‹ Néron, sa vie et son époqueChapitre 96 sur 215 · LtciEN. Mort de Peregriiius, ch. Lxviii, § t · texte numérisé non relu

LtciEN. Mort de Peregriiius, ch. Lxviii, § t

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vie chrétienne un long enchantement. Le bonheur d’es|iércr, do ne plus haïr, d’aimer et d’ajouter l’immortalité à tous les nobles sentiments faisait passer des visions divines devant leurs yeux. Là s’ouvraient, pour ces esprits purifiés, des perspectives inattendues dans les profondeurs de l’infini. Leurs âmes s’abandonnaient aux premières émotions de la fraternité humaine, aux ravissements de l’extase, aux enivrements mystiques de l’amour de Dieu, passion nouvelle aux cœurs des hommes jusqu’alors tremblants sons un ciel irrité. Au moment où tous les déshérités de la famille humaine rentraient en possession de leurs droits, quel spectacle que cette vie commune toute de nobles sentiments et de généreuses émotions ! quel charme d’étudier cette rénovation sociale et de voir dans les altitudes et dans le langage les premières lueurs de la beauté idéale qu’allait revêtir l’humanité I Les diacres et les diaconesses furent institués à Rome comme à Jérusalem, pour instruire les néophytes et assister les malheureux. C’était comme une légion armée contre la misère et contre la douleur qui s’engageait chaque jour dans la mêlée furieuse de la vie païenne. Ils allaient secourir des inconnus. Dans le choix des personnes chargées de ces emplois toutd'humaniié, on tenait grand compte de la condition, du sexe cl de l’âge pour rendre leur intervention plus douce aux malheureux. Les diaconc.sses étaient envoyées vers les jeunes filles; les enfants, recueillis avec soin, étaient confiés aux vierges consacrées, qu’attirait cette maternité sans hymen ; les jeunes dia- ■cres servaient les infirmes et les vieillards ; la vérité se faisait belle et la charité devenait séduisante pour les charmer. Grâce aux préceptes de la loi nouvelle, qui ordonnait de proportionner le secours à la détresse et les consolations aux douleurs, les plus mi.sérables étaient le plus recherchés, et de tout cat

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immonde rebut de la société païenne, l'Église faisait son plus cher trésor; la richesse de saint Laurent.

Dès le commencement de la République on avait divisé chaque tribu en plusieurs curies, on en comptait dix p.ir tribu. Elles avaient des édifices particuliers destinés au culte et à la célébration des solemnités religieuses; les habitants du quartier étaient tenus d’assister à ces fêtes et d'bonorer les dieux de la curie. Les prêtres qui desservaient ces paroisses païennes se nommaient curions, d’où nous avons fait nos cures et nos curés. A côté de ce culte spécial étaient les temples des grands dieux protecteurs de Rome, et que tout le peuple adorait aux grands jours.

Pierre et scs coadjuteurs acceptèrent cette organisation : ils choisirent dans les divers quartiers de Rome des lieux de réunion destinés à la célébration des saints mystères et aux repas de charité. La curie romaine avait aussi ses repas solennels institués par Romulus pour maintenir l’union et qu’on nommait C/iaristia. Ainsi l’Église s’accommodait partout aux usages et aux moeurs des peuples, acccjitant de leur organisation civile et religieuse tout ce qui ne blessait point la vérité. A Rome comme à Jérusalem elle conservait tout ce qui devait, rendre facile le passage de l’ancien au nouveau culte; elle se substituait à l’erreur, sans brusque changement et sans révolution, elle pénétrait partout insensiblement comme la lumière et la vie sans trop modifier l’apparence des choses, et ces détails avaient sans doute bien peu d’importance quand elle renouvelait l’esprit et fâme de l’humanité.

Ce fut pendant le premier si'your de Pierre à Rome que Marc, son disciple, écrivit son Évangile. Parmi les nouveaux convertis, quelques-uns, afiligés des absences fréquentes de Pierre, prièrent Marc de renfermer dans un document le té-

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moignagc et reiiseignemcnl de son maître. Il céda à leurs instances, et son Évangile, écrit conformément à la doctrine do Pierre, émane de son autorité souveraine dans la forme simple et précise qui caractérise le prince des apôtres. Le côté merveilleux de cette histoire, c'est qu’elle semble composée pour mettre en lumière les fautes et les défaillances de Pierre qui l’inspire. Rien n’y est raconté plus au long que son reniement et ses faiblesses. Cette loyauté d'historien dans Marc l’évangéliste, et l’affection de Pierre pour le juif Philon, sont les elTets d’une vertu exceptionnelle que nous ne retrouvons pas ailleurs.

Philon était venu à Rome plaider devant César la cause des Juifs d'Alexandrie. Quand il revint en Orient, Pierre fit partir avec lui Marc, son disciple, qu’il envoyait en Égypte fonder l’Église d’Alexandrie. Cette Église fut aussitôt avec Jérusalem et Antioche, un des grands sièges de l’Orient '.

L’hérésie de Simon le Magicien avait, comme on l'a dit,

attiré le grand apôtre en Italie. Le soin de préserver l’Eglise de celte mauvaise influence dut le ramener à Rome et l’y retenir. Il avait déjà rencontré l’hérésiarque en Orient, dans

1. On s’explique diflicilemcnt dans le système de nos frères schismatiques et protesUints, comment les grands sièges de Jérusalem, d'Antioche» d'Aloxaii* drie cl de Korne, reçurent de Pierre, leur fomlaU-ur, une suprcmnlie qu’il n’avait pas lui-inènic. On devrait se demander pourquoi Paul, Jean, Matthieu» aussi grands que Pierre i>ar la doctrine et plus recommandables peut-être par le génie, ne donnèrent pas aux Églises fondées par eux une importance égale aux pnfrogaiives des chaires instituée* par Pierre. Si on veut enfin justement apprécier Pautorilé et l’assurance avec lesquelles saint Léon "réprima plus tard les prétentions do l’Église de Constantinople, irrégulièrement manife.stées au quatrième concile de Calcédoine, rien ne paraîtra plus évident que la divine puissance du souverain-pontife. Il fallait t^ue le mondu chrétien fût aus.M convaincu de la suprématie du pape que saint l.éon liiiinème, pour qu un prélat ambitieux subit une décision qui s’ofiposail à la fois aux volontés de lempereur, à lavis des pères du concile, à l’esprit envieux des Grecs, éternels eimcmisdu génie latin.

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la ville do Samarie. Simon, étonné des progrès de la religion nouvelle, embrassa d'abord le christianisme; mais bientôt, égaré par l'ambition et voyant les prodiges accomplis par Philippe, un des sept diacres, il inventa le crime qui a gardé son nom, en ofTrant de l'argent pour obtenir les dons du Saint- Esprit par l'imposition des mains. Pierre l'ayant repoussé avec horreur, Simon, blessé dans son orgueil, résolut de disputer à l'apôtre l'empire des âmes. Cet homme, qui est l'aïeul et comme le patriarche de tous les hérésiarques, comprit que le genre humain allait devenir chrétien. Il voulut être le chef de cette révolution religieuse et il courut à Rome pour y établir son autorité.

C'est aux intrigues de Simon, ainsi qu'à la haine des Juifs, qu'il faut attribuer la première persécution dont les chrétiens furent l'objet pendant le règne de Claude. Les chrétiens et les Juifs sont réunis dans une même appellation par les historiens latins qui les méprisent trop pour les connaître assez. Certains quartiers de Rome furent troublés par des querelles et des sédition.s, dont les magistrats durent s'émouvoir. Entre les Jui fs et les disciples de Pierre s'agitait la question de savoir si ce Jésus qu'on avait crucifié était le Messie attendu par les nations. Claude, qui fut instruit de ce tumulte, condamna les perturbateurs à sortir de Rome. .V cette occasion, les chrétiens, Juifs de nation, furent recherchés pour être expulsés de la ville. Claude et ses ministres ne semblent pas s'être fort inquiétés de savoir quel était le sujet de la querelle, ni d'établir une distinction entre les séditieux. L’ignorance et le dédain du gouvernement impérial se retrouvent dans Suétone qui note, en pas-sanl, la mesure rigoureuse dont les chrétiens furent l'objet.

« Claude, dit-il, chassa de Rome les Juifs qui, par l'impul- > sion de Chrest, excitaient des tumultes. > .\iusi, Suétone

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lui-mi'me, cet historien précis, exact et minutieux, ne distingue pas les Jnifs des chrétiens et altère le nom de Jésus- Christ. 11 parle même du Dieu nouveau comme s’il était là, dans Rome, excitant lui-méme le tumulte, erreur qu'il faut attribuer, soit à son ignorance des faits, soit à une fausse interprétation du dogme de la présence réelle.

Cette croyance en la présence réelle de la divinité fut toujours le fondement des religions, et comme la condition nécessaire de tous les cultes. Si les philosophes ont éloigné autant qu’il leur a été possible les hommes de l’étre suprême relégué dans les profondeurs du ciel, les grands peuples et leurs législateurs ont partout obéi à l’instinct naturel qui nous pousse à nous rapprocher du père commun. Les païens regardaient les statues des dieux comme les dieux eux-mêmes ; ils les enchatnaient au besoin ; ils les faisaient asseoir à des festins. Les dieux se cachaient dans leurs sanctuaires sous la forme d’un serpent ou de tout autre animal, tant le l)Csoin est violent pour l’humaine nature d’habiter avec l’étre supérieur qui est son principe et sa fin. Il ne faut donc pas s’étonner que la présence réelle soit le grand mystère et le fait principal du christianisme, qui est la religion par excellence, et que cette présence .'oit constatée dès l’origine même par ses ennemis. Nous retrouvons l’expression de celte vérité dans les invectives des païens reproduites par Minucius Félix. « Le pouvoir de ce Dieu est si » peu de chose, dit Cécilius en parlant de Jésus-Christ, qu’il » est maintenant captif des Romains avec tous ses peuples*. » Suétone ne parle pas autrement; et Suidas nous représente Néron cherchant à découvrir parmi les chrétiens qui l’entourent quel pourrait bien être le Christ*.

t. Ui.vrciu.'i Félix, Irad. do Perrot d'Ablancourt. paris, 1660, p. Î7.

J. Suiujî. HUtoria-, verlio Néron.

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Pierre s’éloigna pour fuir la persécution et continuer ses jongs voyages à travers l’empire. Il allait tl’Orient èn Occident revoir les églises qu’il avait fondées, opérer de nouvelles conversions, et pousser ses conquêtes jusque cliez les barbares. Quels travaux a dé s’imposer pendant les vingt-quatre ans de son apostolat ce rude ouvrier, cet homme du peuple simple et sublime, maintenu dans son héroïsme par le doux souvenir de Jésus I Les chrétiens de Rome, sortis de la gentilité pour entrer dans l’Église, se bornèrent alors à mettre plus de secret dans leurs réunions. La célébration des saints mystères, les assemblées nombreuses, les funérailles, furent dérobées aux regards des païens. Le peuple nouveau chercha le silence et la nuit des catacombes et les grottes abandonnées du Vatican lui furent d'abord un asile assuré.

Une sorte de terreur religieuse éloignait les Romains de cette colline où la maladie décima plus tard les soldats de Vitellins campés dans ces lieux malsains’. Sous le règne de Claude, un serpenténorrae s’était caché danscette caverne, et l’on trouva, quand il fut tué, le corps entier d’un enfant dans le ventre du monstre *. L’entrée du souterrain était peut-être ombragée par le grand chêne dont Pline nous a conservé le souvenir; on le disait plus ancien que Rome; une inscription gravée sur une plaque d’airain en caractères étrusques attestait que l’arbre séculaire était de temps immémorial un objet de vénération Les chants et l’inspiration des prêtres qui rendaient là des oracles avaient fait donner à cette colline déserte le nom de Vatican, vatis canins^. Ainsi par une de ces coïncidences qu’on

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