‹ Néron, sa vie et son époqueChapitre 145 sur 215 · MONSTRUEUSES DÉBAUCHES DE NÉRON · texte numérisé non relu

MONSTRUEUSES DÉBAUCHES DE NÉRON

NiTon veut lipouser Anionia, fllle de Claude. — Klle refuse; il la fait mourir. — Statilia Messalina consenti l’épouser. — . Triste.sse de .Néron. — Il voit S|iorus dont la beauté lui rappelle Poppée. — Il l'épouse. — Il se déguise Cil bOlo féroce. — Retour violent de Néron vers Acté. — Paul la lui enlève. — Colère de .Véron. — Paul dans les fers. — .Néron le fait comparaître. — Pourquoi César n'a pas envoyé saint Paul au supplice f — Admirable courage de saint Paul.

Néron n’avait pas renoncé à l'espérance d’avoir des héritiers. Il jeta les regards sur Antonia, fille de Claude, pour lui donner an Palatin la place de Poppée, mais surtout pour l’enlever à l’ambition des prétendants. On disait que Pison avait voulu l’épouser pour fortifier ses prétentions à l’empire. Néron offrit l’anneau nuptial à celle dont il avait empoisonné le frère et proscrit la sœur; mais Antonia eut horreur d’un lit souillé que hantaient les ombres des siens. Néron comprit qu’il lui était odieux, et jugeant qu’elle avait dû entrer dans les projets de Pison, il ordonna sa mort.

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ÔIO

Statilia Messalina, restée veuve par la mort de Veslinus que Néron avait fait tuer, fut moins dilTicile qu’Anlonia. Elle devint la matrone du Palatin. Il est vrai que l’adultère l’avait préparée à cette gloire, car du vivant même de Veslinus, elle

était une des maîtresses de Néron.

Toutefois elle ne put effacer du cœu« et des sens de son nouveau mari ni le souvenir ni les impressions de Poppée. Il en était tout pénétré comme d’un parfum doux et tenace; jamais il ne lui fut donné de retrouver ailleurs celle beauté délicate, ni ce charnue, ni ce don de l’enivrement qui l’avaient fixé près d’elle. 11 les cherchait néanmoins avec une obstination infatigable; mais le fardeau, chaque jour plus accablant, des affaires, et le remords incurable de ses crimes, lui rendaient inaccessibles les émotions douces qui auraient pu l’enlever à ses ennuis. Après avoir essayé de tout et de tout abusé, il sentait la soif des jouissances s’augmenter avec l’impuissance des sens et du cœur. Tout se flétrit en effet autour du voluptueux et* tout s’use en lui-même, excepté son âme immortelle incessamment travaillée par le besoin du bonheur. Ainsi fatigué par les excès de toute sorte qui émoussent les faculté.s sans calmer les appétits, Néron s’agitait dans une satiété vorace qui ne pouvait se repaître que d ombres et se traînait du dégoût incurable à l’insatiable avidité. Ijà même où il pouvait tout oser comme un dieu, il avait tout à craindre comme un homme. Sa gloire et son pouvoir n’étaient plus que les témoins inutiles de ses ennuis. Il n'avâit pas à prétexter la médiocrité de sa condition pour se justifier de n être plus heureux, et sa misère s’augmentait de toute sa grandeur.

Cette accumulation de crimes et de remords avait maintenu Néron dans un état d’exaltation, d’excitation etdeguerre intel-

Dii)l!;t'i ?1-, C'.uiri^k

Icctuellc qni aurait brisé une organisation moins forte -que la sienne. Au milieu des projets insensés, des préoccupations étranges et des orgies monstrueuses dont sa fortune prodigieuse était composée, on lui présenta Sporus. — Ce malheureux enfant, d'une beauté remarquable, fixa les regards de Néron par sa ressemblance arec Poppée. N'oublions pas que Néron partage avec les grands hommes de l’antiquité les plus vertueux, avec nu Aristide, par exemple, la honte de ces abominations païennes, et que Suétone signale comme une originalité de caractère dans Claude sa passion exclusive pour les femmes S'il faut en croire ce même historien, des chirurgiens habiles firent subir à Sporus, pour changer son sexe, une opération des plus dangereuses *. Ils le mutilèrent ; après quoi Néron épousa la victime. Elle fut appelée Sabina en souvenir de. Poppée. Sporus reçut en don les vêtements et les bijoux de celle qui semblait revivre en sa personne, et Néron, qui voulait à tout prix retrouver une illusion perdue, lui donna pour gouvernante une certaine Galvia Crispinilja, femme de condition

Du degré d'abjection où il était descendu, Néron tomba d’abtme en abîme. Après avoir tenté d'usurper le pouvoir des dieux, il se tourna vers les bêtes pour convoiter les appétits énergiques et la violence de leurs instincts. En observant chaque jour dans le cirque les lions et les ours alTamés qni se jetaient sur les chrétiens, il avait fini par envier les plaisirs de leur férocité. Ses jardins du Vatican et de la Maison d'or étaient ornés de stades et d'amphithéâtres pour son usage par-

t. Mariuni omnino exper». Soétose, Claude, ch. mm.

2. Pueruni Sporum evseclis tcalibas, ftliam in muliebrem naturam conG- , gnraro conatns. Slétonk. Néron, cfi. xïyiii.

.1. Hnjus (Sabinæ) cutlodia vesUumqua procuralio Crispinitl* commissa ruerai. Dion, Ut. LXllL cb. iii.

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ticalier. C'est là qu’au milieu des festins bien ayant prolongi's dans la nuit," on préparait au divin César des intermèdes que lui seul pouvait inventer.

Il se couvrait d’une peau de bête et se faisait enfermer dans la cage des lions : des garçons et des jeunes filles, exposés nus dans l’arène, étaient attachés à des poteaux; puis on ouvrait les grilles, et pareil au tigre et à l’ours, dont il avait l’aspect et la rage, le nôron se jetait sur ces malheureux comme pour' les dévorer. Suétone et Dion oseront dire le reste *.

Que pouvait retirer de pareils excès l'homme qui poursuivait le plaisir avec cette violence? le dégoût de la vie, le profond mépris de lui-méme. Haletant, épuisé, n’ayant rien devant lui, Néron évoqua ses souvenirs et se tourna vers l’objet ‘ de ses premières affections. Àcté lui revint sans doute en mémoire, ainsi que l’ivresse naïve et l’entratnemenl sincère de cet amour. 11 voulut la revoir et ressaisir quelque chose de ces douces émotions si vite passées. Mais Acté n’était plus la même femme. Au lieu de celte nature molle et servile, au sourire facile, au regard humilié, Néron s’étonna de retrouver • une beauté froide et fermée, les yeux purs, le vêtement rigide. Un souffle d’e.sprit nouveau avait emporté les joies et les fleurs de l’amour profane comme l’air de la nuit chasse au malin les bouffées d’une orgie. Il ne comprenait pas son langage; elle le revoyait avec étonnement; il la reconnaissait à peine et ne la retrouvait plus.

Les historiens les plus dignes de foi par le caractère et par le savoir, par l’expérience des hommes et des grandes affaire.s, les Pères de l’Église, attribuent à saint Paul la conversion de \ *

1. Feræ pelle contexta.'i emillcrclur cl cavea, virorumque ac feminarum ad süpilcm deligatorum inguina invaderct. Scétone. JViVon, ch. xiix. — Voir !»us.si Dios. I,iv. L.XlIl.di. xiii. Traduction do K.-G. .Sturxic. Leipiic.

C icitizeob- CoÇ ' lr

réchanson du prince et d’une concubine désormais insensible à toutes les séductions. Mais aycun d'euv ne nous a donné le nom de la nouvelle Madeleine, qui après avoir entendu la voix de l'apôtre, repoussa résolûment l’amour de César. Quelques auteurs modernes dont l’éruditioti doit être appréciée, ont cru reconnaître Acté dans cette néophyte venue de si loin à la pureté chrétienne, et ce commencement de preuve, forlilié par la vraisemblance, justifiera sans doute ce récit'. Acté resta fidèle à Néron. Au moment môme où le prince lui préférait ouvertement Poppée, elle intervint auprès de lui pour le préserver des embûches d’.Vgrippine. Depuis ce jour on ne la retrouve plus au Palatin. Néron est malheureux, proscrit, et néanmoins elle contient son dévouement, elle reste cachée : mais aussiU’it que la mort a fait cesser pour elle le danger de le revoir. Acté se montre, et, bravant les haines énergiques qui poursuivent les créatures de Néron, elle préside à ses funérailles et lui rend les derniers devoirs.

Ce qui n’est doutétix pour personne, c’est la colère et l’âcre dépit qu’éprouva Néron de se voir dérober des cœurs qui étaient à lui. Paul revenait à Rome, libre celte fois, connu dans le prétoire, admiré jusque dans la maison de César. La conversion d’Acté et de l’échanson, due à ses premiers efforts, attira sur lui la colère de César, mattre terrible que le châtiment des complices de Pison et l’extermination des chrétiens avaient entouré d’une nouvelle terreur. Paul fut jeté dans les fers; tous ses amis l’abandonnèrent, les chrétiens par faiblesse, les païens par intérêt. Cet homme malade, pauvre,

t. Tbistas iiE Commenlairet sur l'Ilislotre tiet Emperturt.

Toro. 1, pag. 24i. — l.'ahlM; linRPro. Trois Mhnoirts, p. 41 cl suiv.

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(l(îlais3iV, èlail rentré dans Home avec tant de hâte, qu'il avait oublié son manteau à Troade, eliez Carpus, avec ses papiers et ses livres*. Le pressentiment de sa mort prochaine venait se joindre à toutes ses alllictions. Dans eeltc: détresse, faible et mourant, couvert de chaînes cl de haillons, il fut conduit devant César. Dés qu'il parut, dit saint Jean Chrysosléme, les courtisans et les soldats qui entouraient le prince détournèrent les yeux de la couronne et de la pourpre impériale pour contempler les vêlements sordides du captif. Ils voyaient chaque jour leur maître, couvert d’or et de pierreries, conduire des chars traînés par des chevaux blancs; mais c’était un spectacle étrangement nouveau que celui d’un captif parlant à César avec, plus d’assurance et do liberté qu’un roi puissant au dernier de scs gardes^.

Pourquoi Néron no s’est-il pas vengé à l’instant, lui de qui Terlullien a dit que la férocité de Domilien n’était qu’une partie de sa cruauté? Dans la pensée de Néron, Paul seul était capable de lui ramener la concubine qu’il aimait. Il aura tenté de l'intimider et de le séduire. 'C’est ce que l’apétre veut noos faire entendre quand il rend grâces à Dieu de l’avoir assisté et préservé de toute mauvaise action. N’oublions pas d’ailleurs que Paul ôtait citoyen romain; qu’il portait un nom recommandable dans la cité, celui de Sergius Paulus*; qu’il étailcn relation avec les prétoriens, avec le populaire, et que Néron, déjà étonné de son éloquence et de son courage, dut hésiter avant de le frapper. Caligula se laissa traiter de

1. In rr>">» lur» ilofensiono neino mihi affeil S6il oinoes mo dcrWiijucrii nt, non illis impiitclur. Paci.. Epilre lieuxii’me « Tivwlhff, eh. iv, vers. 16.

2. l’cnnulam (luara roliiiui Troade apud Carpurii, veniens alTer Iccum. S.aiiil l‘.\ci.. Deuxii-mc E\Mre <i TimotlUv, ch. iv, vers. xiii.

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