UNE CAISSE DE RETRAITES
ces résultats permettent de concevoir les meilleures espérances pour l'avenir économique et financier de l'entreprise'.
Le seul travail un peu ardu restant à exécuter est l'achèvement du tronçon de la montée de l'Angave. Dans cette région, toutefois, la tâche des constructeurs sera facilitée par la proximité de la route de l'est, d'où arriveront aisément sur les chantiers, les matériaux et les approvisionnements nécessaires. En outre, les travailleurs hovas, qui avaient été très éprouvés par les fièvres dans la vallée de la Vohitra, seront d'un grand secours sur la partie haute du tracé, où ils trouveront d'excellentes conditions d'existence et de climat. Enfin, en Emyrne, la plateforme — sous le nom de route de VIkopa — était en grande partie terminée dès la fin de 1904.
En résumé, les perspectives d'avenir de l'entreprise justifient pleinement les gros efforts qui ont été faits et les capitaux qu'il a fallu engager. Il n'est pas superflu, d'autre part, de faire ressortir que, dans une courte période de neuf années, les Malgaches ont eu ce privilège, en matière de transports, de voir s'opérer sous leurs yeux une série de transformations qui, chez d'autres peuples, se sont prolongées pendant plusieurs siècles. Le portage à dos d'homme, institution de la barbarie primitive, a d'abord fait place aux convois par mulets ; puis, sont venus successivement des véhicules divers : charrettes à bras, voitures à bœufs et à chevaux, automobiles, et enfin — dernière et décisive étape du progrès, — le chemin de fer.
Peu après ma rentrée à Tananarive, j'eus la satisfaction de pouvoir promulguer un décret instituant à Madagascar une Caisse de retraites pour les fonctionnaires civils de la colonie et prévoyant des pensions pour ancienneté de services, pour bles-
I. Les dernières nouvelles reçues de Madagascar montrent que l'événement n'a pas trompé mon attente. A la date du i" février 1907, on m'écrivait : « Au chemin de fer, tout marche à souhait. Pour le tronçon Brickaville-Moramanga, l'excédent définitif des recettes sur les dépenses d'exploitation a été de 306000 francs pour l'exercice 1906. Votre définition : chemin de fer du riz ne répond plus seulement à une espérance, mais à la réalité. On commence à envoyer des wag-ons vides à Moramanga pour descendre à la côte des riz malgaches qui, bientôt, se substitueront complètement à ceux qu'on avait jusqu'alors importes d'Extrême-Orient. »
sures ou infirmités, et pour veuves ou orphelins. Ainsi se trouva assuré dans la limite où je pouvais le souhaiter, l'avenir des collaborateurs modestes et dévoués, qui, pour la plupart, m'avaient, depuis 1897, secondé d'une façon si utile et désintéressée. Aujourd'hui, après bientôt deux ans que j'ai quitté la grande île, je saisis l'occasion qui m'est offerte d'adresser le témoignage de ma gratitude à tout ce personnel, et je conserve précieusement le souvenir de son zèle, de son endurance et de sa fidélité au devoir dans les circonstances souvent difficiles où il s'est trouvé placé.
Au début de 1905, je mis la dernière main à l'œuvre d'émancipation des populations malgaches par un arrêté qui^ je dois le dire, ne rallia pas au début tous les suffrages, du fait qu'il plaçait sous un régime d'entière liberté les contrats de travail entre employeurs européens et employés indigènes.
Les engagements de ces derniers, jusqu'alors soumis, en cas d'inexécution, à certaines sanctions pénales, ne furent plus considérés que comme des obHgations de droit commun que l'autorité n'a pas à connaître, et ne purent plus donner lieu qu'à des procès purement civils.
Ainsi, par une série de progrès dont j'ai indiqué les précédentes étapes, la liberté, distribuée avec mesure, s'est infiltrée peu à peu dans l'organisme indigène, et, par l'octroi de franchises successives, a fini par le pénétrer tout entier.
Les Malgaches sont donc libres... même d'être porteurs, si le métier leur convient. Cette profession semble encore du goût d'un bon nombre d'entre eux. C'est ainsi que, peu après l'inauguration du chemin de fer, se tint à Tananarive une curieuse réunion, où la corporation des bourjanes, sorte de syndicat des porteurs malgaches, discuta le plus sérieusement du monde la question de la concurrence à faire à la voie ferrée.
Vers le miHeu de février 1905, j'envoyai dans l'Afrique du sud une mission technique, composée d'un officier parlant couramment la langue anglaise et d'un vétérinaire, pour étudier les