QUATORZIÈME OBSERVATION
Peste par indigestion. — Bubon; mort en vingt-quatre heures.
Madame B....., âgée de vingt-deux ans, très . . , , , ° \ é Jolie, épouse d’un négociant demeurant à Galata, mère de quatre enfants dont elle allaitait le dernier , menait une vie très sédentaire et ne sortait que pour aller à Péglise. Le 27 décembre 1819 elle mange des châtaignes à son
diner. Son mari lui représente que cet aliment est indigeste ; elle prend un verre de vin généreux pour en activer la digestion. À minuit elle se plaint d'un violent mal de tête; deux heures après elle éprouve des nausées, puis des vomissements. On s’empresse de lui donner du thé; à sept heures, elle se plaint d’une douleur au cou. Les symptômes augmentent rapidement. On envoie chercher Isak, connu pour savoir distinguer la peste. Il arrive et annonce que c’est bien la peste, mais une peste bénigne, puisque le bubon est sorti promptement. On met de suite auprès de madame B...… une garde-malade grecque, qui annonce aussi que cette peste est très bénigne. Sur les neuf heures, j'eus occasion de passer devant la maison du sieur B...... Les voisins étaient aux fenêtres et s’informaient incessamment de l’état de la malade, qui était généralement estimée dans le quartier. Le mari était au désespoir. L'infortunée mourut dans l’après-midi. Le soir, je la vis passer dans la grande rue de Péra pour être enterrée au cimetière des Francs.
Une maladie aussi rapide étonna Péra et Galata. Par ses habitudes sédentaires, madame B..... était moins que qui que ce fût exposée à la contagion. À défaut de toute autre cause, on attribua sa mort à ce que son mari avait, le jour précédent, soigné l’embarquement de cent balles de laine.