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Leçons du Mardi, I, 28G

.',78 IM'l.l'F.NCF. SOMNAMIUI.IOUE

en appaiTiicf contradicloircs (ju'il laiil cepciulaiit poursuivre siniullaiicnuMit : 1" il faut proiulre la direction complèle de l'esprit du malade, lliahituer à subir une autorité. ;i vivre eonstannuent sous une inlluenee étiangère ; 'i" il laut réduire cette domination au minimum el apprendre peu à peu au malade à s'en passer. Si on néglige le premier point on n'obtient que des guérisons passagères, tout au j)lus bonnes pour surprendre les assistants, et on verra rapidement les accidents de l'automatisme cérébral réapparaître sous une forme ou sous une autre. Si on néglige le second point on developpeia ii un point dangereux les phénomènes de la passion somnambulique ((ui bientôt rendiont le traitement impraticable.

Pour parvenir h concilier ces deux nécessités de la thérapeutique mentale, on peut se servir d'un certain nombre de prati([ues plus ou moins ellicaces. Il ne faut pas exagérer l'emploi de la suii'oestion, il faut régler l'écartement des séances et leur durée, etc., il faut sans ci'ssc exciter les sujets à se rendre compte de leurs sensations et de leurs pensées. En même temps je crois très important de chercher par tous les moyens possibles, par l'hygiène, certaines médications physiques, la restauration (»t la direction du sommeil et surtout la gymnastique graduelle de l'attention, à développer les fonctions de synthèse mentale. Enfin il faut chercher à diminuer la fatigue de la pensée en simplifiant la vie des malades. (( Le véritable traitement de l'hystérie, disait Briquet, c'est le bonheur. » J'ai essayé de comprendre ([uel était ce bonheur qui convenait aux hvstériques ; c'est, à mon avis, la simplicité, presque la monotonie d'une existence facile qui diminue les efforts d'adaptation. Beaucoup de malades bien (lirig(''s arriveront ainsi à se passer de leur médecin, quelques-uns auront longtemps et même toujours besoin d'une direction morale, de même qu'il y a des infii'mes qui ne marcheront jamais sans bé(|uilles.

Ces études sur l'influence somnambulique me paraissent avoir encore quelque importance ;i un second point de vue : elles peuvent éclaircir certaines <d)servations souvent faites sur des individus considéiés comme normaux et prt'ciser certaines notions de psychologie normale et de morale. L'amour, lamitié, le besoin de société, tous les sentiments sociaux sont ('videmmcnt très complexes et sont composés par une foule d'éléments divers. C'est une grande exagération, ii mon avis, que de les rattacher toujours d'une façon simple aux instincts sexuels, au plaisir du contact. Au

moins, clans nos sociétés complexes, ils dépendent anssi de beaucoup d'autres phénomènes psychologiques. 11 me semble que ces éludes rappellent l'attention sur l'un de ces phénomènes.

11 est d'observation banale que certaines personnes ne savent pas travailler quand elles sont seules, quand elles ne sont pas constamment et très étroitement surveillées et commandées. Ce n'est pas précisément par impuissance ou par paresse qu'elles restent inactives, c'est parce qu'elles ne savent pas s'imposer un choix, une m<'-thode, un effort; elles ne savent « que laire, par quoi commencer, comment s'y prendre ».

Ce caractère se remarque dans les œuvres les plus élevées de lart et de la science ; certains esprits sont imitateurs dans le sens le plus étroit, certains individus ne peuvent rien faire sans s'appuyer sur quelque travail déjà fait, ils sont toujours collaborateurs ou plagiaires. Combien d hommes ne peuvent être que des excellents employés et, malgré leurs illusions, seraient incapables d'être patrons !

Sans doute, dira-t-on, il y a de l'imitation et de lobéissancc partout, mais je puis cependant remarquer que le degré d'imitation n'est pas le même chez tous et qu'il y a des esprits qui, plus que d'autres, ont besoin d'une imitation perpétuelle.

Ces mêmes personnes que nous menons de voir incapables de travailler seules sont également incapables de s'amuser seules. Il leur faut des compagnons de jeu, non pas, je le répète, à cause du plaisir que donne la société, mais pour leur apprendre « à quoi jouer, à quoi s'intéresser, à quoi s'occuper ». C'est pour moi une marque de force d'esprit chez un homme et chez un enfant que de savoir s'amuser seul, et l'ennui qui frappe si souvent les personnes isolées n'est bien souvent qu une marque de cette faiblesse de la volonté.

Toutes ces personnes, dit-on, sont sociables, elles « ont besoin d'affections », souffrent de « n'être pas comprises », réclament un « milieu sympathique », etc. Cette sociabilité, chez elles, bien entendu, car je ne prétends pas qu'il en soit ainsi pour tous, n'est à des degrés divers que le besoin d'obi'ir. Pelles cherchent des amis qui les dirigent à leur insu, des collaborateurs qu'cdles copient en ciovant être originales, en un mol des esprits qui pensent et veuillent pour elles. « Notre foi, disait Max Millier, n'est souvent que la foi dans la foi d'un autre », et nous ajoute-

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rions volontiers, avec M. W . .laines' : i< Nolr(> volonlô, noire couraoe uc sont sonvent qne le rellel de la volonté et du courage d'un autre. »

Ces phénomènes sont délicats et difficiles à observer chez riiomnie normal (|ui, par vanité, les ignore et les dissimule ; ils se sont montrés à nous dans tous leurs détails chez les malades.

Ces hystériques si bien guéris par quelques conseils et quel- (jues ordres, cpii, aux premières difficultés de la vie, simplement après r»''coulement du temps, retombent dans leurs folies, leurs désespoirs et leurs ennuis, puis (jui reviennent se faire guérir par une gronderie et une exhortation et ainsi indéfiniment, ne sontils pas rimage amplifiée de l'homme qui reste enfant et qui n'est jamais assez fort pour se diriger tout seul ? On peut observer chez eux les détails des phénomènes, voir le rôle que joue l'exagération de l'habitude, de la mémoire, de l'automatisme en un mot, la diminution de l'attention, de la volonté, des phénomènes de svnthèse qui permettent à l'être vivant de s'adapter au monde Indéfiniment changeant. On les volt emprunter à d'autres ces phénomènes de synthèse qui leur manquent, comme si la division psvchologlque si Importante des phénomènes d'automatisme et des phénomènes de synthèse se poursuivait dans la société et donnait naissance par la prédominance des uns ou des autres à des catégories d'individus différentes. S'il en est ainsi, ce petit phénomène curieux du « rapport magnétique » n'est pas insignifiant, il nous permet peut-être d'étudier un élément important des relations sociales, de comprendre l'origine de la dépendance et de la hiérarehie, de rattachi^r le besoin d'obéissance des uns et l'autorité des autres ii la diminution et à l'accroissement de la puissance vitale.

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