‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 159 sur 326 · Sli^DHilt's inciilmix des liyslrrit/iws, 189)j, p · texte numérisé non relu

Sli^DHilt's inciilmix des liyslrrit/iws, 189)j, p

lues à tout faire, car elles semblent avoir pris une fois pour toutes la résolution de lui obéir aveuglément... Mais, en revanche, elles se montrent extrêmement exigeantes; elles veulent que leur médecin soit tout à elles, ne s'occupe d'aucune autre personne, vienne les voir h chaque instant, demeure longtemps avec elles et prenne à cœur leurs moindres préoccupations. » Ce sentiment se modifie, comme on le voit, par le caractère propre à ces malades, leur égoïsme, leur susceptibilité, leur jalousie, et beaucoup de magnétiseurs* ont bien décrit la souffrance qu'éprouve une somnambule quand elle apprend que son directeur endort de la même manière une autre personne. Cette affection se modifie surtout par le mélange très fréquent avec le sentiment précédent, celui de la peur. Un sujet, tout en aimant son hypnotiseur, se rend compte de sa soumission qu'il accepte plus ou moins facilement. Il éprouve une affection mêlée de crainte pour un être beaucoup plus puissant que lui.

Suivant leur âge, leur intelligence, leur éducation, les malades interprètent et expriment ces sentiments de manières différentes. Léonie, qui était déjà âgée, ne voulait-elle pas me considérer comme son fds,et Justine ne disait-elle pas, ce qui est encore plus flatteur, qu'elle avait pour moi les mêmes sentiments que pour le bon Dieu. Le plus souvent les sujets se sentent humbles et petits et se comparent à des enfants devant des parents plus âgés. « Je suis, dit Berthe, comme un enfant qui a fait quelque sottise et qui a peur que sa mère le sache. » Les nuances de ces sentiments peuvent beaucoup varier ; il est plus important de chercher les phénomènes qui les accompagnent et les constituent.

Le premier fait bien visible chez beaucoup de sujets c'est que, dans la période d'influence, ils pensent sans cesse à leur hypnotiseur et s'en préoccupent bcaucouj). Je rappelle l'exemple de Berthe : elle est fort malade, presque délirante et, dans son indifférence croissante, elle a oublié tous ses parents et ses amis; quand son frère vient la voir c'est îi peine si elle le reconnaît. Non seulement elle me reconnaît toujours, mais elle pense à moi constamment au moins dans les jours cpii suivent le somnainbu-

1. De Lausanne, Prl/icipes et proccdês du mngitétisnic animal, 1819, II, 297, — Dospine (dAix), Trailcmciil dos maladies neii't'uscs par le magnélisnie animal, 18'i0, 1U5.

.',.',S INFI.IT.NCF. SOMN.WirîUMQUF.

lisinc. ('oninie je ne suis pas toujours près d'elle, elle éerit un joiinial où (>lle conlinne à me raconter tout ce qu'elle a fait; phisitMirs nialailrs cmitloiciit le mrine procédé et \Vkh. . passe la jouriH-e à in'écrire des lettres iiiterminabh^s. D'autres, comme Marguerite, F... ou V..., n'ont même pas besoin d(^ cet artifice, elles croient (jue je suis près d'elles quoiqu'elles ne voient rien et me rae»)ntent à demi voix leurs actes ou leurs préoccupations. Sans entendre précisément ma voix, elles sentent que je leur parle; il s'agit très nettement, dans le cas de Marguerite, d'halliieiiiations kiuesthésiques verbales ou même de paroles subconscientes quelle compare elle-même à son écriture automatique.

(]ette pensée de l'hypnotiseur se manifeste particnlièiement à propos des actions que le sujet veut accomplir et surtout des actions qui ont été interdites pendant l'hypnose. Le sujet ne se seul plus libre, il croit subir une influence, une direction : Gu..., (pii, après un somnambulisme, n'a plus de contractures au bras pendant deux jours, se sent gênée pendant ces deux jours comme si ([uehprun était auprès d'elle et la surveillait, comme si elle ne pouvait jamais être seule ; elle a même à ce propos des sentiments de pudeur difficiles ;i décrire. Rou. \ un jeune homme qui a fait des fugues hvstéri(jues de plusieurs mois, reste chez lui bien tranquille parce qu'il croit encore devoir m'obéir. Il sullît de lui parler en mon nom, ce dont sa famille al)use d'ailleurs, pour le rendre docile comme un enfant. Vel., un homme de trente-cinq ans, a toujours comme une appréhension de ce que je pourrai lui dire, il se figure sans cesse que je contrôle ses actes, et il attend que je lui dise ce (pi'il faut faire, prêt à exécuter avec plaisir tout ce que je lui dirai. \\k., une jeune fille atteinte d'incontinence nocturne, est tourmentée également par une peur continuelle de me mécontenter. On comprend alois ces expressions cniplovées par plusieurs sujets : « Je suis un polichinelle dont vous tenez la ficelle m ; « Je suis une nutchine et vous en êtes le ressort » ; « C'est votre volonté qui s'est mise ;i la place de la mienne, il me semble que je ne m appartiens plus. »

dette pensf'e de rhv|)noliseur qui se développe automatiquement détermine pendant la nuit des rêves dans les([uels (die se manifeste avec plus de précision. \\ kb. rêve que j'entre dans la salle et que

l. Voir à propos de co cas inlfrcssanl la deuxiômc série de ces éludes sur les idées fixes le chapitre sur les fugues.

je surveille la l'açoii dont elle dort; Gk. parle tout haut la nuit de ce que je lui ai dit pendant le somnambulisme et soutient au réveil que je suis venu causer avec elle. Justine a souvent la nuit des rêves bien plus extravagants où elle me fait jouer un rôle, rêves qui n'ont aucunement été suggérés. Une nuit, sans doute pour l'habituer à ne pas avoir peur de la mort, je la conduis au cimetière et je la force avec de grands gestes de commandement à mettre des fleurs sur la tombe de sa mère.

(Hiez quelques-uns ces hallucinations se développent même pendant la veille. Au moment où il va recommencer son tic du visage, Vel. est tout étonné d'entendre mon nom et de voir ma figure apparaître devant lui. B. me voit lever un doigt pour l'avertir quand elle va faire une sottise : « Je ne vous vois pas en face, il me semble que vous êtes derrière moi. » J'ai déjà fait allusion au cas le plus complet de ces hallucinations en décrivant les id(''es fixes de Justine' ? Elle entend ma voix comme si je la grondais et cela d'une manière si nette ([u'à la grande surprise des personnes présentes elle se retourne brusquement en demandant : « Où est donc M. Janet ? » Il lui sufîit de fermer les yeux pour me voir et elle commence avec moi de longues conversations dans lesquelles elle m'explique sa conduite et écoute mes bons conseils. Quelquefois, paraît-il, je gronde très fort; elle s'écrie tout haut: « Monsieur Janet, je vous en prie, ne vous fâchez pas, je ne le ferai plus », et elle cesse immédiatement son attaque ou son rêve sur le choléra. Voici un cas particulièrement typique de ces hallucinations chez cette malade.

Comme elle a peur des maladies, peur qui dépend de son idée fixe du choléra, elle ne veut pas passer près de la porte d'un hôpital. En approchant de Saint-A-Utoine elle commence intérieurement ses divagations: « C'est par là que sortent les morts...; le pavé est souillé..., etc. », et elle s'apprête à traverser la rue pour faire un long détour. Mais à sa grande surprise elle me rencontre au milieu de la chaussée me disposant à lui barrer le chemin : « Vous étiez au milieu de la rue, comment ne vous en souvenez-vous pas ? vous m'avez empêchée de passer. Il m'a fallu suivre le trottoir et quand la porte de l'hôpital a été franchie vous m'avez dit en riant : Eh I)ieu ! êtes-vous morte ? puis vous êtes disparu je ne sais où. »

2. Histoire dune idée fixe. Jici'ue plnlosophi(/ii(', 180'», I, p. Kifi.

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ihù IN'FI.UF.NC.F, SOMNAMIUJLlOrn

je puis i;ij)|)io("Ihm' de ce lail (rautrcs observations analogues : ^^l\.l)., clans sa colère délirante contre son heaii-[)ère, commence souvent des actes absurdes ou même dangereux. Au moment de inellre à la poste une lettre d'injures, au moment où, le voyant venii', elle lève un couteau pour le happer, elle voit mon ombre apparaître et cela sullil ])our larrèter net. Mais le cas le j)lus bizarre nous est louinl par une autre observation récente assez, inattendue. Lee, dans une sorte de délire hystéi'ique, est parvenue à se sauver de la Salpètric're. Elle n'avait pas fait dix pas sur la place qu'elle ma rencontre'' « par le plus grand des basartis », dit-elle ; elle est restée stupéfaite et elle est rentrée inunédiatenient toute bonteuse de son escapade.

Il faut bien noter que, dans tous ci's cas, il ne s'agit aucunement

de suggestion, .le n'ai jamais coininaiidé à ces malades d'éprouver

de telles ballucinations et je ne sonoeais nuère d'ailleurs aux cir-

J on

constances dans lesquelles elles se sont produites. On peut remarquer que ces rêves dérivent par association des commandements que je leur ai faits, mais ils supposent cependant un travail s[)ontané assez consid('-rabl(> <|ui a d(''veloj)j)é et transformé les suggestions.

L'importance de cette préoccupation de l'hypnotiseur, la grande place qu'elle peut occuper dans l'espril de l'hystérique soumise à ce genre de traitement nous est encore indi(|uée par une exagération de celte inlluence somnanibulique cpii, (pioicjue heureusement rare, constitue un danger. J'ai observé chez une malade. Me., âgée de 27 ans, un véritable délire déterminé par cette préoccupation. Me. pr(''sente, entre autres phénomènes hvstériques, une hypereslhésie énorme du thorax en relation avec un étal émotif particulier et surtout avec des idées fixes de phtisie dont la genèse bien curieuse sera étudiée dans le second volume de ces études sur les idées fixes. Elle présente un état hypnotique très incomplet (|ui m'a semblé suffisant cependant pour essayer de détruire cette idée fixe, chez elle, des plus graves. La malade est iiumédiatement soulag{''e, oublie ses idc'cs hypocondria(|ues, ses impulsions au suicide (pii en dc'pendaienl et semble guérie par rinlluence prise sur elle. Mais après la secoiule séance elle commence à exprimer une autre idée fixe: elle se plaint de l)avarder constamment avec moi, de me voir sans cesse, d'ètie poursuivie par mon action qui s'exerce ;i travers les murs, d'èlre observée constamment par moi i» grande

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distance, etc. En un mot elle bâtit sur les phénomènes ordinaires de l'influence une sorte de délire de persécution, qui heureusement a pu être rapidement arrêté, mais qui met bien en relief la préoccupation que nous venons d'étudier.

Cette pensée de l'hypnotiseur qui semble jouer un si grand rôle dans la période d'influence se manifeste encore dans quelques expériences qui viennent s'ajouter aux observations précédentes. On peut, au moven de l'écriture automatique, connaître des pensées subconscientes dont le sujet ne se rend pas compte et, chez plusieurs sujets, en particulier chez Marguerite et chez Qe.,j'ai constaté que, pendant la période d'influence somnambulique, l'idée fixe subconsciente est en réalité l'idée de l'hypnotiseur. Si Qe., même seule, laisse sa main griffonner sur le papier, elle voit avec étonnenient qu'elle a sans cesse écrit mon nom ou quelque recommandation que je lui ai faite. J'ai eu l'occasion de constater le même fait d une autre manière peut-être plus curieuse. On connaît les hallucinations visuelles que fait naître chez quelques sujets la fixation prolongée d'une boule de verre \ Ce phénomène, que les écrivains anglais désignent sous le nom de « crystalgazing » ou « crystal-vision », est en réalité un fait analogue à l'écriture automatique qui met en jour, cette fois sous forme d'hallucinations visuelles, des souvenirs, des rêves ou des idées subconscientes. Un jour, après un somnami)ulIsme, j ai demandé à Marguerite de fixer queU^ue temps son attention sur la boule de verre. Si je la laisse regarder en évitant de lui rien suggérer, elle ne tarde pas à voir ma figure dans cette boule. Ce fait ne nous surprend pas, puisque nous savons que ces personnes ont souvent l'hallucination de leur hypnotiseur pendant la période d'influence. On peut craindre que dans ces faits l'expérimentateur n'ait à son insu dirigé la pensée du sujet (juoique je les ai observés à plusieurs reprises sans les avoir prévus. En tous cas ces expériences viennent seulement s'ajouter ;i tous les faits d'observation précédents.

Il me semble donc évident que cette période d'influence est caractérisée par un fait important, c'est la persistance de la pensée de l'hvpnotiseur. Tantôt cette idée est consciente et obsède l'esprit du sujet, tantôt elle est subconsciente et ne se manifeste

1. ^oi^ ilans If chapitre xi, « ]a vision <laii* les miroirs. »

452 IM'I.l F.NCE SOMN \MliLLIQLK

(|iic lie liMiips on lomps jiar clos inoiivomciits ;iuloiuatii[U('s ou par dos halliiciiiations.

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