LIVRE PREMIER. EL
fussent victimes de la ferveur du nouveau patriarche. Les persécutés résistèrent; quelques-uns prirent les armes, et le sang coula dans plusieurs villes de l'Orient ‘. Quel était le but de Nestorius en ranimant ces torches éteintes? Voulait-il gagner la faveur de Pulchérie, à qui les rigueurs religieuses ne déplaisaient pas, ou bien voulait-il faire voir au peuple de Constantinople que son pasteur était animé d’un zèle catholique que ses prédécesseurs ne connaissaient point? Ces deux raisons entrèrent vraisemblablement dans son calcul, qui pourtant ne réussit pas. On s’indigna du blâme jeté indirectement sur les anciens archevéques, et qui rejaillissait jusque sur Chrysostome. On s’étonna que, débarqué de la veille à Constantinople, et, suivant le proverbe grec reproduit par un contemporain, « connaissant à peine le goût de ses fontaines?, » il eût déjà promené la guerre civile dans ses rues. Le peuple lui donna le surnom d’incendiaire*, et beaucoup de chrétiens sincères le renièrent hautement. « Ce n’est point là l'esprit de la religion, disait à ce sujet l'historien Socrate; de pareils procédés ne font que la rendre, haïssable. » Un écrivain dont on ne peut mettre en doute la catholicité, Cassien, donne de cette ardeur excessive une raison ironique. « Nestorius, dit-il, prenait les devants pour qu'il ne subsistât
4. Innumeris bellis ecclesiam replevit, civili sanguine eam inundans. Evagr., I, 2. — Socr., VII, 29, 31,
2, Et antequam ipsam, ut vulgo dicitur, civitatis delibasset aquam, acerrimum se persecutorem ostenderet. Socr., VII, 29,