L'IDÉE FIXE SOUS FORME DE RÊVE
rêve, mais je puis m'en assurer en attirant son attention, en déterminant quelques réponses : « Ah mon pauvre garçon, je ne veux pas qu'on l'emporte, etc. » Si à ce moment on n'intervient pas, si on la laisse continuer, elle ne tarde pas à se réveiller en sursaut.
Dira-t-on que le réveil lui-même se produit pour n'importe quelle autre raison et qu'il amène avec lui ce rêve qui est accessoire. Pour répondre je ferai l'observalion inverse. Après avoir constaté le début du rêve, je prends la main de la malade et lui dis quelques mots de consolation. Je lui décris quelque autre spectacle imaginaire qui, en vertu de la grande suggestibilité à ce moment, détermine un autre rêve, puis je m'écarte d'elle. La voici qui semble suivre un instant la pensée suggérée, puis qui retombe dans l'immobilité complète avec la même respiration régulière qu'au début et la même indifférence aux bruits extérieurs. Dans quelques minutes, ou quelquefois après une demiheure seulement, les mêmes phénomènes vont se reproduire et seront arrêtés de la même manière. Si le réveil devait se produire fatalement en vertu de conditions physiologiques sans rapport avec les pensées du sujet, pourrait-il être arrêté ainsi par quelques mots ? Si le réveil n'avait aucun rapport avec ce rêve terrifiant, aurait-il suffi d'arrêter et de modifier ce rêve pour prolonger le sommeil ? Sans doute, il y a là un sommeil défectueux, facile à interrompre, en rapport avec l'épuisement cérébral du sujet; mais si défectueux qu'il soit, il continuerait, si le cauchemar ne venait l'interrompre brusquement. Enfin cet épuisement même du cerveau qui a rendu le sommeil insuffisant, n'est-il pas en rapport actuellement avec l'insomnie prolongée et au début avec l'obsession qui, à ce moment, il ne faut pas l'oublier, a été parfaitement consciente et a mis Zy. dans un état de désespoir perpétuel. Le réveil et l'insomnie surviennent donc à la suite d'un rêve toujours le même qui représente l'idée fixe et l'émotion systénu»ti([ue sous une forme particulière; le réveil n'a pas lieu el l'insomnie disparaît si l'on parvient h supprimer ce rêve.
La relation de l'idée fixe sous forme de rêve avec l'insomnie est également démontré par le mécanisme de la guérison partielle que nous avons pu obtenir. On peut, en surveillant la malade de la manière que je viens de décrire*, obtenir à chaque séance une heure ou plus de sommeil calme. On peut également, par les divers procédés de suggestion, par la dissociation de l'idée fixe sur laquelle je n'ai pas à revenir, diminuer ce rêve, le faire presque dis-
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pnrnître, ol les nuits suivaiilos la malade iloriiiira pendant plusieurs heures, sans avoir le réveil brus(jiie ni le senlinienl de terreur.
On dira sans donle que ce n'esl |)as l;i un sonuneil normal. Dans l'état de nos connaissances on plutôt de notre ignorance sur le sonuneil on ne peut sur cette cpwstion qu'émettre des affirmations sans preuves. Sans doute, c'est un étal dans lequel la malade r<^ste <piel(jue p<Mi en relation avec nn)i et peut m'entendre. Il en est exactement de même dans bien des sommeils naturels, par exemple dans celui de la mère qui dort près de son enfant. Cet état peut assez facilement, si on excite l'activité cérébrale, se transformer en somnambulisme. On a montré bien souvent qu'il en est de même pour beaucoup de sommeils naturels surtout chez les personnes prédisposées au dédoublement de la personnalité, c'ost-à-dire ([ui peuvent, sans se réveiller complètement, entrer dans un état d'activité cérébrale autre que celui de la veille. En réalité la malade repose de la manière la plus calme, avec une respiration j)rofonde et régulière, elle n'a aucune pensée, aucun rêve si on prend les précautions précédentes pour écarter un rêve particulier dès qu'il commence. Elle a pendant cet état une sensibilité très émoussée, au moins quand on ne l'excite pas en lui parlant, elle ne se réveille que difficilement et semble sortir d'un sommeil profond. Enfin elle est reposée comme h la suite d'un sommeil véritable. Il V a évidemment beaucoup de variétés dans le sommeil normal et l'élat ainsi dét(M'miné me paraît constituer l'une d'entre elles.
Il y a là cependant un fait curieux sur lequel je dois insister. Cette femme est incapable de dormir plus de deux ou trois minutes, si elle est abandonnée à elle-même et elle peut être maintenue endormie pendant des heures et probablement pendant des nuits entières si quelqu'un a la patience de s'occuper d'elle, de surveiller et de diriger son sommeil. On se souvient à ce propos de ces malades ii (pii il faut tout appicndre de nouveau, à ([ui il faut apprendre à manger, ii déglutir, à respirer, à parler, à marcher, etc. Quel (jiu' soit le mécanisme du procédé employé pour faire dormir /v., il est évident que par une iiiHuence uniquement morale, on la fait dormir, (^est là encore une forme intéressante et nouvelle de ces a iniluences », de ces « besoins de direction » dont je montrais récemment l'importance '.
1 . Pierre Jancl, L'iiiHucrice somnamhuliquc et le besoin de direclion. Revue philosoi>lti(jue, icw'ier 1897, p. 113 el clia[»itrc xiii de cet ouvrage.