‹ Neuf ans à Madagascar [par le] général GallieniChapitre 105 sur 179 · ROUTE FORESTIÈRE A DIEGO · texte numérisé non relu

ROUTE FORESTIÈRE A DIEGO

Je continuai mon voyage comme les années précédentes par les escales de Nossi-Bé, Diego et Tamatave.

A Diego, le colonel Ruault, de l'artillerie coloniale, qui avait succédé au général Joffre, et le capitaine de frégate Buchard mettaient la dernière main à l'organisation de la défense, à l'installation des établissements de la marine et aux études du bassin de radoub.

Je visitai de nouveau la route qui, reliant Diego, par la montagne d'Ambre, avec les provinces situées plus au sud, fera cesser l'isolement du camp retranché, tout en facilitant son ravitaillement en temps de guerre. Les travaux étaient fort avancés et les chantiers avaient atteint le point culminant, au lac de Belle-Etape, par i 200 mètres d'altitude. L'étabHssement d'un tracé de route le long du littoral avait été aussi envisagé et il fut procédé à cet effet à plusieurs reconnaissances sur la partie de la côte comprise entre Diego et Vohémar. La conclusion à laquelle on aboutit fut que ce travail n'est pas insurmontable et qu'il pourra être entrepris par la suite, mais que la nécessité de franchir de nombreux cours d'eau et de larges régions marécageuses en rendra l'exécution difficile et coûteuse. En outre, s'il était donné suite à ce projet, il faudrait aviser aux moyens d'interdire en cas de guerre cette voie d'accès à un corps de débarquement ennemi et, dès le temps de paix, constituer à cet effet les défenses nécessaires.

Avant de quitter Diego, j'eus, comme les années précédentes, la satisfaction de constater que la population européenne comprenait et appréciait les efforts de l'administration. C'est ainsi que, dans une cérémonie organisée par les colons à l'occasion de mon passage, M. Moinard, l'un des notables commerçants de la ville, se fit l'interprète de ces sentiments en « remerciant le Gouvernement de la colonie de ce qu'il avait fait et ne cessait de faire pour la prospérité du port et de la région ».

A Tamatave, dont les travaux de voirie et d'assainissement étaient parvenus à faire une agréable cité tropicale, je trouvai le

commerce local sous le coup d'une crise dont j'avais eu depuis plusieurs mois les échos. Je tenais à en étudier les causes de près, d'autant qu'en pareille circonstance les intéressés se montent souvent la tête et rejettent sur le Gouvernement la responsabilité d'opérations hasardeuses dont quelque prudence eût suffi à les dissuader. Pendant mon séjour qui dura deux mois, je m'entretins fréquemment avec les assemblées consultatives locales et les commerçants de la situation générale dans notre grand port de la côte est. J'avais conscience des efforts faits par l'administration pour faciliter les affaires et le trafic ; mais, en cette matière, l'intervention officielle a toujours pour limites l'initiative et la liberté d'agir des intéressés eux-mêmes. Or, une enquête impartiale et approfondie me montra que la principale, sinon l'unique cause de l'état de gêne dont on se plaignait, n'était autre que l'augmentation inopportune, dans la proportion du simple au double en l'espace de quatre ans, du nombre des maisons de commerce établies dans certaines villes de l'île. Dès 1899, j'avais prévu cet écueil et j'en avais signalé le danger en ces termes dans un rapport au ministre, publié par le Journal officiel de la République française : « En ce qui concerne Tamatave, Tananarive, Majunga et même Mananjary et Vatomandry, l'équilibre qui doit exister entre le nombre de commerçants et la capacité de consommation du pays est atteint dès à présent et je ne conseillerai point à de nouveaux commerçants de s'établir de quelque temps encore dans ces divers centres. »

Malgré cet avis très net, des maisons de commerce nouvelles s'étaient créées un peu partout, principalement à Tamatave et Tananarive, sans étude préalable des besoins de la consommation et des conditions d'écoulement. Des commissionnaires en marchandises, habiles à solliciter et à obtenir des commandes, visitèrent en grand nombre Madagascar et l'inondèrent de produits. Bientôt les échéances survinrent, avant même que les stocks en magasin eussent commencé à trouver un placement,

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