Sommeils, somnambulismes déterminés par l'idée fixe
Sans insister sur ces difficultés générales de la thérapeutique des idées fixes, il faut seulement chercher à comprendre cet effet singulier d'une idée fixe subconsciente déterminant l'insomnie. Ce n'est pas là le résultat habituel de ces idées fixes, on sait en effet que si elles surviennent pendant la veille elles ont plutôt pour effet de déterminer du sommeil. J'ai déjà signalé bien des cas de ce phénomène; en voici un de plus, simplement comme exemple.
Obsf.kvation II. — B., jeune fille de IG ans, a été très effrayée à la campagne par un bœuf qui se précipitait sur elle. Il est intéressant de remarquer ([ue, à l'inverse d'autres malades du même genre déjà étudiées dans cet ouvrage, elle ne s'est pas endormie au moment même de l'accident sous linlluence de l'émotion. Pen-
.ni!8 INSOMMK V \\\ IDl'E FIXE SUHCONSCIENTE
(la II t cinq soinaincs elle reste très préocciipce de cet accident, en parlant sans cesse, disant ([u'elle croit voir le bœuf, qu'elle y rêve, etc. C'est la p(''ri()d(> de lidôe (ixe consciente, la période d'incubation, comine on a dil souvent. A la lin de cette période, elle semble oublier ses terr»Mirs et n'en parle plus jamais, mais elle présente un tout autre pbénoméne, elle s'évanouit au milieu de la journée et reste inerte jiendanl ([uclques minutes on même quelques heures. Je n'insiste pas sur la description de ces attaques à forme de sommeils qui se présentent chez elle de diverses manières, je remarque seulement qu'il est facile par les attitudes de la malade ou par rinleri(>L;alion diriL^ée avec soin de savoir les phénomènes qui occupent Tespiit pendant cette période. C'est évidemment le rêve terrifiant du bieuf ([ui se précipite sur elle. Toute association d'idées, toute émotion réveille ce rêve et immédiatement après vient le sommeil, (lelte torpeur cérébrale est-elle déterminée simplement par l'émotion chez une jeune fille afi'aiblie, et présentant déjii à un degré faible quelques stigmates hystériques? Ou bien la rêverie emplit-elle assez l'esprit pour supprimer la perception personnelle de tout antre; phénomène et déterminer un état de sommeil apparent suivi d'amnésie ? Ces deux mécanismes ne sont |)as opposés l'un à l'autre, ils jouent tous deux un rôle plus ou moins grand suivant les différents cas. Quoi qu'il en soit nous i-emarquons ici un résultat |)articulier de l'idée obsédante, la torpeur cérébrale et le sommeil.
Si ces idées fixes survenant pendant la veille déterminent des attaques de sommeil, quand elles surviennent pendant le sommeil naturel, elles donnent ordinairement naissance à un autre phénomène qui est le somnambulisme. Le fait est si banal qu'il sullit d'en rappeler très rapidement des exemples.
Obsk lîVATiox ni. — Den., un homme de ?.") ans, a été attaqué la nuit par des rodeuis et il a été longtemps tourmenté par ce souvenii'. Depuis quehpie temps il croit l'avoir oublié; cependant il lui arrive assez fréquemment de se lever la nuit tout endormi. Il a les yeux ouverts mais fixes, la figure effrayée, il court autour de sa chambre, il prend son édredon, ses vêtements, s'en enveloppe comme pour se cacher, et ainsi affublé se glisse sous son lit. Au boni d'un t(Mnps variable il en sort tout doucement, se recouche et (but jus(prau malin. Au n-Ncil il ne se souvient d'aucun des incidents de la nuit.
()i!si-ii\ ATioN IV. — Le cas de No., jeune homme de 19 ans, est
INSOMNIE PAR IDÉE FIXE 3(i9
plus complexe. C'est un cleptomane dont les impulsions pendant la veille sont en partie subconscientes et en partie conscientes. Je n'examine ici que ce qui se passe pendant la nuit. Ce jeune homme se relève pendant la nuit et vole dans la maison divers objets, même des objets lui appartenant, puis il va les cacher dans des endroits où il ne peut les retrouver le lendemain. Ce n'est que (dans un sommeil hypnotique consécutif qu'il retrouve la mémoire |de ses vols et de ses cachettes.
Observation V. — Le cas de Mr. est intéressant pour notre étude. Cette petite fdle de 13 ans a été punie à sa pension pour une faute quelconque. Elle est rentrée chez ses parents en leur cachant sa mésaventure qui d'ailleurs la préoccupe peu. La nuit, après deux heures de sommeil, elle se relève, appelle ses parents d'une voix épouvantée, leur raconte qu'elle est coupable, c[u'elle a commis des crimes épouvantables, qu'elle doit les expier, et avant qu'on ait pu s'y opposer, elle s'échappe et se précipite par la fenêtre. On la relève n'ayant que des blessures légères, mais parfaitement réveillée et toute tremblante. Elle demande avec anxiété comment elle se trouve par terre dans le jardin au lieu d'être dans son lit. De toute la scène précédente aucun souvenir.
On pourrait facilement multiplier des cas de ce genre montrant toujours que le résultat le plus ordinaire de l'idée fixe survenant pendant le sommeil, c'est le somnambulisme monoidéique.