‹ Nestorius et EutychèsChapitre 44 sur 279 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

refusa de les voir et fit fermer les portes sans leur donner de réponse t.

La même scène se renouvela les jours suivants. Les députés ne firent aucune démonstration violente, soit qu’ils attendissent la fin du délai de dix jours pour procéder à la déposition, soit que l'Empereur, ayant résolu de réunir un concile œcuménique, leur eût fait dire qu’il regarderait tout éclat désormais comme f4cheux et ne le souffrirait pas. Les évêques employèrent le loisir qu’on leur laissait à visiter les principaux opposants du clergé métropolitain et les archimandrites des couvents, publiant partout qu'ils avaient signifié à l'archevêque sa déposition. « Nous la prononcerons, affirmaient-ils, suivant les pouvoirs dont nous sommes porteurs, si Nestorius ne se rétracte pas avant l'époque marquée. » Tout le monde était dans l'attente.

Le samedi suivant, 13 de décembre, huitième jour depuis l’arrivée des députés, Nestorius monta en chaire devant un auditoire immense, et fit un sermon sur la charité entre frères, sur la concorde entre fils de la même croyance; il était prêt, disait-il, à souffrir tout ce qu'honorablement on pouvait endurer pour maintenir la tranquillité dans l’Église. « Pourquoi donc, s’écria-t-il ensuite, moi qui n’aime que la paix, suis-je assailli jusque dans le sanctuaire de ma basilique par un ennemi implacable? » Cetennemi, il ne le nommait pas, mais il le désignait assez par ce mot : l'Égyptien.

4. Tunc nobis respondit, ut postero die veniremus, et privatim

illum conveniremus. Porro nobis redeuntibus aditum interclusit, ct responsum nobis dare non est dignatus. Concil., III, p. 504.

60 NESTORIUS ET EUTYCHÉÈS.

a Oui, continua-t-il avec emportement, l'Égyptien me jette le défi jusqu’au milieu de mes prêtres, jusqu’à la face de mon troupeau. Il répand la calomnie, il sème la discorde, et m’attaque avec des flèches d’or. » Nestorius l’accusait par là de distribuer de l'argent pour corrompre son clergé. — L'union, la prospérité de cette Église le blessent; ce spectacle lui arrache de cruels rugissements; il le haït, car il a besoin de trouble, il a besoin de division pour dominer. L'Égyptien n'est-il pas l’éternel ennemi de Constantinople et d'Antioche? » Et l’orateur rappelait l'opposition faite par les évêques d'Alexandrie contre ceux d’Antioche, contre Mélétius et Flavien, contre Jean Chrysostome lui-même, tiré aussi de l’Église d’Antioche, et un de ses prédécesseurs dans la ville impériale. La dispute que l'Égyptien suscitait était donc un fruit de sa noire jalousie.

« On me fait un procès, poursuivit-il, sur le seul mot de théotocos. Eh bien, ce mot, je suis prêt à le concéder pour l’amour de la paix; je l’admettrai à la condition qu'on ne voudra faire de moi ni un arien, ni un apollinariste, — un arien en me faisant rabaisser le Verbe divin jusqu’à n’être qu'une créature, un apollinariste en me forçant à nier l’humanité du fils de Marie. Il y a cependant une qualification qui couperait court à tous les malentendus et que je propose d'adopter, celle de mère du Christ; ce serait le remède à toutes nos discordes. »

« Oh! s’écria-til en terminant, que l’Égyptien vienne lui-même ici, je ne le crains pas; qu'il vienne discuter avec moi en présence de l'Empereur et des

Page 1