HISTORIQUE
quelques exemples : on nous raconte que dans l'Inde ancienne, les prêtres employaient un procédé assez curieux pour découvrir l'avenir afin de le prédire aux autres personnes. Il avait au moins le mérite de la simplicité: on prenait une feuille d'arbre luisante; si on voulait bien l'aire, on ornait la feuille au centre d'une tache noire, faite avec de la suie, on l'attachait ensuite contre un mur, on la regardait fixement, et on y voyait tout ce que l'on désirait savoir.
Plus tard, en Egypte, on procéda d'une façon analogue : un voyageur anglais prétendait, il y a un demi-siècle à peine, avoir assisté ;i ces cérémonies. Le prêtre marquait sur la paume de sa main une tache noire, puis il montrait cette main à un jeune enfant, eu lui disant de la regarder fixement. L'enfant contemplait longuement, et vovait apparaître une foule de signes et même des objets, des personnages, des paysages; il les décrivait et on se servait de ses déclarations pour en tirer des pronostics. C'était, entre autres usages, un procédé très commode, parait-il, pour arrêter les voleurs : l'enfant voyait leur portrait dans la main du prêtre et les dénonçait. C'était, vous le vovez, beaucoup plus simple qu'aujourd'hui. Le personnage dont je vous parle raconte avoir essayé lui-même et fait regarder sa main par des enfants cpii y voyaient tout ce qu'il voulait. Il fit apparaître Nelson : l'enfant le décrivit admirablement et ne fit qu'une seule erreur; il déclara que Nelson avait un bras coupé. « Lequel ? » lui demandat-on. « C'est le gauche, dit-il. » Or c'était le droit. Les témoins expliquèrent le fait en disant que l'amiral Nelson était vu comme dans un miroir. Tout était donc pour le mieux.
Si nous arrivons aux Grecs, ces recherches sont inuoml)rables et décrites partout. Voici quelques noms de ces pratiques bizarres. Par exemple, les Grecs usaient dans leurs temples de V/iydro- /uancie, ou divination par l'eau. On regardait l'eau d'une fontaine et les images apparaissaient. A côté nous trouvons la lécanoniancie, dans laquelle on employait des vases pleins d'huile où on fixait ses regards. Ce procédé a quelque réputation : il servit autrefois à Ulysse pour Interroger ïirésias. Il v avait également la catoptroiiiancie ; elle se faisait avec des miroirs ; la i^aslroinancie employait des carafes pleines- d'eau, des boules de métal poli. Enfin la cristalloinancie était le procédé classique et se pratiquait avec toutes sortes de verres. J'oublie chemin faisant Vonijcomancic qui consistait à fixer l'ongle de la main que l'on regardait couvert d'un peu d'huile. On vovait apparaître au bout de (quelque
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(",(>s niMtuHK's passent dans la civilisation romaine, puis au luoven ài^e. ('eux (pii se sont ()ecn|)es (rétndes religieuses savent fMU* les conciles on! souvent en ;i lut 1er contre la superstition des sjx'vuldrii, ([ui pri-tendaienl découvrir les trésors cachés au moyen d(> nuroirs. François I"", Catherine de Médicis avaient dans leurs appartements des miroirs constellés, c'est-ii-dire ornés d'étoiles, et constiiiils dans des cii'constances particulières; ils leur servaient il découvrir les schm'cIs de la politi({ue, les menées de leurs ennemis, les conspirations.
Naudé, Cornélius Agrippa, Bodin, Wier et tous ceux (pii ont j)arlé d(> la magi(% décrivent des miroirs de ce genre. 11 y eut une sorte de petit cristal qui fit le tour de l'Europe entre les mains d'un Anglais nommé John Dee, de 1527 à 1608. Ce personuag<' portait partout un anneau orné de cette pierre magique, et faisait trouver aux gens ([u'il rencontrait tout ce que ceux-ci voulaient savoir. Cette pierre avait la propriété particulière de parler, ce (|ui est encore plus heau. Les personnages qui y apparaissaient tenaient des discours et naturellement renseignaient fort bien les individus qui voulaient les interroger. Dom Calmet parle à plusieurs reprises de faits semblal)les. Saint-Simon, dans ses mémoires, ne raconte t-il pas <[u'un magicien avait prédit ainsi au duc d'Orléans la mort des priuc<>s .' A toute époque de l'histoire, cette croyance a donc existé, quoique dans les deux derniers siècles on semble s'en préoccuper un peu moins.
A notre époque, cette recherche s'est ranimée. Cela est surtout dû il une étude particulière à laquelle il faut rendre justice, celle d'une société de psychologues anglais (pii ont voulu voir ce <[u'il y avait devrai et de faux dans })eaucoup de croyances ou de superstitions populaires. On doit citer un travail de M. Hockley dans le recueil anglais, The Zoist, 18i9, qiM'lques recherches publiées dans le journal 'l'Itc Lii^ht, surtout en mars 1889, un inlér(>ssant volume allenuuul, Visioneiii ini ]Vnsserglasse, par A. Freiin von Vay. Mais il faut insister surtout sur les travaux curieux de Miss X..., |)ubliés dans les Proceedings of the Societij for psychical liesearrh de 1889-1892, travaux aux(iuels nous empruntons plusieurs détails intéi'essants '. Vous vovez, Mesdames, que les dames se sont
1. Mls^ \., ilcci'iil ('\|>rriiii('iiis in (lrvsl;il-\ isimi. I'i()rcediiijj;s (if tlw Sorioly far psycliintl Hi-sftinh , I8S'J, vol. V, [). 'i8(i.