‹ Neuf ans à Madagascar [par le] général GallieniChapitre 137 sur 179 · PRINCIPES, MÉTHODES ET RÉSULTATS · texte numérisé non relu

PRINCIPES, MÉTHODES ET RÉSULTATS

Dans le récit qui précède, j'ai relaté suivant l'ordre chronolog-ique, les principaux événements qui ont marqué mes neuf années de commandement à Madag^ascar.

Cette manière de présenter les faits est celle que préfère la majorité des lecteurs.

Cependant, en sautant d'un sujet à l'autre, on se fait moins facilement une idée générale de l'application des doctrines et du développement des institutions.

Dans un livre de vulgarisation, il était utile d'éviter cette critique et j'ai été amené ainsi à consacrer un chapitre final aux principaux résultats d'ensemble.

Evidemment, je ne puis, en quelques pages, en donner qu'un résumé très succinct. Pour le détail, le lecteur devra se reporter aux diverses publications qui ont vu le jour depuis neuf ans, et par lesquelles je me suis efforcé de faire connaître la grande île.

Bien entendu, ces documents qui paraissaient au jour le jour, au fur et à mesure que s'accomplissait l'œuvre de pénétration et de pacification, présentaient souvent des lacunes, des inexactitudes même, que venaient combler ou rectifier les nouveaux renseignements recueillis et les recherches plus récentes opérées dans des régions mieux connues. Mais c'est là le propre de toute vulgarisation du même genre. Fallait-il se borner à enregistrer les actes officiels de la Colonie, sans explications ni commentaires, sans s'exposer par suite aux erreurs et aux critiques, ou, au contraire, accumuler les documents et les renseignements, les provoquer même, les soumettre à l'examen de tous et créer ainsi ces échanges de vues, ces discussions, ces polémiques aussi, qui n'ont jamais manqué à Madagascar? C'est cette seconde méthode que suivit le général Faidherbe, lorsqu'il créa notre colonie du Sénégal. C'est également celle que je me suis efforcé d'appliquer pendant toute la durée de mon administration dans la grande île. La collection du Journal Officiel de Madagascar (Oct. 1896 — Mai 1905), les rapports d'ensemble au ministre des Colonies (1899 et 1905), publiés par le Journal Officiel de la République Française, Is. Revue mensuelle: Notes, Reconnaissances et Explorations, le Bulletin économique de 3Iadagascar, les statistiques jusque fin 1904, les Guides-Annuaires de la Colonie (1898 à 1905), le Guide de l'immigrant, etc.. forment un répertoire aussi nourri que possible et c'est là que doivent puiser ceux qui désirent s'éclairer d'une façon complète sur l'organisation générale de Madagascar, ses ressources naturelles, les conditions de sa mise en valeur, son avenir agricole, industriel et commercial.

§ I Premières déclarations.

Quelques citations feront ressortir les principes qui me guidèrent dés ma prise de fonctions pour l'accomplissement des réformes les plus indispensables.

Aux membres du Gouvernement malgache encore en fonctions à mon arrivée (oct. iSi/'x, je fis

connaître, en ces termes, mes intentions : » Madagascar est désormais terre française et il ne doit subsister aucun doute à ce sujet dans l'esprit de qui que ce soit.

« Les Malg-aches sont devenus sujets français et les couleurs françaises sont les seules qui doivent flotter désormais sur les moindres villages de la grande île.

c Vous pouvez annoncer au peuple que je le traiterai avec la plus grande bienveillance, comme un père traite ses enfants. Je n'aurai de sévérité que pour ceux qui, insensibles aux bons conseils, se révolteraient contre l'autorité que je représente... »

Aux colons français, je fis, dés le 5 octobre, la communication suivante par la voie du Journal Officiel :

« Dans les divers commandements coloniaux que j'ai exercés, j'ai toujours considéré comme le premier de mes devoirs de fournir mon concours le plus complet à mes compatriotes, estimant que nos colonies sont faites pour les colons français et n'ignorant pas les risques auxquels ils s'exposent en aventurant au loin leurs personnes et leurs fortunes. Aussi est-ce de grand coeur que j'applaudis à tous les succès qu'ils peuvent obtenir.

« Je resterai ici fidèle à ces principes et m'efforcerai par tous les moyens de faciliter votre tâche. >

Puis, dans les quinze jours qui suivirent mon arrivée, diverses circulaires très nettes (Voir chapitre III) firent connaître : aux fonctionnaires de tous ordres, européens et indigènes, ma volonté formelle de leur voir obser\'er une stricte neutralité en matière religieuse ; aux directeurs des écoles des diverses Missions, l'obligation où ils seraient désormais, sous peine de fermeture, d'assurer l'enseignement du français dans leurs établissements.

En même temps, je commençai à recueillir les renseignements qui devaient me permettre quelques semaines plus tard, de jeter les premières bases de l'assistance médicale indigène par la création d'un hôpital et d'une École de médecine.

Pendant la première semaine qui suivit mon arrivée, j'eus aussi de très fréquentes entrevues avec les officiers et fonctionnaires qui, appelés à devenir mes principaux collaborateurs, devaient être exactement au courant de mes intentions et des moyens de les réaliser. Enfin, le service des renseignements de l'Etat-Major, que mon premier soin avait été de renforcer, fut largement mis à contribution et dut se multiplier pour me fournir en [quelques jours toutes les informations dont j'avais besoin avant d'arrêter définitivement ma ligne de conduite.

MÉTHODE DE PACIFICATION EN EMYRNE. — LE CERCLE ET LE TERRITOIRE MILITAIRES. —

Instructions du 21 mai 1898 au sujet de la pénétration et de la pacification dans les régions de l'ouest et du sud. — commandement supérieur du sud (l2 sep- TEMBRE 1900-aO MAI 1902).

L'Emyrne, foyer principal de l'insurrection, fut divisée en cercles et territoires militaires ( Voir chapitre II).

Le Cercle Militaire. — Le commandant du cercle, officier supérieur ou capitaine, a pour auxiliaires immédiats deux officiers, l'un chargé des questions militaires et politiques, l'autre des questions administratives et financières.

Seul responsable des résultats, il a sous ses ordres toutes les troupes détachées dans sa circonscription; il assure leur logement et leur alimentation, à l'aide du système des masses précédemment décrit (Chapitre XI).

Les pouvoirs administratifs du commandant ae cercle s'exercent dans les mêmes conditions que ses pouvoirs militaires et s'étendent à toutes les branches. Il a toute latitude pour créer, organiser, nommer à certaines fonctions. Toutefois il lui est recommandé de ne rien brusquer, d'utiliser l'ancienne administration indigène à condition qu'elle offre des garanties suffisantes de probité et de fidélité, enfin de respecter le plus possible les usages et coutumes des habitants. Dans un pays de conquête, tenir compte des traditions locales, c'est le meilleur moyen de faire accepter et d'enraciner rapidement les institutions nouvelles.

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