LIVRE IX. &UA
que cette assemblée était nestorienne, le pape Léon et ses légats nestoriens, l'Empereur enfin et sa compagne Pulchérie des nestoriens déclarés. L'impératrice Eudocie, retirée à Jérusalem depuis la mort de Théodose, partageait à bien deségardsle préjugé public. Elle savait par expérience combien sa belle-sœur était l’'ennemie d’Eutychès et de cette doctrine, qu’elle-même au contraire avait constamment favorisée. Les deux Augusta s'étaient fait à ce sujet une guerre très-vive lors du procès de l’archimandrite à Constantinople et de son triomphe au Brigandage d'Éphèse. Tout prédisposait donc la veuve de Théodose à embrasser le parti d’opposition au concile, et elle le fit avec la passion qu'elle mettait partout. Athénaïs menait d’ailleurs dans la cité sainte de Jérusalem une vie consacrée aux bonnes œuvres publiques ou privées. Elle avait achevé la reconstruction et l'agrandissement de l'enceinte de la ville entreprise par elle lors de son premier séjour; nombre de monastères et d’hôpitaux lui devaient leur fondation, et ses libéralités allaient chercher les ermites du désert jusque dans les solitudes les plus reculées. Elle avait élevé de ses deniers, à l'endroit où le premier martyr Étienne avait été lapidé, une magnifique église en son honneur, prenant soin d'y marquer ellemême sa sépulture, comme si elle n’eût voulu pour ses restes mortels d'autre patrie que Jérusalem !.
Les bonnes œuvres d’Eudocie portaient un cachet de grandeur vraiment impérial qui frappait l’imagina-
1. Evagr., I, 22. — Chron. Alexand., p. 132, — Niceph., XIV, 50.
tion en même temps qu'elles lui attiraient la reconnaissance des peuples. Elle était la mère des pauvres et la reine d’une province où elle faisait le bien en souveraine. On l’aimait jusqu’à l’adoralion, et l’on disait que le roi-prophète l’avait annoncée à sa ville favorite lorqu’il s’écriait dans un de ses psaumes : « O Seigneur, comble de biens Sion par ta bonne volonté, afin que les murailles de Jérusalem soient reconstruites!. » Or le mot qui signifiait dans la traduction grecque ” bonne volonté ou bienveillance, eudocia, était le nom même de l’impératrice Eudocie; pour beaucoup de gens enthousiastes, cette concordance fortuite de mots cachait un sens prophétique. En fait de flatteries, on l'avouera, celle-ci en valait bien une autre.
La Palestine comptait alors parmi ses moines un homme actif, audacieux, prêt à tout, intelligent d’ailleurs, et qui avait acquis par la lecture assidue des auteurs ecclésiastiques la réputation d’un savant; il se nommait Théodosius. La science chez ce moine était subordonnée au fanatisme, et'il étudiait moins pour le bonheur de découvrir la vérité que par désir de la trouver dans l’hérésie d’Eutychès. Il cherchait surtout des textes des Pères pour appuyer sa doctrine de prédilection, il savait en fabriquer au besoin. On l’accusait, par exemple, d’avoir altéré, dans les copies qu’il en répandait, plusieurs desouvrages de Cyrille qui cependant prêtaient assez aux opinions eutychiennes pour qu'on
4. De qua prophetam Davidem illud etiam dixisse ferunt : Bencfac
Domine ëx Ttf évooxiæ, hoc est in bona voluntate tua, Sion, ut ædificentur muri Hierusalem. Niceph., XIV, 50. — David., Ps. 50. v. 20.