que les chevaux du duc

actuel gagnèrent 13,000 livres st. en une seule

année.

Des Français de haute distinction m'ont assuré qu'un obstacle grave s'opposera, selon toute apparence, aux progrès des courses de chevaux en France et en Belgique. Et si cette difficulté existe, en effet, au point qu'on me le dit, il est à craindre qu'elle ne soit insurmontable. Les Français et les Belges paraissent, dit-on, convaincus qu'ils sont déjà parfaitement au fait de tout ce qui concerne la procréation , la nourriture et l'éducation des chevaux, et écouteront difficilement les conseils d'un étranger, quelque versé qu'il soit dans la matière. A cela, je n'ai rien à répondre, si ce n'est que je ne saurais me persuader qu'ils aient réellement une pareille pensée; mais si le fait est exact, je conviens que le succès est impossible. L'orgueil de la science est de l'humilité quand on le compare avec l'orgueil de l'ignorance ; aussi , ce dernier est-il bien plus difficile à vaincre. Mais cette

double ignorance, si je puis m'exprimer ainsi, qui pousse l'homme à persévérer dans son erreur tout en la reconnaissant, et qui ferme l'esprit à la conviction , est une barrière à tout progrès social, et se rencontre rarement dans le siècle éclairé où nous vivons. D'après cela, mettant de côté l'idée qu'un pareil état de choses puisse exister, soit en France, soit en Belgique, je m'efforcerai, dans la suite de cet ouvrage, d'offrir une esquisse du système adopté aujourd'hui en Angleterre , pays où toute personne impartiale devra reconnaître que l'art d'élever et de diriger les chevaux, ainsi que celui de l'équitation , est seul parvenu à un point de perfection inconnu jusqu'ici sur le reste de la terre.

Bu (ï^oix ^e la goucl)? primitiuf .

Afin de faire comprendre l'avantage qu'il y a à bien choisir la souche primitive d'un haras que l'on se propose d'établir, je vais rapporter les succès obtenus par quatre ou cinq de nos premiers amateurs anglais par cette seule cause, en commençant par le plus ancien d'entre eux, le comte d'Egremont.

Dans l'année 1778, c'est-à-dire il y a près de

soixante ans , sa seigneurie avait dans son haras une cavale nommée Camilla qui courait bien , et qui gagna environ 2,000 livres st. , ce qui était beaucoup à cette époque. L'ayant fait saillir par PVoodpecker, elle devint mère de Colibri et de Catherine. Colibri fut mère du Cardinal de Beaiifort et de Canopus , et Catherine de Golumpus et de Hedley. Ces quatre chevaux célèbres eurent pour père Gohanna^ que lord Egremont avait acheté fort cher du duc de Grafton. il acheta aussi du célèbre O'Kelly, propriétaire à' Eclipse, un rejeton de ce même Eclipse et de King Herod, nommé Mercury, plus Jf halebone du duc de Grafton , et fonda , par ce moyen, un haras sans pareil dans les annales de la course anglaise, puisque les chevaux qui en sont sortis ont gagné trois fois le prix dit de Derby, et quatre fois le prix à'Oaks. Golianna gagna en tout vingt-deux prix , c'est-à-dire les trois classes du prix du prince et du prix Clareth. New^market, cinq pièces d'argenterie du roi, appelées ciips, cinq autres pièces de 50 livres st. chacune , et 5,760 guinées en espèces. Election , fils de Gohanna, a longtemps compté parmi nos premiers étalons; et Centanr, petit-fils de Gohanna et fils

de Canopus (tous deux étant sortis du haras de lord Egremont) , courut trente-trois fois et remporta vingt-quatre fois le prix; il termina sa carrière, sain et sauf et sans tache, par remporter la victoire aux courses de Beacon, à Newmarket, sur le célèbre Sultan, qui est peut-être le meilleur étalon qui existe aujourd'hui.

Mais je ne dois pas m'arrêter là. Lord Egremont, ayant fait saillir encore une fois Camilla par Woodpecker , elle mit au jour la jeune Camilla, qui, par conséquent, fut la propre sœur de Colibri et de Catherine. Celle-ci fut à son tour mère de la célèbre Mandane, de qui naquit un si grand nombre de fameux chevaux de course tant mâles que femelles, parmi lesquels je citerai Manuella, mère de Memnon, Jltesidora, Captain Candid, Lottery, etc.

Dans mon article sur les courses [the Turf), inséré dans le 98*^ numéro du Quarterly lieview, je parle en ces termes de lord Egremont, comme amateur de chevaux de course :

« Nous considérons le comte d'Egremont comme un de ceux dont les efforts ont le plus contribué au vrai but que l'on doit se proposer en faisant courir des chevaux, c'est-à-dire à ame-

liorer la race de ces animaux; sa seigneurie , ayant toujours donné une attention particulière à ce que l'on appelle un sang vigoureux ou honnête [stout or honest blood). Lord Egremont produisit Gohanna, par Mercury (par Eclipse), et acheta du duc de Grafton , Whalebone, de l'ancienne race de Prunella, dont les rejetons se sont montrés inappréciables aux courses, et qui continueront à l'être encore pendant bien longtenops. Sa seigneurie a encore su faire en sorte , dans sa générosité , que ce qui était pour elle une source d'amusement , tournât au profit de ses fermiers et de ses voisins, à qui il accordait l'usage de plusieurs des étalons de son haras. Dans ce nombre , il faut compter deux fort beaux animaux, Octavius et IVanderer. Jamais nom ne fut mieux appliqué que celui de ce dernier; car, pendant plusieurs années, il ne se coucha point, mais fut toujours en action à son râtelier. C'était un beau modèle de cheval et l'un des mieux nés qu'il y eût au monde pour tout ce que l'on exige des chevaux, sous le rapport de la rapidité et de la vigueur, car il était fils de Gohanna et d'une sœur de Colibri , fille de Woodpecker, qui est regardé comme notre plus vigoureux sang. C'est enfin

le haras de lord Egremont qui a produit l'honnête Château- M argaux et Cornet, l'un et l'autre les ornements de la course anglaise, et fils du bon petit Whalebone. Lord Egremont gagna le prix de Derby trois fois en quatre ans ; deux fois par des fils de Gohanna , et la troisième par Lapdog , fils de Whalebone. Il a gagné aussi quatre fois le prix d'Oaks par des poulains de son propre haras. »

Passons maintenant au feu comte de Derby, qui offre un nouvel exemple de l'avantage d'une bonne souche , par le choix qu'il fit de Regulus et de Godolphin, de sang arabe (2). Sa seigneurie acheta une jument nommée Papillon, née, en 1 769 , de Snap et de miss Cleveland , fille de Regulus, et l'ayant fait saillir en 1780 par Highflyer, elle produisit sir Peter Teazle, qui devint la souche la plus féconde de chevaux gagnants qui jamais ait paru aux courses anglaises.

Le haras du duc de Grafton, qui est aujourd'hui le plus renommé de tous , doit son succès à une seule cavale nommée Prunella, fille de Highjlyer et de Promise, toujours du sang de Regulus. On lisait, il n'y a pas longtemps, dans le New Sporting Magazine : « Nemrod ne peut

retenir son enthousiasme toutes les fois qu'il parle de ce sang (celui de Prunelld), et il dit que celui qui ne peut pas s'en procurer, ne devrait pas même essayer d'élever des chevaux de course. » Il faut convenir en effet que sa généalogie est un vrai bijou, comme disent les connaisseurs, si l'on remonte non-seulement à Bay Bolton, à V Arabe de Darley et au Turc de Byerley; mais plus loin encore que le lord Protector et le Turc Blanc, qui forment d'ordinaire les généalogies les plus parfaites, jusqu'au Barbe Taffolet et à la jument Natural Barh. La très-grande majorité de nos plus célèbres chevaux de course ont plus ou moins du sang de Prunella dans les veines, soit directement , soit par l'intermédiaire de leurs pères, plusieurs de nos meilleurs étalons ayant eu ou ayant encore de ce sang. Je citerai sous ce rapport ^halebone , fVhisker, Cainel , Partisan , Château - Margaux , etc. Bay Middleton , Pussy, JFedge et Cyprian qui ont gagné beaucoup de prix depuis quatre ou cinq ans , ont tous dans les veines un filet du sang de Prunella. Le haras de Grafton a obtenu des succès immenses par le moyen de cette seule cavale, ayant, comme on l'a vu ci-dessus, gagné quatre

fois le prix de Derby et huit fois le prix d'Oaks ! Mais, ainsi que je l'ai dit, dans le Qiiarterlf Review ^ en parlant de ce seigneur, il mérite ses succès, car son haras a suivi les progrès du siècle. Ses chevaux sont toujours prêts à ce que l'on exige d'eux et parfaitement en bon état, car ce sont là les deux points les plus à désirer dans un haras d'entraînement {trainini^ stable), et Sa Grâce jouit d'une haute réputation sur le turf anglais.

Le comte de Jersey offre un exemple de plus de succès dus à un choix judicieux du sang. Sa seigneurie n'avait fait aucun effet sur le turf, jusqu'à ce qu'elle eût obtenu un filet du sang de Prunella (toujours celui de Regulus). Ce fut par le moyen d'une jument appelée IVebh, propre sœur de Whalebone, étant issue de JVaxy et de Prunella, et née dans le haras du duc de Grafton. Webb fut mère de Middleton et de Glenartney, deux des plus beaux chevaux qui aient jamais été produits dans le même haras et dans le cours de la même année : ils coururent premier et second pour le prix de Derby. Elle fut aussi mère de Fillagree par Soothsayer, qui a produit plusieurs excellents coursiers , entre

autres Cobweb , mère de Bay Middleton , qui gagna l'année dernière le prix de Derby, et de son frère, en faveur de qui les parieurs se prononcèrent pour l'année suivante.

Je ne suis pas partisan des haras trop considérables , car en ce cas les frais absorbent le bénéfice, quel qu'il puisse être. Le feu lord Grosvenor en a offert un mémorable exemple; car, quoique l'on assure que les chevaux de course de son haras lui ont rapporté plus de 200,000 livres st. , tant en prix qu'en paris , les frais ont encore surpassé cette somme énorme. Je pense qu'un seul homme n'a jamais besoin d'avoir plus de six à dix bonnes juments à la fois en sa possession, et je puis citer en exemple le succès de M. Watt et de l'honorable Edouard Petre , qui se sont bornés au nombre que je viens d'indiquer. M. Petre n'avait que sept juments poulinières; mais toutes ont produit des chevaux gagnants, dans le nombre desquels il s'en est trouvé quatre qui ont gagné le grand prix de Saint-Léger, à Doncaster, plus la mère de Cyprian, qui appartient aujourd'hui au célèbre jockey Scott, et qui gagna ce même prix l'année dernière. Quant aux grands

succès obtenus par M. Watt , ils sont trop connus pour qu'il soit nécessaire d'en parler ici.

On pourrait me faire des reproches si je nommais le sang que je n'aime pas, mais il ne saurait y avoir aucun mal d'indiquer celui que je préfère. Les juments de Filho-da-Piita ont pour la plupart le poitrail large et de bonnes constitutions; les juments de Blacklock ont souvent la tête forte , et ne sont pas d'un aspect agréable ; mais comme les précédentes , elles sont grandes et ont de fortes constitutions. Les juments de JFhalebone ne produisent pas en général de grands chevaux , mais des animaux qui excellent par la symétrie et les belles formes, et i! faut bien se rappeler que leur père était fils de ïVaxy et d'une fille de Prunella, et que de ses treize frères et sœurs, douze furent de bons coureurs. Je crois pouvoir dire que les juments de Rubens et de Selim sont les meilleures de toutes, quand elles ont été croisées par les descendants de sir Peter Teazie, au moyen de JValton ou de ïViUiamson s Dilto, ou parle sang de JVhalehone. La manière de courir des rejetons de SiiUan confirme ce que je viens de dire des juments de Selim. Le sang de PFaI-

ton et à'Orville est excellent, et les juments produites par Jctœon, Vélocipède, Voltaire, Belzoni ou Cainel,o\i bien par JVaverley, Tramp ou Cornus , méritent d'être vivement recherchées par tous ceux qui élèvent des chevaux de course ; et la seule remarque que je crois devoir ajouter encore à ce que je viens de dire ici , c'est qu'il faut faire une attention particulière à la bonne constitution et à la vigueur qu'ont montrées pour la course, non-seulement l'étalon ou la cavale que l'on choisit directement pour former la souche du haras , mais encore leurs ancêtres pendant plusieurs générations. Le seul reproche que l'on puisse faire aux rejetons de sir Peter Teazle, c'est une disposition à faiblir des jambes pendant son entraînement. 11 faut aussi rechercher une bonne taille : cette condition est importante; car, dans le cas où les rejetons ne seraient bons ni pour la chasse, ni pour la course, ils rapporteraient toujours des prix avantageux pour d'autres usages, tandis que les chevaux qu'en termes techniques on appelle mauvaises herbes [weeds), qui sont privés d'os et de substance, n'ont aucune valeur : lorsqu'au sang ne se joint pas la taille et le poids, il

compte pour peu de chose dans le prix d'un cheval.

Je crois devoir mettre les personnes qui élèvent des chevaux de course sur leurs gardes contre un attachement exclusif pour tel ou tel sang particulier, et contre l'emploi trop répété du même étalon. La faute qu'a faite le marquis de Westminster en faisant saillir, pendant plusieurs années de suite, ses meilleures juments par Thunderbolt{pro\)re frère de Smolensko), bien que celui-ci fût un cheval de première race , est devenu pour lui la source de pertes considérables. Le feu duc d'York commit la même erreur à l'égard à'Aladclin et de Saint-Gi/es, et le capitaine Hunter, de Six-mile-Bottom, près de Newmarket, a payé chèrement sa persévérance à faire couvrir des juments par Giistavus , qui avait gagné le prix de Derby. 11 n'y a pas jusqu'à M. Ridsdale , à qui l'on n'ait reproché une trop grande prédilection pour le sang d'Orville dans ses entreprises de production, et cela malgré les magnifiques succès de Piiain et de Plenipotenfiary, l'un et l'autre petits-fils d'Orville , et qui sont incontestablement les meilleurs coureurs de notre époque , au point qu'il y a lieu de croire

que ni Flying-Childers, ni Éclipse, n'auraient eu

la moindre chance de gagner contre eux.

Indépendamment du sang , il faut encore faire attention aux formes et a la façon , ou , pour parler plus exactement, à la formation dans le choix des étalons que l'on conduit aux juments. Si la cavale est élancée, donnez-lui un étalon ramassé, comme Spectre, et vice versa. On peut en dire autant des juments qui sont hautes sur les jambes, pour lesquelles on doit chercher des étalons à jambes courtes. Puis encore si la jument a bien couru, mais s'est montrée un peu délicate, fixez votre choix sur un étalon d'une carrure forte et vigoureuse.

Je ne suis pas partisan du système de parenté trop rapprochée, ou ce que l'on appelle en Angleterre breeding in and in. Voici un exemple de ce que l'on entend par cette expression : Ivanhoe et Cedric (ce dernier a gagné le prix de Derby) furent produits tous deux par le célèbre amateur anglais sir John Shelley, producteur de Phantom. Or, Phantom était fils de IValton ; Ivanhoe et Cedric sont fils de Phantom par une jument issue de Walton : ils sont par conséquent du sang de Walton deux fois croi-

ses. Il n'y a pas de doute que ce système a souvent réussi, et je vais citer ce que j'ai dit à ce sujet dans mon article Cheval àe VEncyclopœdia Britannica , dans lequel on trouvera d'autres exemples encore de succès; mais comme règle générale , l'expérience y est contraire.

« On s'est beaucoup occupé à rechercher l'el'fet d'une parenté rapprochée dans la production des chevaux , ou de ce que l'on appelle breeding in and in, système qui a parfaitement réussi pour les bêtes à cornes, et qui a eu aussi un plein succès dans le haras de lord Egremont, à commencer par FIfing-Chiiders. Plusieurs de nos meilleurs chevaux de course sont les rejetons de proches parents; et, à dire vrai, il paraîtrait naturel que des pareils engendrent leurs pa~ reils; que si l'on trouve réunies dans un frère et une sœur de belles formes et une organisation supérieure , ces mêmes qualités devront se perpétuer chez leurs progénitures incestueuses. Dans un ouvrage intitulé : Observations sur la production des chevaux de course, publié il y a quelques années par M. Nicolas Hankey Smith , l'auteur qui a résidé longtemps parmi les Arabes, exprime l'opinion que des poulains dont

32 DU CHOIX DE LA SOUCHE PRIMITIVE, les parents avalent entre eux une affinité très proche, présentent plus de sang clans la tête, sont mieux formés , et exigent moins d'efforts que d'autres dans leur entraînement; mais H ajoute que si les unions Incestueuses se continuent pendant trois ou quatre générations, l'animal finit par dégénérer. En attendant, l'auteur, en demandant une affinité très-proche, ne prétend point exiger que les parents d'un cheval soient nécessairement frère et sœur, ou bien qu'une jument soit saillie par son propre père ou par son fils ; mais qu'après le premier croisement on revienne au san^ primitif. Les produits de il/ûrrzV/, jument favorite du roi Georges IV, ont offert récemment une preuve du bon effet de la proche parenté dans les chevaux. Saillie par les célèbres étalons Bubens et Soothsajer, cette cavale ne produisit que des chevaux sans valeur; mais ceux qu'elle eut de IVaterloo et de Rainhow, petit-fils de sir Peter Teazle^ et qui, par conséquent, avaient beaucoup de son propre sang, purent se montrer avec avantage aux courses.

We Vac\)ai îres Ctalons ft ïrcs 3umrnts.

On a longtemps discuté pour savoir lequel de l'étalon ou de la jument est le plus important dans la production des chevaux de course, et de grands exemples ont été cités de part et d'autre. « Si vous voulez remporter un prix aux jeux Olympiques, dit Virgile dans le quatrième livre des Géorgiques, consultez la mère de votre poulain.n Et sans doute le duc de Grafton pense comme Virgile ; car, en mettant même Prunella

34 DE l'achat

de côté, les juments Coquette , Diana, Piquet, Miltonia , Medora, Parasol, Prudence et Pénélope, paraissent avoir produit des chevaux gagnants, quel que fût l'étalon qu'on leur donnât. Dans la seule année 1 822, les prix remportés par les produits de ces juments se montèrent à la somme de 1 1 ,3 1 7 livres st. Le feu lord Grosven or était du même avis, et a probablement légué ses convictions à son lils, qui a cru que ses excellentes juments ne pourraient manquer de lui donner de bons coureurs s'il les faisait saillir par Thunderbolt; mais son attente a été trompée. D'un autre côté, quelques-unes de nos meilleures juments n'ont point produit de bons chevaux de course quoique couvertes parles meilleurs étalons. Par exemple, ^/e<^m)/% la seule jument qui ait gagné les prix de Derby et dOaks, et qui était évaluée à 2,000 guinées comme jument poulinière, n'a produit qu'un seul beau cheval, 7T/«/e)% quoiqu'on l'ait fait couvrir par neuf étalons différents ; et la Marria de M. Garforth, en son temps la meil leure jumen( du nord de l'Angleterre , n'a jamais produit aucun cheval que l'on puisse appeler bon.ie vais , cependant, rapporter ici ce que j'ai écrit à ce sujet dans V Encyclopœdia Britannica.

«Naguère encore les Anglais étaient généralement d'opinion que, pour procréer un cheval de course de la plus haute perfection, la cavale était plus importante que l'étalon; et nous savons que tel était l'avis du feu comte de Grosvenor, sinon le plus heureux, du moins le plus grand producteur de chevaux de pure race que l'Angleterre ait jamais possédé; toutefois, la justesse de cette supposition n'a point été confirmée par l'expérience des dernières cinquante années, et aujourd'hui on met beaucoup plus de confiance dans l'étalon que dans la jument. Le registre clés courses [Racing Calendar) prouve en effet clairement que cela est ainsi. Nonobstant le nombre prodigieux de juments de pure race, et d'ailleurs excellentes par elles-mêmes, que l'on fait couvrir tous les ans, il n'y a que celles qui s'accouplent avec nos meilleurs étalons qui produisent les grands chevaux gagnants. La seule manière d'expliquer ce phénomène, c'est de reconnaître que ces étalons ont la faculté de communiquer à leur progéniture la formation extérieure et intérieure indispensable pour en faire des chevaux de course du premier ordre; ou bien , si l'on insiste sur le VL\Ç)X.sang, il faudra dire

36 DE l'achat

qu'il existe une certaine vertu innée , mais non pas surnaturelle, inhérente à certains chevaux et non à d'autres , laquelle , quand elle ne rencontre aucune opposition du côté de la cavale', permet une jonction de bonnes formes; alors cette vertu ne manque presque jamais de produire un cheval de course dans sa plus haute perfection. 11 est évident, d'après cela, que les propriétaires de haras de chevaux de course , ne doivent jamais hésiter à payer le prix d'un étalon du premier ordre , quoique bien plus cher qu'un autre de qualité inférieure, d'autant plus qu'ils en trouvent toujours un de ceux-là pour toute espèce de jument. Les producteurs de chevaux , quels qu'ils soient, mais par-dessus tout les producteurs de chevaux de course , n'ont sans doute pas besoin que je les prémunisse contre la faute qu'ils pourraient faire en achetant des juments d'une constitution faible ou en faisantcouvrir leurs juments par des étalons mal constitués. Parle terme mal constitué, on entend particulièrement la tendance à faiblir dans les jambes et dans les pieds pendant qu'on les

' On dit en anglais : if the cross nicks , c'est-à-dire si le mélange du sang , de la forme, etc. , est comme il doit l'être.

dresse, défaut qui n'est que trop commun aujourd'hui parmi nos chevaux de course, bien que l'on suive maintenant une méthode beaucoup moins sévère pour l'entraînement qu'on ne le faisait il y a quelques années. Il ne serait pas bien de notre part de citer des individus, c'està-dire des chevaux; mais nous pourrions au besoin nommer des étalons et des juments, qui donnaient les plus brillantes espérances, et dont la progéniture a fait perdre à leurs propriétaires des sommes considérables par cette seule cause. La théorie ainsi que la pratique démontrent jusqu'à l'évidence que les défauts et les maladies des chevaux sont pour la plupart héréditaires. On croira facilement ce que l'on nous assure des Arabes, savoir : qu'après avoir amené la race de leurs chevaux au plus haut point de perfection dont ils les jugeaient capables , ils leur ont conservé les principales qualités qui les distinguent, c'est-à-dire la faculté d'endurer de grandes fatigues, une superbe organisation physique et une solidité naturelle dans les membres, en ne permettant l'usage des étalons qu'après qu'ils ont été visités et approuvés par une inspection pu-

38 DE l'achat

blique. H y a aussi plusieurs États de l'Europe où de semblables précautions se prennent, où les gouvernements se chargent de fournir des étalons aux fermiers et autres personnes qui élèvent des chevaux , et où l'on prend grand soin, dans le choix qu'on en fait, d'éviter tous ceux qui sont naturellement d'une mauvaise constitution ou qui ont été affectés de quelque maladie dont l'influence pourrait se transmettre à leur postérité. La partie la plus intéressante de la pathologie vétérinaire est , sans contredit , celle qui se rapporte à la transmission héréditaire des maladies. Aussi, un écrivain français distingué sur l'art vétérinaire (le professeur Dupuy) , remarque avec raison que « celui qui pourra démontrer par des preuves incontestables que ces maladies organiques (le farcin et la morve) sont trèssouvent héréditaires, rendra un service éminent à son pays et à l'économie rurale en général. J'ai connu, dit-il, une jument, dont le corps ayant été disséqué, offrit toutes les apparences de la morve ; sa pouliche mourut à l'âge de quatre ans et demi, de la même affection tuberculeuse. Un autre rejeton de cette jument

hérita de sa conformation particulière, ainsi que de sa propension à mordre et à ruer. »

Le professeur cite trois exemples semblables de maladies héréditaires, et il assure que tous les trois étaient trop évidents et trop bien marqués pour admettre même la possibilité d'une erreur un peu grave ; ils ont, d'ailleurs, été certifiés par les professeurs de l'école vétérinaire d'Alfort. il rapporte ensuite des observations semblables à l'égard des maladies des bœufs, des vaches , des moutons et des cochons, ainsi que de l'oplithalmie des chevaux. Toutes ces maladies se transmettent d'une génération à l'autre par l'effet de l'influence héréditaire. «Ces considérations , continue le professeur, sont pour nous de la plus haute importance, puisqu'il dépend de nous, en accouplant et en croisant des races bien connues , de diminuer le nombre d'animaux prédisposés à ces maladies. Agissant d'après ces idées, la ligne de conduite que nous devons suivre est marquée. Il faut que nous bannissions de l'établissement que nous formons dans le but d'améliorer les races , tout animal qui offrira le moindre signe d'une maladie tuberculeuse ou d'une autre affection ana-

40 DE l'achat des étalons, etc.

logiie. Il ne faut surtout pas permettre qu'un étalon demeure dans un lieu humide ou froid, à cause des maux qui en peuvent résulter. »

Pour ce qui regarde la préférence à donner à l'étalon sur la jument dans la procréation des chevaux de course, on peut citer le passage suivant de la troisième partie du Cours de médecine vétérinaire de Percival [Londres^ 1 826) : « On pourrait supposer que la part du mâle dans la fécondation est très-peu importante , mais il faut se rappeler que l'acte de la copulation est la cause première et essentielle de cette fécondation, que l'action des organes y est naturelle et sympathique, et que le résultat en est la génération d'un nouvel animal, offrant une ressemblance avec un de ses parents ou avec tous deux; d'où il paraîtrait que , quoique la part physique que le mâle prend à cet acte soit simplement de lancer la liqueur séminale dans la femelle , qui seule possède le pouvoir de la rendre efficace, l'influence du sperme dans le procédé de la génération est beaucoup plus grande que nous ne l'imaginons, ou du moins surpasse tout ce que la physiologie a pu encore découvrir. »

Bu €aractm.

(Temper. )

Le Caractère est une qualité de haute importance dans le cheval de course, attendu qu'il est soumis à son influence , dans des occasions bien plus difficiles que la plupart des autres chevaux. En premier lieu, sa peau fine et presque dépourvue de poils, adoucie, nettoyée par de fréquentes et copieuses transpirations, devient si éminemment sensible à la friction du bouchon

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