LIVRE PREMIER
théorie du pouvoir d’après la constitution de l’Empire. Il y avait dans ce cas particulier une autre raison encore pour que la convocation émanât des deux chefs du monde romain, c’est qu'elle l’embrassait tout entier, l'Occident comme l'Orient. La lettre était adressée par ampliation au métropolitain de chaque province. Elle portait en substance :
« Que, l'intérêt de la religion et celui de la république étant connexes, l’ordre ne pouvait être troublé dans l’une en même temps qu’il ne le fût dans l’autre, car les divisions de l’Église dégénéraient aisément en discordes et séditions dans l’État! ;
« Qu'il appartenait aux princes de veiller également à ce que les hommes placés dans les hauts rangs de l'Église fussent exempts de toute faute ou souillure, la dignité du sacerdoce étant nécessaire au maintien de la vraie religion ;
« Que, vu les querelles et les divisions travaillant en ce moment l'Église et agitant le pays, les Empereurs avaient jugé indispensable de réunir les évêques de tout l’Empire en concile, quelque répugnance qu'ils pussent avoir à les fatiguer ;
« En conséquence les métropolitains, dès que la prochaine fête de Pâques serait passée, avaient ordre de se rendre à Éphèse pour le jour de la Pentecôte; ils amèneraient avec eux le nombre d’évêques qu’ils
1. Pendet a religione qua Deus colitur, nostræ reipublicæ status, multaque inter hunc et illam cognatio ac familiaritas intercedit. Nam et connexa inter se sunt, et utrumque prosperis alterius successibus incrementa sumit. Concil., IlI, p. 436.
jugeraient convenable, de telle sorte qu’il en restat assez pour les affaires de la province et qu'il en vint assez pour le concile.
« Nous ne doutons pas, ajoutaient les Empereurs en terminant, que chacun ne se mette en mesure d’obtempérer; ceux qui manqueraient à ce devoir n'auraient d'excuses ni devant Dieu ni devant nous‘. »
Nestorius n'était point nommé dans la lettre, Cyrille non plus; mais la mention des troubles survenus dans l’Église s'appliquait évidemment à tous les deux, et celle de « la dignité épiscopale qui devait être à l'abri de toute souillure » nepouvait regarderque Cyrille, sa conduite dans Alexandrie, le procès que Sophronas et les autres étaient venus lui intenter à Constantinople. k
Des instructions administratives remises au fonctionnaire qui devait représenter Théodose au concile, le comte Candidien, complétaient la lettre sacrée. Elles lui recommandaient de ne point laisser tenir d’assemblées particulières, le résultat de ces assemblées étant toujours de créer des divisions et des schismes, — de n’ouvrir la session qu'avec un nombre d'évêques suffisant pour que chaque province eût sa représentation nécessaire, — de ne permettre, une fois la session ouverte, à aucun membre de s’absenter ou de retourner chez lui sous peine d’être ramené de force à l’assem-
4. Nullum æquo animo abesse sinemus, nec ullam ille vel apud Deum, vel apud nos habiturus est excusationem, qui statim impigre secundum significatum tempus ad destinatum locum non fuerit, Concil., III, p. 437.