Doprensum in puero. Martial. Liv. XI, ipig. t
petit royaume que sa chère Marcella lui a donné à son retour après trente-cinq ans d’absence.
Munera sunt dominœ posl Mptima lustra reverso :
Has Marcella domos parva que régna dédit.
Quel doux et poétique dénouement d’une vie misérable et dégradée! Il y a deux femmes dans la môme personne, et Martial fut bien heureux de retrouver pure et dévouée l’épouse dont il voulait faire une courtisane après l’avoir dédaignée
Pline l’Ancien, si matérialiste et si honnête homme, nous donne aussi des renseignements précieux pour l’histoire des premiers siècles Chrétiens : Voici ce qu’il nous dit des Essénieiis, précurseurs du christianisme, convertis d’avance à la foi nouvelle, et qui furent les fondateurs des ordres monastiques dans les solitudes de la Judée.
« A l’Occident du lac Asphaltique, dit-il, mais loin du ri- > vage, sont les Essôniens, nation seule, admirable parmi tous » les peuples du monde; sans femme, sans amours, sans ar-
• gent, compagne des palmiers, elle se renouvelle tous les ’ jours, grâce aux étrangers, et le nombre est considérable » des hommes fatigués de la vie que le Ilot de la fortune » pousse à adopter ces mœurs. Ainsi, chose incroyable, celle
• nation où depuis des siècles il ne naît personne, est cepen- » dant éternelle, tant est fécond pour son avenir le repentir
• qu’ont les autres de leur vie passée^. »
Est-il possible d’admettre, après ces témoignages, que les philosophes et les grammairiens contemporains de Paul n’ont pas connu très-positivement les chrétiens qui se montraient à
I. n^ipprochcz l’apigTamme lOt du Ut. XI de rdpigramme 31 du liv. Xll. ï. Pline. HUt. tial., liv. V, ch. jv.
VIE DE NÉRON
Rome sans déguisement et sans crainte, quand ils nous décrivent avec tant d’exactitude les solitaires cachés dans les déserts ? On ne saurait prétendre, néanmoins, que les ministres de Néron, Burrhus et Sénèque, sc soient intéressés à Paul et que la justice de sa cause ou sa doctrine sublime les aient rapprochés de lui. Il faudrait connaître bien peu les hommes purem(pit politiques pour le croire, et ne rien savoir de leur mépris profond pour tout ce qui ne sert pas leurs intérêts; que leur importe la justice et qu’ont-ils à faire de la vertu? Il faut que la vérité les prenne à la gorge et qu’elle devienne une affaire pour qu’ils daignent l'honorcr de leur attention.
Mais, quels étaient ces chrétiens de la maison de César, qui saluaient leurs frères de Philippes par l'entremise de Paul?... Saint Jean Chrysostôme nous parle d’un échanson et d’une concubine de Néron que l’apôtre aurait comme dérobés au prince pour les élever à la dignité chrétienne'. La concubine est, peut-être, cette esclave achetée en Orient qui avait inspiré le premier amour de Néron, celte belle .\cté qu’il voulut épouser d’abord et qu’il négligea plus lard. Elle fut absente des prospérités de son règne, etquand il devint l’objet de l’exécration publique, on la retrouva près de son bûcher. Ce dévoùment à la mémoire et au malheur d'un proscrit mérite bien qu’on la soupçonne d’avoir été chrétienne.
Pomponia Grœcina, dont la vertu étonne le stoïcisme de Tacite, nous est aussi donnée par tous les historiens ecclésiastiques comme le fruit des prédications de Pierre. On ne connaît pas do ligure, entrevue dans le demi-jour de l'histoire, qui s'entoure d’un charme plus mystérieux et qui exprime une plus douce gravité. <Iillle ôtait femme de Plautius, vainqueur des
1. Sai.nt Chbvso5To)ie. Itomplic iO, sur les^cfe* de» dpitrft.
VIE DE NÉRON
Bretons sous Auguste; on l'accusa do superstitions étrangères, ^ et un tribunal de parents, prési.dé par le mari, eut à la juger scion les’lois. Ici, la majesté romaine se retrouve jusque dans le foyer. L'affaire mûrement examinée, l'épouse fut renvoyée de la plainte et reconnue irréprochable pai' le mari. Julie, fille de Drusus, était liée îvec Pomponia de la plus sincère amitié; elle mourut victime des embûches de Messaline : depuis ce jour, Pomponia porta le deuil et resta sous une impression de tristesse que rien ne put faire cesser. On Ja vit, pendant quarante ans, aussi recueillie dans sa douleur qu'au lendemain de la mort de Julie. Ce lui fut un danger, sous Claude, et plus tard une gloire. Il est naturel de penser que la superstition étrangère qu'on lui reprochait, sans avoir rien à blâmer dans sa conduite, était le christianisme. Là, seulement, elle avait pu trouver le charme inépuisable de sa tristesse et la consécration de sa douleur'.
Les grands résultats, obtenus par la libre prédication de Paul, jusque dans le palais des Césars, sont hors de doute; maisilseraittéméraire d'affirmer .sans preuvequelsfurcnt parmi les grands personnages alors en évidence, ceux que l'apôtre ' conquit à la vérité. Les témoignages considérables qui s’élèvent en faveur du christianisme de Sénèque, depuis les premiers siècles jusqu’à nos jours, nous feraient .souhaiter d’être assez convaincu pour accepter ce fait en compagnie des plus grandes autorités. On oserait l’alTirmcr presque quand on considère avec quel à-propos et dans quelles circonstances favorables la vérité lui apparut; ce qu’on dit ici de Sénèque peut s'appliquer à Burrhus, aux stoïciens, à Thraséas lui-même et à scs amis, surtout à cette malheureuse Octavic, seule et délai.ssée
t. Tvcite. .4im., liv. .Mil, ch. xxxci.
VIE DE NÉRON
après Uni de crimes, traioant dans les splendeurs du Palatin le presscntimeut de sa mort prochaine. Il est permis de concevoir pour elle une espérance, en songeant que Poppte, protectrice avouée des Juifs, comme la reconnaissance de Josèphe le prouve, favorisait peut-être les ennemis des chrétiens,' pour s’opposer en toute chose à cette malheureuse Octavie dont elle convoitait les honneurs.
Les nobles caractères et les grands esprits de la société païenne se^'éfugièrent dans le nouvel asile de la religion chrétienne avec d’autant plus de joie qu’étrangers aux prospérités de l’empire, ils n’avaient autour d'eux rien qui pût captiver leur cœur. La résignation est plus facile aujourd’hui : notre croyance dans la vie future amoindrit l’importance des choses humaines, revers ou prospérités; mais alors que les plus grands génies doutaient, comme Tacite, de l’immortalité de l’âme ou s’arrêtaient au matérialisme de Pline l’Ancien, qui perdait le présent avait tout perdu : de là cette avidité implacable et cette rage désespérée avec lesquelles on se disputait les honneurs, les richesses et le pouvoir. Dans cette lotte les plus indignes étaient les plus heureux ; mais, en infligeant à tous les proscrits les rigueurs d’un siècle de fer, le dieu des chrétiens sut les réduire à la douce nécessité de se jeter dans ses bras.