LETTRE DE DÉMISSION
dai, le 17 octobre 1905, à M. le ministre des Colonies, et j'obtins de lui l'autorisation de résigner mes fonctions ^
D'autres apprécieront l'œuvre que j'ai cherché à accompHr et à mener à bien. Je me contenterai de rappeler qu'entre la situation trouvée au début et le régime définitif, inspiré des idées modernes, qui était le but de mes efforts, la distance était telle qu'une série d'étapes était nécessaire pour la franchir. Nulle part au cours de ma carrière, je n'ai apprécié plus fréquemment
I. Voici le texte de la lettre par laquelle je demandai à être relevé de mes fonctions :
GOUVERNEIEKT GÉNÉRAL „ . ,
^^ Pans, le 17 Octobre IQOS.
et Dépendances Le général Gallieni, Gouverneur général de Madagascar
~ et Dépendances, à M. le ministre des Colonies (Cabinet), Paris
Monsieur le Ministre,
Vous avez bien voulu m'annoncer — d'après un càblogramme que vous a adresse M. le gouverneur g-énéral par intérim au cours de sa dernière tournée, — que l'ordre était entièrement rétabli dans la province de Farafangana.
La tranquillité, un instant remise en cause sur un point particulier et par des incidents purement locaux, est donc aujourd'hui redevenue complète dans la grande île.
D'autre part, M. l'inspecteur des travaux publics Constantin, que vous avez charge d'aller examiner sur place les travaux du chemin de fer de Tananarive à la mer, vous a rendu compte des efforts accomplis par tous pour mener à bien cette grande œuvre. L'exploitation sera reprise incessamment dans la première partie de la ligne ; les chantiers viennent d'être ouverts dans la deuxième partie, et le quinzième lot, celui des gorges de la Mandraka, où existent les principaux obstacles, a ete adjuge à l'un de nos entrepreneurs de Tananarive avec un rabais de 36 °/o. Les plus grosses difficultés de l'entreprise paraissent donc résolues et tout fait espérer que le rail atteindra Tananarive dans les délais prévus, et sans dépasser les disponibilités du dernier emprunt.
D'autre part, M. le gouverneur Lépreux, en vous adressant le compte rendu de la délibération du conseil d'administration portant approbation du compte définitif de l'exercice 1904, annonce un excédent de 2431 366 fr. 89. Cet excédent, venant s'ajouter à ceux des exercices précédents, constitue à la colonie un actif global en réserve s'elevant à 8048 108 fr. 29 dont 5 810006 fr. 92 immédiatement disponibles.
Vous avez pu aussi, par un ensemble de prescriptions récentes, diminuer, dans des proportions appréciables, un certain nombre de taxes frappant particulièrement les indigènes.
En outre, comme vous le savez, nos œuvres d'administration, d'enseignement, et d'assistance médicale indigènes ont reçu depuis neuf ans à Madagascar un développement considérable et donnent déjà les résultats les plus satisfaisants.
Enfin, le rapport d'ensemble que je vous ai remis, à mon arrivée à Paris le 16 juin dernier, et qui sera complète par un volume de statistiques actuellement à l'impression, vous a donne sur tous les points les renseignements les plus détailles.
Je considère donc comme terminée ma tâche à Madagascar, et je demande au gouvernement de la Republique, qui m'avait fait l'honneur de me la confier, de me designer un successeur auquel incombera le soin de continuer l'œuvre entreprise par la France dans notre possession de l'océan Indien.
En quittant le gouvernement général de Madagascar, je tiens. Monsieur le Ministre, à vous exprimer ma profonde et respectueuse reconnaissance pour la confiance que vous et vos prédeces-
et plus nettement qu'à Madagascar l'écart qui peut exister entre une organisation vers laquelle on tend, et celle que les circonstances imposent. Pour tout ce qui a touché à la pénétration du pays et à sa pacification, au relèvement physique et intellectuel de la race malgache, à la constitution de l'outillage public et au progrès économique, j'ai procédé par des mesures et réglementations à effet rapide, fréquentes et souvent radicales. En pareille matière, on ne pouvait rien gagner à attendre.
Sur le terrain des transformations administratives, politiques et sociales, j'ai cherché aussi à marcher vite, mais en échelonnant davantage les réformes et en différant celles qui, trop en avance sur la mentalité des populations, n'auraient eu que l'apparence du progrès.
Tout cependant est venu à son heure. Le pays est tranquille et sûr ; la production et le trafic général augmentent ; les budgets successifs se soldent par des excédents de recettes ; le peuple
seurs m'avez toujours témoignée. Pendant cette longue période de neuf années, l'appui du Département ne m'a jamais fait défaut et m'a seul permis, avec la collaboration de nos soldats et de nos fonctionnaires, de nos colons et de nos populations indigènes, de remplir la mission qui m'avait été tracée au mois d'août 1896, lorsque, pour la première fois, je prenais la route de Madagascar.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'hommage de mon respectueux dévouement.
M. le ministre des Colonies voulut bien me répondre par la lettre suivante : MINISTERE DES COLONIES Paris, le 4 Novembre 1905.