I. SfCet mi! iliim resnet. Pion Cassiüs. Liv. LXI, ob. ii
S. Ani.r-llEU.E, liv. XVI, ch. xvii, donne une assez mauvaise ^lymologie du iiinl ARripp.! : il le fait venir iV Ægritudine ped ifciu, je préférerais arreplut peditius, ou inii'iiz encore 'fgre pnrlu$.
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VIE DE NÉRON
retiré à Pyrgès, petite ville de Toscane. Inquiet et malade, mécontent de tout et de Ini-méme, en apprenant qu’un enfant lui était né, il n’en témoigna aucune satisfaction. — D’Agrippine et de moi, dit-il à ses amis qui le félicitaient, il ne peut naître qu’un monstre.
Agrippine n’eut pas un instant la pensée d’élever elle-méins et d’allaiter son fils; ce n’était pas l’usage, et si l’usage l’avait ordonné, Agrippine ne l’aurait pas subi. Elle dégagea vite sa beauté de tous les vestiges de maternité qui pouvaient la flétrir pour prendre des soins plus virils. Il fallait donner un nom à son fils; c’était une grande affaire, surtout chez les Romains. Les Romains avaient cela de singulier, à côté des autres peuples chez lesquels un seul nom suffisait pourdistinguer un homme, que chacun d’eux en avait plusieurs; le nom particulier de l’individu que nous appelons le petit nom, le nom de la race ^ et le surnom que chacun se faisait plus tard.
On s’appelait Quintus, Fabius, Maximus : Quintus parce qu’on était né le cinquième, /'aéfus, parce qu’on appartenait à
gens fabia, parce que, dictateur, on avait sauvé la
République après la défaitede Cannes. Ainsi ces vrais patriciens, à l’exemple du soldat romain qui portait sur son dos scs armes, ses vivres et son bagage, mettaient dans leur nom toute l’Ifistoire de leur vie.
L’usage était de nommer les enfants quelque temps après leur naissance ; les filles après le huitième, les fils après le neuvième jour, hsgens Domitiase divisait en deux familles: les Calcùius et les Ænobarbus, barbe d'airain. Ce surnom leur venait de L. Üoraitius, lequel au retour des champs rencontra deux jeunes hommes d’une figure céleste. Ils lui ordonnèrent d’aller porter au sénat la nouvelle d’une victoire encore incertaine, puis ayant touché scs joues pour lui prouver leur na-
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ture divine, ils changèrent la couleur de sa barbe, qui, de noire qu’elle était, devint fauve et blonde comme l’airain. Cnéius Domitius, aïeul de Néron et vainqueur des Allobroges, portait cette môme barbe, et l’orateur Crassus disait de lui à ce propos, qu’ayant un visage de fer et un cœur de plomb il n’était pas étonnant qu’il portât une barbe d’airain. Les Domitius Ænobarbus n’avaient que deux prénoms pour tous les lilsquivenaientaugmenter la famille; on lesnommaitCnéiusou Lucius, et chacunede ces appellations se reproduisait fidèlement de génération en génération dans l’ordre que Suétone indique L Agrippine n’était pas femme à se contenter de si peu. Si noble et si ancienne que fût la famille de son mari , elle n’appréciait que l’honneur insigne d’être la fille des Césars. Animée des mêmes sentiments pour son fils, et voulant qu’il n’eùt de crédit et de gloire que par sa mère : elle pria instamment Caligula de nommer lui-même son neveu. C’était rattacher l’enfant à la famille impériale par un lien de plus. Soit qu’il déplût à Caligula de favorise^ies visées de sa sœur, soit qu’il dédaignât d’arrêter son attention sur un sujet d’une si mince importance, Agrippine n’obtint pas ce qu'elle demandait. Son frère ajouta même une amère ironie à ses refus; au moment où elle le priait avec le plus d’instances, Claude, leur oncle, dont tout le monde se moquaità la cour, se montra par hasard, et Caïus en voyant venir à lui ce prince disgracié, dont l’imbccillité servait d’amusement aux esclaves, dit à sa sœur : f Je vais donner à ton fils le nom de celui-ci. »
Agrippine comprit qu’il ne fallait pas insister. Elle ne prévoyait pas alors qu’avant peu elle solliciterait de ce prince ri-
1. Nam primum, sccundum ac lenium .Enobarliorum Lucia:«, requentes rursus 1res ex online Cneos accepimuj, reliquos non nisi vicissim, lum Lueioa, tamOiious. Soétone. Vit dt Néron, ch. i. '
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dicule l'honneur des justes noces et l’empire du monde. L’enfant qui devait être Néron, fut simplement appelé Lucius. On le conûa aux soins d’Éclogé et d’Alexandra, deux nourrices, et sa mère parut l’oublier. Elle le laissa retomber dans la famille paternelle pour s'attacher uniquement à Caligula, auprès duquel la retenaient les plaisirs, l’ambition, la gloire du trône et l’infamie de l’inceste.
Immédiatement après vient le règne odieux de Caligula qui ne fut, les premiers mois exceptés, qu’un long accès de démence. Aussitôt que Césonie qu’il aimait lui eut fait prendre un philtre pour s’assurerde sa fidélité, les extravagances monstrueuses do cet esprit troublé parle vertige furent l’étonnement et l’effroi de l’univers.
Caïus s’égara dans de telles folies que nôus sommes forcé d’y croire sans les comprendre. Il nomme consul son cheval Incilatus; il se fait adorer comme un Dieu ; il jette un pont de bateaux sur la mer, de Pouzzoles à Ba'ia. Il aime à se rouler tout nu sur des monceaux d’or* Dans sa démence, il menace Jupiter de l’exiler dans l’ile de Crê'ie ; il appelle la lune dont il est amoureux, et l'invite à venir dans ses bras ; il nourrit ses lions de criminels qu’il leur fait jeter vivants avant leur condamnation ; il construit, à travers la place publique, un pont gigantesque pour joindre la colline du Palatin au Capitole, et, par cette voie aérienne, il va rendre visite aux dieux, ses confrères et ses voisins; il ose se proposer à l’adoration des mortels; il établit, dans le palais impérial, une maison de prostitution dont il touche les profits; il veut envoyer Césonie, sa maîtresse, à la torture, pour savoir d'elle le secret de l’amour qu’elle lui avait inspiré. Enfin, il profane le tombeau d’Alexandre, pour prendre son armure, dont il ose se couvrir. Je ne parle pas.de ses façons d’agir avec Chéréa, ni des mots
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d’ordre qu’il lui donnait, ni de ses gestes indécents quand le tribun s’avançait pour lui baiser la main *.
A la face des dieux et des hommes, Caïus entretenait, avec ses trois sœurs, un commerce incestueux. Elles venaient s’asseoir à ses festins. Drusille, qu’il avait enlevée à son mari, Agrippine qui vivait séparée du sien, et la troisième nommée Julie, épouse de Vinicius. Dans ses moments de gaieté, il les prostituait à scs amis. Agrippine eut pour amant Lépidus, qui était aussi le mignon du prince; mais comme il n’y a pas de liens de parenté, ni de serments qui résistent à dépareilles infamies, Agrippine et Lépidus,quiavaientsuiviCaliguladans les Gaules, tramèrent une conspiration pour le renverser. Le crime fut découvert et puni. Lépidus eut la tête tranchée, et la seconde Agrippine, fille de celle qui avait religieusement porté les cendres de Germanicus à travers les populations éplorées, fut condamnée par Caligula à partir pour l’exil en portant sur ses genoux l’urne qui renfermait les restes de l’amant adultère et complice de son ambition. Après cette honte, Agrippine et sa sœur Julie furent reléguées dans l’ile de Pontia.
Pendant qu’Agrippine allaiten exil, Domitius mourut d'hy-
dropisie dans sa retraite de Pyrgès ; Caligula, qui avait la ma-
nie de se faire inscrire sur tous les testaments, et qu’on nommait pour cela l’héritier universel, s’adjugea la plus belle part dans la succession de son beau-frère. Ainsi le fils de Domitius, l’enfant abandonné qui devait être un jour Néron le magnifique, dépouillé par son oncle et compromis par les crimes de sa mère, fut alors réduit à un tel dénùment, que Lépida, sa tante paternelle, dut le recueillir par pitié. Ses deux nourrices
i. Sigimm peienii Priapum aui Vencrem daro. .Modo, et alloua causa, agenti gralias, osculandam manum oITerrc, formaiam cooiinotamquc in oljsca'nmn moüum. Subtosb. Ki> de Caligula, cli. i.vi.
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continuërentà lui donner des soins, et deux esclaves de sa tante, un barbier et un danseur, furent chargés de son éducation.
Telle fut la vraie famille de Néron, tels furent les premiers objets de son affection. Ses goûts les plus accusés et ses passions les plus énergiques alors déposés en germe dans son cœur, se développèrent plus tard avec violence. Il suffît de regarder attentivement les statuettes antiques qui nous le représentent enfant, pour juger qu'il dut être vivement impressionné par les premières circonstances au milieu desquelles cette douce et riante nature s'épanouit.