LIVRE IV
naires, eut l'idée de l'offrir à Théodose comme un échantillon des prospérités dont le ciel comblait son règne. Il se rend à Constantinople avec son offrande, et se range sur le passage de l'Empereur et de l’Impératrice lorsqu'ils s’acheminaient à pied vers l’église le jour de l’Épiphanie. Théodose était d’un abord facile aux gens du commun; le Phrygien s'approche, lui présente la pomme : le prince l’admire et la donne à l’Impératrice après avoir fait compter au campagnard cent pièces d'argent ‘. Eudocie, émerveillée à son tour, la fit porter comme une surprise à son ami le préfet du prétoire Paulinus, que des douleurs de goutte retenaient dans sa maison, sans lui faire savoir qui la lui envoyait : de là vint tout le malheur.
Paulinus trouva le fruit si admirable qu’en bon courtisan il en voulut faire hommage au prince; Théodose, en le recevant, fut grandement étonné, et ses soupçons lui revinrent à l'esprit. Courant aussitôt chez l’Impératrice, il lui demande d’une voix irritée où est la pomme qu’il lui avait donnée. A celte queslion, et au ton dont elle était faite, Eudocie resta interdite; puis, revenant de son trouble, elle dit résolûment qu’elle avait voulu la goûter et l'avait mangée avec délices.
« Eh bien! s'écria Théodose en rejetant le voile qui la couvrait, la voilà, et c'est Paulinus qui me l'envoie! » Une explication violente s’ensuivit dans
4. Quum illi ob eam rem Imperator centum nummos præbuisset, Imperatrici Eudociæ dono dedit. Niceph., XIV, 23.— Manass., p. 55, — Zonar., HI, p. 31. — Cedr., p. 337.— Mich. Glyc., Annal., p. 261, édit. 1660.
laquelle l’Impératrice protesta de son innocence, — protestation qu’elle renouvelait encore vingt ans plus tard à son lit de mort. Si le mari conserva des doutes, l'Empereur ne voulut pas qu'on püt dire qu’un sujet avait impunément attenté à l'honneur de son lit; il fit prendre Paulinus à l'instant même, et le fit conduire par des soldats à Césarée, en Cappadoce, où on lui trancha la tête’. Eudocie, remplie de douleur, offensée d’ailleurs de l'affront que ce meurtre faisait rejaillir sur elle, déclara à son mari qu'elle se séparait de lui pour jamais, et lui demanda l'autorisation d'aller finir ses jours à Jérusalem; il l’accorda et elle partit *. |
La Ville sainte ne lui était pas étrangère : elle l'avait visitée après le mariage de sa fille Eudoxie, en 437, pour laccomplissement d’un vœu, et son voyage alors n'avait été qu’une suite de triomphes. Dans la grande cité d’Antioche, où elle avait fait halte en passant, elle avait été reçue au sénat sur un trône d’or enrichi de pierreries, au milieu de l'assemblée curiale, des notables citoyens et du peuple. Comme les discours étaient de toutes les fêtes dans cette patrie des rhéteurs syriens, la fille de Léontius entendit son panégyrique, auquel elle répondit sur-le-champ, ne voulant pas qu'Athènes restât muette devant Antioche. Son impro-
4. Paulinus quidem statim in Cappadocia relegatus, capitali supplicio est effectus. Niceph., XIV, 23.
2. Ipsa autem ea de causa immenso correpta dolore, illico Hierosolyma concessit. Niceph., XIV, 23.