DU CHEVAL DE PURE RACE
pure race soit marron, quoique issu d'un étalon et d'une cavale, bais tous les deux, ou bien de toute autre couleur, pourvu que sa généalogie puisse remonter, d'une façon ou d'une autre, à Eclipse. 11 n'y a pas jusqu'à une petite tache foncée que ce célèbre cheval avait sur le croupion, qui ne se soit fréquemment retrouvée dans ses descendants à la cinquième et sixième génération.
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11 y a des personnes qui aiment mieux acheter des chevaux de course que de les produire elles-mêmes. Quand il s'agit d'un amateur qui débute sur le turf, il est assez difficile de déterminer quelle est la meilleure méthode à suivre. Dans le premier cas , c'est-à-dire par l'achat , il est sûr d'avoir plus ou moins la valeur de l'argent qu'il a dépensé; dans le second, il peut ne
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rien avoir. Deux ou trois juments poulinières qu'il fera couvrir peuvent avorter ou mettre bas des poulains qui ne valent pas la peine d'être dressés. D'un autre côté, un beau poulain, donnant des espérances, mais qui n'aura encore subi aucune épreuve, est toujours d'un prix considérable, et ce prix augmente encore de beaucoup si l'on a déjà acquis l'assurance qu'il possède la rapidité et les autres qualités que l'on exige d'un cheval de course. En attendant, il existe en Angleterre une circonstance qui influe, tant sur le prix d'achat des poulains et des pouliches , que sur la probabilité du succès de leur production , et cette circonstance est inconnue en France; je veux dire leurs engagements , par lesquels leur prix est tantôt diminué, tantôt augmenté.
Après avoir décrit la forme que l'on regarde comme la plus convenable pour le cheval de course , je n'ai plus que quelques conseils à offrir aux acheteurs.
Gardez-vous d'un poulain qui annonce que son corps sera trop grand et trop pesant pour ses membres. Bien que cette conformation soit l'indice d'une constitution robuste, il exigera
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tant de travail pour le préparer à courir, qu'il sera en danger de s'abattre toutes les fois qu'il prendra son élan, ainsi que dans ses suées et galops préparatoires.
Il faut par-dessus tout qu'il soit sain et issu d'une famille saine. 11 ne doit pas présenter le moindre agrandissement d'un tendon ou relâchement des ligaments des jointures ; bien moins encore doit-il offrir des symptômes do maladie , et il va sans dire qu'il faut examiner avec soin sa démarche et son caractère.
Quant au sang , il n'y a pas de règles générales à donner à ce sujet -, mais ceci est surtout important quand il s'agit d'acheter les pères et mères. Le choix de ce que l'on appelle du sang fashionahle , ou ayant la vogue, est la seule garantie qu'un producteur de chevaux de pure race puisse avoir contre les pertes, puisqu'il doit nécessairement entrer dans ses calculs, de vendre tous les ans une partie de son fonds. Il en est du moins ainsi en Angleterre, où ce que l'on appelle un poulain d'un an de sang croisé {cross bred) , ne rapportera pas plus de la moitié de ce qu'il a coûté à élever (6).
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Je vais maintenant décrire deux ou trois chevaux queje regarde comme offrant la forme convenable pour courir. Longwaist, par exemple, est à mes yeux le beau idéal d'un cheval de course, et il en est de même à'Jctœon. Tigris, qui, à ce que je crois, est maintenant en France, est d'une forme très-parfaite; il est à la fois élégant et fort. Le Frank , de lord Henry Seymour, est encore un autre modèle ; car il a le corps fort allongé , ainsi que toutes les parties qui doivent l'être. Les principales marques d'après lesquelles on connaît un bon cheval de course sont : de la longueur dans la charpente réunie à de l'étoffe ; la profondeur de la poitrine , les membres de derrière bien faits et bien placés , et ceux de devant bons et plats. Les os des membres n'ont pas besoin d'être grands , mais un membre plat, avec de gros tendons, faisant, quand on les touche, l'effet de cordes, est indispensable.
Il n'est pas possible de poser de règle sur le nombre de fois qu'un cheval peut courir dans la même année. The King of Diamonds a couru dix fois dans une année , et a remporté le prix dans vingt-neuf courses en tout. Mais il est rare
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de rencontrer de pareils chevaux , et la plus grande faute qu'un amateur puisse commettre est de faire courir son cheval trop souvent; cette faute a perdu plusieurs excellents chevaux. M. Riddell n'a jamais présenté Doctor Syntax aux courses plus de quatre fois dans la même année, et, si je ne me trompe, ce cheval n'a été vaincu qu'une seule fois. 11 est du moins certain que jamais cheval , en Angleterre , n'a gagné autant de coupes d'or que lui , et il a supporté la fatigue de l'entraînement jusqu'à sa douzième année.
Les chevaux hongres et les juments supportent en général mieux ces fatigues que les étalons , parce qu'ils n'ont pas besoin de tant travailler pour se mettre en état de courir. Euphrates et Marksman ont couru jusqu'à l'âge déplus de douze ans, etVictorine qui m'appartenait, jusqu'à plus de neuf ans. Ainsi les poulains qui annoncent devoir devenir trop lourds pour leurs membres , doivent être châtrés à deux ans, attendu qu'il n'est pas probable qu'ils puissent supporter les fatigues de l'entraînement quand ils seront parvenus au terme de leur croissance.
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Le hasard contribue fort peu au succès d'un amateur de courses, et celui qui se fie à son bonheur s'appuie sur un frêle roseau. Une bonne direction, dès l'origine, peut seule donner au propriétaire d'un haras de chevaux de course, une chance probable de succès, et même alors il a encore d'énormes risques à courir , attendu qu'en Angleterre il y a tant de
102 PREMIER ÉTABLISSEMENT D'UN HARAS, personnes qui tendent au même but que lui. 11 faut que ses chevaux soient de bonne race , bien élevés, bien engagés, bien entraînés et bien montés; sans cela il n'a point de réussite à espérer à la longue. Nous allons donc commencer par le premier pas, qui doit nous conduire à l'accomplissement de nos vœux, savoir, la disposition des lieux convenables pour y établir un haras de chevaux de pur sang.
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Je suis l'ennemi des grands enclos pour toute espèce de chevaux de race , mais surtout quand ils sont jeunes. L'enclos des juments poulinières ne doit pas dépasser un arpent et demi ou deux arpents d'Angleterre au plus (60 à 80 ares), et il ne faut jamais mettre plus de quatre juments ensemble; je préférerais même qu'il y en eût moins. Pour les poulains d'un et de deux
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ans, il suffit d'un enclos d'un demi -arpent d'Angleterre pour chaque âge. Quand ils sont plus grands, ils donnent aux poulains la facilité de courir au grand galop dans leurs jeux, ce qui fait souvent tort à leurs jambes , par le choc contre le terrain durci quand le temps est sec , et dispose beaucoup aux sur-os et autres excroissances osseuses. La nature du terrain est encore un point d'une haute importance à considérer. Depuis que l'on a perfectionné la manière d'élever les chevaux de pure race , l'herbe n'entre qu'en très -petite proportion dans la nourriture qu'on leur donne, du moins dans les deux ou trois premiers mois qui suivent leur naissance ; mais pourtant il faut que le terrain sur lequel on établit un enclos soit d'une nature particulière. Il ne faut pas qu'il soit tel qu'on le choisirait pour y mettre des bœufs à engraisser, mais sain, sec, et disposé à se couvrir d'un gazon fin et doux. Le feu lord Grosvenor, père du marquis de Westminster, sans contredit le plus grand producteur de chevaux de pure race qu'il y ait eu en Europe, a été obligé de transporter son haras, du comté de Chester, où la terre était de la première espèce, à son
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domaine de Halkin , dans le pays de Galles, dont le sol n'était pas riche, mais sec. Cette précaution était plus nécessaire encore de son temps qu'elle ne l'est aujourd'hui , parce qu'alors les poulains mangeaient plus d'herbages qu'à présent. Les pâturages trop gras rendent souvent les poulains lourds de la tête, mous des jambes et plats des pieds : ils ne supportent pas tous les exercices, et sont, en outre, défectueux dans les muscles. Le célèbre duc de Cumberland , producteur de Marske, père à' Eclipse, transporta son haras au dunes d'ilsley, dans le comté de Berks, où l'on voit encore les restes des enclos; et O'Kelly, plus célèbre encore que le prince , avait placé le sien sur les dunes d'Epsom : l'un et l'autre agissaient par le même motif, l'avantage d'un terrain sec.
Quand les enclos sont plus grands que je ne désire qu'ils soient, et quand le gazon devient trop épais et trop fort , quelques moutons que l'on y placera avec les juments auront bientôt remédié à cet inconvénient; il est quelquefois bien d'y mettre aussi une vache. Ainsi , par exemple, le fumier de l'année précédente produit des touffes d'une licrbc forte qui ne con-
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vient pas à un cheval, mais qu'une vache mange avec plaisir; par ce moyen la pousse suivante, dépouillée de sa force, redevient douce. 11 existe en Angleterre une race de vaches sans cornes , dont on se sert exclusivement dans ce but.
La meilleure clôture pour l'enclos est un mur d'environ huit pieds de haut. Les haies vives sont en général habitées par des mouches qui tourmentent beaucoup les juments et les poulains, au point même de leur nuire considérablement en quelques endroits. Ainsi, par exemple, lord Lowther s'est vu obligé de transporter son haras d'Oxcroft, qui est à huit milles de jNewmarket, à un terrain ouvert proche de cette ville , et cela à cause du grand nombre de mouches qui naissaient dans les haies d'Oxcroft.
Il est sans doute inutile d'observer qu'il doit y avoir une cabane ou écurie assez vaste dans chaque enclos , avec de grandes portes à deux battants, ou du moins deux fols aussi larges que des portes ordinaires , ayant des cylindres ou bourrelets aux jambages pour empêcher que les poulains ne se blessent les hanches en s'y jetant avec violence, ce qu'ils sont assez disposés à faire. 11 est encore bien que les verrous
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soient en bois et non pas en fer, parce que ces derniers se rouillent toujours. D'ailleurs les verrous des portes intérieures des écuries devraient toujours être en bois.
Toutes les portes des enclos doivent être protégées par un grillage , disposé de façon à s'ouvrir aussi facilement que la porte même , et placé à six pieds environ d'elle. 11 y a pour cela différents motifs. En premier lieu il empêche les chevaux de ronger la porte , puis il prévient les tentatives qu'ils pourraient faire pour en sortir avec trop de précipitation quand on l'ouvre; il présente une double sûreté, dans le cas où la porte aurait été laissée mal fermée, et enfin il permet d'examiner un cheval dont il ne serait pas très-sûr d'approcher , puisque l'on peut se tenir dans l'espace qui est entre la porte et le grillage, il va sans dire qu'il faut qu'il y ait des auges pour contenir l'eau, à moins que l'enclos ne soit traversé par un ruisseau, ce qui est fort à désirer, pourvu que l'eau ne soit pas dure , comme il arrive quand le lit est de gravier aigu. De la chaux placée dans les auges, contribue beaucoup à adoucir la qualité de l'eau.
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Ayant dit que des murs sont la meilleure clôture pour des enclos, j'ajouterai qu'il y a une précaution à laquelle on peut avoir recours avec avantage , quand il s'agit de poulains fortement engagés ou qui donnent de très-belles espérances : c'est d'élever à la hauteur d'environ trois pieds, mais dans une direction oblique, une petite digue ou un tertre contre le pied du mur, ce qui préviendra efficacement les accidents qui résulteraient des coups que les poulains pourraient se donner contre le mur en jouant.
Il ne faut jamais faucher les enclos. Si l'herbe devient trop épaisse , il faut la faire manger à ras de terre par des brebis dont la dent adoucit l'herbage et le rend plus nourrissant, tandis que la faux a un effet tout contraire.
Des enclos provisoires peuvent être faits de la manière suivante. Entourez un espace de terrain de claies , garnies en dedans de fagots placés tout droit contre les claies à la hauteur de sept à huit pieds. Le lieu où l'on fait ces enclos pouvant être changé à volonté , ils sont utiles pour donner à un étalon un peu d'herbe printanière pendant quelques heures de la
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journée, ou bien pour y placer des poulains séparés de leurs mères , comme préparatif au sevrage.
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La conduite à tenir envers les juments et les poulains dans les enclos est un point duquel , dans tout pays , dépend principalement le succès d'un haras où l'on élève des chevaux pour la course.
Je commence par les juments. Me trouvant l'année dernière aux courses de Saint-Omer, le
112 CONDUITE A TENIR ENVERS LES JUMENTS prince de la Moskowa me demanda combien il fallait donner d'avoine à une jument poulinière. Ma réponse fut qu'il était impossible de poser aucune règle fixe à l'égard de la nourriture à donner aux juments poulinières , la nature de leur constitution ou leur plus ou moins de disposition à prendre de la chair faisant sous ce rapport une grande différence. Je regarde l'état des juments poulinières comme un point d'une haute importance pour la valeur du produit, et il faut garder, en ce qui les concerne, un juste milieu bien sage. Si une jument est mal nourrie et s'appauvrit pendant la période de la gestation, on ne peut espérer qu'elle mettra bas un beau poulain , et elle n'aura pas non plus cette abondance de bon lait que sa progéniture exigera pour profiter. Mais il ne faut pas non plus qu'elle reçoive trop à manger, parce qu'alors son poulain sera petit, attendu qu'une accumulation de graisse intérieure resserrera l'espace nécessaire au fœtus pour prendre tout son développement; son lait ne sera pas non plus aussi abondant que si elle avait été nourrie avec plus de modération. Les juments que j'ai vues le printemps dernier dans le haras du
gouvernement, au bois de Boulogne, m'ont paru être trop fortes en chair, et, en conséquence, quelques-uns de leurs poulains étaient trop petits.
En prenant les juments, l'une portant l'autre, je suis d'avis que deux rations ou un demipicotin d'Angleterre d'avoine par jour \ avec de bonne herbe ou du foin , suffisent pour des juments poulinières pendant le temps de la gestation; mais après qu'elles ont mis bas, il faut donner plus d'attention à leur nourriture et leur en accorder en proportion de leurs besoins. Comme il n'y a point de froment vert dans la saison où elles doivent pouliner, si elles n'ont pas assez de lait, ou si elles sont, comme on dit, de mauvaises nourrices, on peut leur donner des carottes, ou du son délayé dans de l'eau, ou de la graine de lin bouillie jusqu'à la consistance d'une gelée et mêlée au son. D'un autre côté, il y a certaines juments qui , ayant été bien nourries avant de pouliner, se trouvent mieux de ne pas manger de blé du tout pendant le premier mois, et de ne recevoir qu'une forte ration de son délayé dans de l'eau , avec
' Environ huil ou neuf livres pesant d'Anrfleterre. NEMROD. 8
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de bon foin deux fois par jour. 11 faut les laisser courir en liberté dans leurs enclos , jusqu'à la dernière quinzaine de leur gestation, avec l'abri de la cabane pour y rentrer quand elles veulent. Plus tard il faut les renfermer la nuit pour prévenir les accidents qui pourraient arriver à leurs poulains. Quant à l'époque où l'on peut commencer à les laisser courir dans leurs enclos après avoir mis bas, cela dépend des circonstances, dont la principale est l'état de l'atmosphère. A mesure que le terme de la gestation approche , on peut ajouter à la ration journalière d'un picotin d'avoine , quelques carottes hachées , ainsi qu'un peu de paille et de foin hachés; la propriété des carottes étant de rendre le lait plus abondant et de faciliter doucement les sécrétions.
La difficulté de l'accouchement et le danger qui l'accompagne varie depuis le système le plus simple jusqu'au plus compliqué, depuis les animaux jusqu'à l'espèce humaine ; mais la plus grande différence se trouve surtout entre la vie sauvage et la vie civilisée.
Quand les juments sont dans l'état de nature, il est fort rare que le seul acte de mettre bas
leurs petits ait pour elles aucun inconvénient; mais quand elles se trouvent dans un état contre nature, comme le sont ordinairement celles dont je parle, il faut les traiter avec quelques précautions , attendu qu'elles ont parfois un peu de fièvre (7). Elles sont toujours plus disposées à l'avortement , contre lequel il faut prendre toutes les mesures possibles , puisque la perte du fruit d'une jument de bonne race est toujours fort sensible. Voici les précautions que recommandent plusieurs des premiers producteurs.
Il est bon de donner un peu plus d'avoine vers le milieu de la gestation et de ne pas exposer les juments qui portent à plus d'excitation qu'il n'est absolument nécessaire ; ainsi on ne les laissera pas paître à côté d'un cheval hongre ni le sentir à une grille; on éloignera de leur voisinage toute mauvaise odeur , et on ne les exposera pas à une forte averse de grêle ou de pluie. Il est aussi de la plus grande importance de les traiter avec douceur, car une circonstance qui n'est pas généralement connue, c'est qu'un léger coup de bâton sur le nez suffit souvent pour causer l'avortement.
lie CONDUITE A TENIR ENVERS LES JUMENTS
Il est fort à désirer qu'on ait un peu de luzerne dans l'enclos des juments poulinières, car non-seulement cet herbage précoce contribue à l'abondance du lait, mais encore le changement qu'il occasionne dans la nature même du lait est regardé comme favorable. Dans ce but 11 faut le donner par intervalles. J'entends par là qu'il ne faut pas nourrir les juments exclusivement de luzerne , mais leur en donner de temps en temps avec l'herbe ou le foin.
Des carottes sont une excellente nourriture, tant pour les juments que pour leurs poulains; mais il faut leur en donner avec précaution. Trop de carottes causent du relâchement dans les solides , et l'on en a vu produire un état de complète putréfaction.
Les juments poulinières sont souvent en chaleur cinq jours après avoir mis bas ; mais le neuvième jour est celui où il est le plus convenable de les essayer, et en général on les trouvera alors disposées à se laisser couvrir. Quand elles l'ont été , on fait pourtant bien de les essayer encore deux ou trois fois, en laissant neuf jours d'intervalle entre chaque fois.
Les mois de février et de mars sont les plus
favorables pour faire couvrir les juments de course , et il y a de fort bonnes raisons pour cela. En premier lieu , si on les fait couvrir plus tôt, elles mettent bas au mois de décembre suivant, et perdent ainsi une année; secondement, il est très-important qu'un poulain de course naisse au commencement de l'année, puisque tout le temps qui s'écoule jusqu'au l^*" mai, époque à laquelle on compte l'â^je de tous les chevaux, est autant de gagné pour lui sur ceux qui sont nés plus tard dans l'année (8). Des juments de pur sang sont quelquefois de mauvaises nourrices , les unes par constitution, parce qu'elles ont peu de lait, les autres par excitation nerveuse ou par mauvais caractère. Il leur arrive parfois d'avoir peur de leurs poulains et de les détruire , ce qui m'arriva avec une de mes juments [Fictorine^ fille de Haphazard et de Phantasmagoria) , qui tua son premier poulain. Si une jument meurt en couche, on peut élever son poulain à la main : ce qui arriva jadis au célèbre cheval Milksop ainsi qu'à Cancpus , de lord Egremont. J'avais un poulain de charrette, qui avait été en partie élevé de cette manière : il devint un excellent cheval. Il fut
118 CONDUITE A TENIR ENVERS LES JUMENTS nourri de lait nouveau qu'on lui donnait par le gouleau d'une théière.
Il est assez rare qu'une jument consente à nourrir le poulain d'une autre ; mais il en existe un exemple connu. La célèbre jument ^««//p/?^, appartenant au feu lord Grosvenor, qui était fille à' Eclipse et mère de John Bull , de Xenia et d'autres, mourut en accouchant d'un poulain qu'elle avait eu de Buzzard en 1796. Le poulain fut confié à Nimhle, fille de Florizel et de Rantipole, et profita. En 1 792, Ninible avait eu des jumeaux, et c'est peut-être à cette circonstance qu'il faut attribuer l'excès de sa tendresse nourricière.
Il est fort rare que des juments aient été dressées pour la course après avoir pouliné, et bien plus rare encore qu'elles aient couru avec succès. Il n'y a peut-être qu'un seul exemple d'une jument dans cette position qui ait obtenu de vrais succès, et il y a fort longtemps de cela. Une jument appelée Brockleshy Betty était regardée comme supérieure à tout autre cheval ou jument de son temps, quoiqu'elle eût été jument poulinière avant d'avoir été dressée pour la course.
Je ne conseillerais pas de présenter des ju^
ments à des étalons dont la puissance ne soit pas bien avérée, tels qu'étaient deux fameux chevaux, Castrell QtRubens. En 1820 j'allai à Eaton- Hall, près de Chester, château du marquis de Westminster, pour voir Rubens couvrir une de mes juments [Mervinia, fille de Walton et de la mère de Victorinê). Il ne voulut pas la regarder, jusqu'à ce qu'on amenât un bidet gris; alors il la couvrit vigoureusement, et elle conçut une pouliche qui mourut à l'âge d'un an ^ Rubens devint après cela la propriété du feu lord Amesbury (mieux connu parmi les amateurs de chevaux sous le nom de M. Dundas), et fut principalement nourri d'un mélange d'avoine concassée et de son détrempé dans du lait nom>eau, ce qui augmenta considérablement sa vigueur. Les étalons qui couvrent sont tenus autrement maintenant qu'ils ne l'étaient il y a vingt ans. L'expérience a démontré qu'ils se trouvaient mieux de travailler de temps en temps modérément et d'avoir parfois une légère suée. Lord Lowther, grand producteur de chevaux, a été
" Rubens avait été à cette époque loué par le marquis fie Westminster. Meivinia avait été une bonne jument de course,, et je la vendis pleine à Î^L Mytlon pour 150 livres st.