UNE OPÉRATION CHIRURGICALE
à riiabituer à l'insensibilité qui semblait devenir complète. 11 est vrai que je ne pouvais la vérifier que par quelques piqûres ou pincements sans gravité. Malheureusement je ne pus m'occuper assez de Qe, et elle ne lut pas hypnotisée pendant les quinze jours qui précédèrent l'opération.
Je croyais que l'opération serait reculée et je fus un peu surpris quand ou vint me prévenir. La malade était dans un état d'anxiété extrême et je crus un moment l'expérience impossible. Cependant elle fut assez facilement hypnotisée, mais dans le somnambulisme elle manifestait la plus vive frayeur. « J'ai peur, disait-elle, sans cesse, je suis sûre queye i^ais souffrir beaucoup, on ça me faire mal. »
L'opération commença cependant sans que la malade s'en aperçût, elle continua pendant quelques minutes à parler de sa peur pour l'avenir, a Je i^ais souffrir » mais ne se préoccupait pas de souffrance actuelle. Pendant les dix dernières minutes, j'avais réussi à la rassurer et elle parlait d'autre chose « en attendant l'opération qui certainement lui ferait bien du mal ».
L'opération qui s'accomplissait comprenait plusieurs temps particulièrement douloureux, en particulier la dilatation extemporanée du col. Le col assez étroit n'admettait que la bougie n° 24, la dilatation fut poussée jusqu'au n" 54, et ce ne fut qu'au dernier moment, au moment de l'extraction de la dernière bougie qu'il y eut un petit tressaillement des jambes. M. Segond, dont je suis heureux d'apporter ici l'opinion, croit ce premier temps, cette dilatation rapide, particulièrement douloureux, et ne pense pas qu'une femme en état normal pût la supporter sans crier. Les autres temps, le curettage, le lavage au chlorure de zinc, le tamponnement, ne déterminèrent aucune réaction. Toute l'opération dura vingt minutes.
La malade transportée sur son lit fut immédiatement réveillée; elle eut un moment d'angoisse, car elle était convaincue que je n'avais pas pu l'endormir et qu'on allait commencer l'opération. Elle eut beaucoup de peine à croire que tout était fini, et quand elle fut rassurée, déjeuna de fort bon appétit, comme si rien ne s'était passé.
Les suites furent des plus simples, quoique malheureusement la métrite ne fût pas entièrement guérie mais seulement atténuée par cette opération. Il est certain que l'absence complète de souvenirs et de souffrances, l'absence des nausées que laisse après
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lui le chlorofoniip, le calme et le bien-être de la malade montrent la supériorité surprenante de ce mode d'anesthésie.Un peu plus de précaution m'aurait permis, en hypnotisant la malade la veille de l'opération, d(> suppi-imer complètement c(>s craintes (pii seules ont été manilestées avant et pendant Topération. 11 est certain (pie Ton peut ol)t(Miir par des procédés de ce genre l'état mental le plus désirable pour une opération. Malheureusement on ne peut jusfprà présent essayer avec quelque chance de succès une pareille expérience que sur un petit nombre de sujets et nous sommes encore loin de l'époque où l'on pourra pratiquement appliquer à tous les cas ce mode d'anesthésle chirurgicale.