CHAPITRE V
ROME ET LES l'ROVINCES — NÉRON EST PÈRE
Omnipotence de Ndron. — Secours qu’il accorde au trésor publie — Ordonnance do police, luis somptuaires. — Abondance des grains maintenue. — Les .adoptions fr.audulcuses sont punies. — Affaire du Timarebus le Cretois. — Happons des gouverneurs de provinces avec leurs administrés. — Politique libérale de Néron. — Tbraséas en murmure et Tacite l'uppronve. — Tails divers, seule matière do Ttiisloirc b ce moment. — Cuucbes de Poppée à Antium. — Néron père d’une lille; sa joie immodérée. — L’enfant meurt ; désespoir de Néron. — Diagrlce de Tbraséas ; mot de Néron.
La bonne administration de la rille et des provinces se poursuivait cependant malgré les crimes intérieurs dont le Palatin et la famille impériale étaient le théâtre et la victime. L'omnipotence de Néron qui s’était substitué aux dieux avec les encouragements de son précepteur et aux applaudissements du peuple, l’audace de cet empereur de vingt-cinq ans qui s'élevait au-dessus de tontes les lois, pour tout oser dans le bien et dans le mal, pour contenter ses passions comme pour faire le bonheur du peuple, avaient une grandeur extraordinaire et un prestige infernal qui pénétrait ses ennemis euxmémes d’une admiration épouvantée.
Le dieu Néron a pouvoir de vie et de mort sur tons les liom-
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mes. Trois de ses allrancliis, couverts de crimes et comblés de biens, prolongent trop longtemps le scandale de leur haute fortune; il ordonne d'empoisonner les affranchis. Tacite l'a dit sans l'aiTirmer. Pour le grand historien et pour les Romains de son temps, rien de plus simple que cet ordre ; rien de plus naturel que d’y croire. Vers ce même temps six propriétaires possédaient seuls la moitié de l’Afrique; l’empereur Néron les fit tuer *, pour celte raison que les grandes propriétés, véritables déserts, avaient perdu l'Italie et tes provinces. Néron fait ce qu’il vent. 11 frappe sans jugement, et de là vient l’innocence présumée de toutes ses victimes qu’on aurait peutêtre trouvées coupables si elles avaient paru devant un tribunal. A lui seul la responsabilité des crimes commis, à lui seul tout le mérite des sages mesures qu’il a prises cette fois en l’absence de Burrhus et de Sénèque que la mort ou la disgrâce 'avaient éloignés. Néron confia l'administration des finances à trois consulaires, témoignant ainsi, par l’importance de ceux qu’il employait, son intention de régulariser ce service et de relever ces fonctions. Il prouva qu’il maintenait le trésor public par un secours annuel de soixante millions de sesterces pris dans son épargne. Exemple rare que bien peu de souverains ont suivi
Ce fut alors, s’il faut en croire Dion, qu’on défendit aux laverniers do vendre autre chose que des légumes à l’huile et de la bouillie. Néron voulait prévenir les rixes et les désordres qu’entraînaient trop souvent les excès de table entre gens du peuple Il assura l’abondance des grains dont le prix
1. Lalifumlia perdidere Italiamjam vero et provincias : sexdumini semissem Africæ possidebant, quum inicrfecit cos Nero priiiccps. Plinf:. Hi$t nal., liv. XVllI, ch. 7.