CHAPITRE VI
C'ODRAOE DE NARCISSE
Dessèchement du Jac Fucin. — Narcisse dirige les travaux. Fêtes cl spectacles donnes par CUude sur le lac. — Combnt naval dans lequel 18,000 condamnés doivent s'égorger. — Ai.'rippine et son costume d’amazone. — Imbécillité de Claude. — Par deux fois on brise san.s succès la «ligue pour récouh ment des eaux. ~ La .«econde tentative met Claude en danger. — Agrippine accuse Narcisse; Narcisse lui résiste et l'accuse à .son tour. ~ Néron approuve en secret l'afTranchi; il épouse Octavie, sa sœur par adoption. ~ li prend de l’importance; Claude en gémit et veut réparer sa faute. ~ Narcisse se déclare pour Britanuicus. — Agrippine est avertie du danger qui la menace, elle prend la résolution d’en finir avec ses eoDOffiis.
Agrippine dominait tout: son fils, subjugué par elle, la considérait avec une sorte d’effroi. Narcisse seul, dévoué à .son maître, luttait courageusement pour lui conserver la liauîe direction des affaires. Claude, indécis et hochant la téle, cherchait péniblement saj’pensée à travers les intrigues qui s’agitaient autour de lui, et s’efforçait vainement de prendre une résolution. Il est utile de raconter avec quelques détails les féte.squi furent alors célébrées sur le lac Fucin, parce qu’elles donnent une juste idée de la grandeur romaine et de ceux qui la servaient. Agrippine et Néron, Claude et Narcisse, peuvent
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être étudiés utilement dans un de ces motnenls suprêmes où le fond des âmes se laisse cnlrevoir.
Au milieu des montagnes de l'ancien pays des Marses, aujourd’hui les Abruzzes, s'étend un grand lac qui laisserait à découvert quatorze mille hectares de terrain; c'est le lacCélano, autrefois lacFucln Le projet de dessécher ce lac remontait au dictateur César. Ses meurtriers ne lui donnèrent pas le temps do l’exécuter; Auguste négligea l'entreprise, Claude résolut de l’exécuter.
Pour déverser toutes les eaux du lac Fucin dans le Liris et de là dans le Tibre, à l'embouchure duquel Claude venait do creuser un port, il fallait ouvrir un canal d'une lieue à travers les montagnes et les rochers. Trente mille hommes y travaillèrent, pendant onze ans, sous la direction de Narcisse. Dès qu’on put croire le canal assez large et assez profondément creusé, on résolut de rompre la digue. Claude voulut consacrer par une fête digne de lui le jour où l’on verrait ce lac paisible se précipiter comme un torrcnl, il convoqua l’Italie à ce spectacle.
Sur le versant des collines qui entouraient le lac de tout cété, une multitude immense vint s’asseoir comme dans un vaste amphithéâtre. Sous scs yeux manœuvraient deux flottes composées de galères à trois et à quatre rangs de rames. Dion aflirme qu’on en comptait quatre-vingts. Klhs étaient montées par des condamnés à mort qu’on avait fait venir de tous les coins de l’empire Divisées en deux escadres, Siciliens et Rhodiens, elles allaient simuler un combat naval pour l’amnse-
1. Pendant ce.i dernières années, en 18S2, une campagnie, qui comptait quadrupler son capital par la vente des terrains, s'organisa dans le but d'opérer l'écoulcnient des eaux.
8. üio\ Cassr's, liv. LX. SuF.ro»;, Vit île Claïule, cli. xn.
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menl du peuple el de Ct’sar. Tacite porte à dix-neuf mille hommes le nombre de ces malheureux. Toutefois, ce n’était pas sans danger qu’on les avait réunis. Après avoir posé leurs chaînes et pris des armes, s’ils se comptaient, ne pouvait-il pas se trouver là un Spartacus qu’on aurait mis imprudemment à la tète de son armée ?
Narcisse, intendant des travaux, dut être l’ordonnateur de la fête, et tout fut prévu. Les bords du lac étaient garnis de barques, de parapets, de tours munies de batistes et de catapultes; la garde prétorienne occupait les retranchements, prête à défendre les spectateurs contre les dix-neuf mille condamnés, si ces histrions d’un jour osaient combattre pour la liberté au lieu de jouer la mort.
Claude et Néron présidaient à la fête, vêtus tous deux de l'habit militaire des empereurs: la cotte d'armes et le manteau de pourpre. Auprès d’eux, sur une estrade, on voyait Agrippine en costume d’amazone. Parée d’une chlamyde d’or, elle brillait au milieu des femmes vêtues de blanc, qui s’étaient groupées autour d’elle. Claude et Néron étaient éclipsés. La fille de Germanicus, dans tout l’éclat de la puissance et de la beauté, attirait seule l’admiration et dominait de tout son ascendant le jeune prince et le vieil empereur. Pline l’Ancien avait conservé de cejour et d’Agrippine un souvenir ineffaçable. « Nous avons vu, dit-il, Agrippine, femme de Claude, au spectacle qu’il donnait d’un combat naval, couverte d’un habit militaire d’or tissé sans autre matière *. Quant à Britannicus, était-il absent ou perdu dans la foule ; aucun écrivain ne daigne le nommer, et l’indifférence du peuple qui l’oublie se retrouve même dans l’histoire. »
Di.:::...