‹ Neuf ans a MadagascarChapitre 46 sur 170 · DÉPART POUR LA FRANCE · texte numérisé non relu

DÉPART POUR LA FRANCE

DIX-HUIT mois s^étant écoulés depuis ma prise de commandement, je résolus, au commencement de 1898, de consacrer la plus grande partie de Tannée à des tournées qui devaient me permettre d'apprécier les progrès réalisés dans les diveïses parties de rae.

Après les grosses pluies de Thivemage, j'entrepris un premier voyage dans le territoire militaire du nord de PEmyme, dont j'avais confié le commandement au lieutenant-colonel Lyautey.

Le 2 février, je quitte Tananarive, traversant à la sortie de la ville la vaste et fertile plaine de Betsimitatatra, dont les magnifiques rizières étalent sur plusieurs kilomètres un immense tapis de verdure.

Trois heures après le départ, nous atteignons le gai village d'Ambohîdratrimo, construit au sommet d'une petite colline et à

demi caché dans une épaisse végétation de manguiers. Situé à i8 kilomètres de Tananarive, c'est un des buts d'excursion préférés de la colonie européenne de la capitale. Pour s'y rendre, on suit la digue de Tlkopa qui a été convenablement aménagée, mais une route directe, dont la construction est activement poussée, améliorera bientôt les commxmications et raccourcira le trajet de 2 kilomètres. Quelques Européens possèdent des maisons de campagne à Ambohidratrimo ou aux environs; d'autres s'y livrent à la culture ou au commerce avec les indigènes.

Un peu plus loin, la route franchit une crête d'où, en 1895, la colonne légère, après les fatigues vaillamment supportées depuis le départ d'Andriba, aperçut pour la première fois la capitale de l'Em3rme. Au nord-ouest se dresse, sur un sommet rocheux et abrupt, le petit village de Babay, véritable nid d'aigle où l'on accède par im sentier de chèvres. C'est là que, vers la fin de 1896, le lieutenant-colonel Gonard ayant commencé à rejeter les rebelles vers le nord, avait transféré le chef-lieu de son cercle, précédemment établi à Ambohidratrimo. Il n'y reste plus maintenant qu'un poste optique, qui, à la distance de 40 kilomètres, communique directement avec Tananarive.

Nous descendons ensuite dans la riante vallée de la Moriandra, où sont disséminés, au milieu de cultures en plein rapport, des villages aux toits de chaume et aux murs blancs. Les terrains de rizières qui, du côté de l'ouest, se prolongent à perte de vue, donnent l'impression d'un pajrs de grandes ressources, qui se couvrira bientôt d'habitants. Déjà le gros village de Soavinimerina, à 3 kilomètres à gauche de la route, est entièrement repeuplé. Un peu au delà, en descendant l'Diiopa, on rencontre les fameuses chutes de Farahantsana, susceptibles de fournir une énergie qui, à l'étiage, ne descendrait jamais au-dessous de 7000 chevaux et pourrait en atteindre 200000 à la saison des pluies. Tout ce qui tombe d'eau en Em3rme passe à Farahantsana et y franchit par ime série de cascades une dénivellation de plus de 40 mètres.

ANKAZOBÉ

Dès qu^on a atteint les crêtes qui bordent au nord la vallée de la Moriandra, le paysage change subitement et Faltemance de sites et de terrains, si fréquente dans les voyages à Madagascar, nous amène dans une région monotone, parsemée de mamelons pelés, aux couleurs sombres, entre lesquels le sol n'offre qu'une végétation maigre alimentant quelques rares troupeaux.

Une vingtaine de kilomètres plus loin, nouveau décor; aux environs de Fihaonana, la route élargie a été plantée d'arbres ; la campagne s'égaye et s'anime ; une foule d'indigènes se portent à notre rencontre.

Après le pays nu que nous venons de traverser, Fihaonana, récenmoient et coquettement reconstruit, forme une véritable oasis; c'est im joli bourg, aux rues propres et bien tracées. Au centre du village, dans ime excavation profonde, dort \m petit lac, aux eaux bleues, dont les berges ont été aménagées en pépinière par les soldats du poste. Fihaonana donne \me impression d'aisance qui frappe d'autant plus que, quelques mois auparavant, le lieutenant-colonel Gonard n'y avait trouvé qu'un amas de ruines et que les habitants s'étaient enrôlés dans les rangs des rebelles, alors maîtres de tout le pays d'alentour.

Dans l'après-midi, le lieutenant-colonel Lyautey me fait visiter les casernements des tirailleurs, de la milice, puis l'école dirigée par un caporal d'infanterie coloniale et fréquentée par près de deux cents enfants. Aux abords du village, de vastes terrains ont été remués et ensemencés; on sent que, dans ce coin de pays, vieux et jeunes ont été mis en confiance, et suivent avec reconnaissance les conseils qui leur sont donnés.

Nous quittons Fihaonana le lendemain à la première heure, pour atteindre dans l'après-midi, à 40 kilomètres plus au nord, la petite ville d'Ankazobé, chef-lieu de l'ancienne province hova du Vonizongo.

Ankazobé est l'œuvre du lieutenant-colonel Lyautey. Elle a été construite sur im plan judicieusement conçu, qui se prête à tous les développements ultérieurs; de larges avenues la

sillonnent, bordées de jeunes arbres qui donnent déjà quelque ombrage; des squares gazonnés, avec parterres de fleurs, égaient les carrefours ; de coquettes constructions sont édifiées sur plusieurs points : bureaux de l'Administration, cercle français, bureau des postes et télégraphes. École professionnelle, gîte d'étapes, etc.

Dans l'après-midi, visite de rigueur aux casernes et aux écoles. Là encore, je constate que sous la direction de nos soldats, la jeune génération indigène a fait des progrès remarquables dans l'étude du français; les enfants ont l'intelligence ouverte et ce vif désir d'apprendre qui est l'un des traits les plus saillants du caractère de la jeunesse malgache.

Le 5 février, nous visitons au nord-est d'Ankazobé une des régions qui furent le plus disputées aux rebelles et où les quelques partisans de Rabezavana qui n'avaient pas suivi ce chef dans sa soumission, cherchèrent à continuer une lutte sans issue. Cette résistance n'avait pris fin qu'en septembre 1897, à la suite des battues méthodiques exécutées dans la forêt d' Ambohitantely par le lieutenant Grttss, de l'infanterie coloniale. Depuis lors, le calme est rétabli; les Fahavalos et les tontakely (voleurs de nuit) ont cessé leurs méfaits.

Notre excursion de 24 heures se termine par l'examen sm* place d'un projet de route dont le tracé permettra de s'élever de la plaine d'Ankozobé sur le haut plateau qui la domine au nord.

Pour regagner Tananarive, nous abandonnons notre itinéraire de l'aller et nous suivons la route du corps expéditionnaire qui descend dans la vallée où elle longe le cours de l' Andranobé. En moins bon état que le nouveau tracé, l'ancienne piste présente l'avantage de passer à proximité des centres habités et d'offrir un trajet sensiblement plus court; par contre, elle est fort accidentée; sa mise en état et son entretien conmoie route carrossable nécessiteraient des ouvrages d'art nombreux que les ressources actuelles de la colonie ne permettent pas d'envisager.

Deux heures après le départ d'Ankazobé nous passons au

os

MadAfMCAT.

PI. 18, Vhge 114.

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