‹ Neuf ans à Madagascar [par le] général GallieniChapitre 144 sur 179 · POLITIQUE INDIGÈNE · texte numérisé non relu

POLITIQUE INDIGÈNE

Depuis cette époque, pendant rintérim du général Pennequin (1899-1900) et pendant mon second séjour dans l'île (1900-1905), l'Administration centrale a été l'objet de quelques remaniements dictés par la nécessité d'une répartition plus rationnelle du travail ou par des considérations budgétaires.

Enfin, par un arrêté du i»' février 1905, pris trois mois avant mon départ de la colonie, la composition et les attributions des bureaux du Gouvernement général furent fixées définitivement, en tenant compte de l'extension des affaires, et de manière à obtenir de chacun le maximum de rendement.

A côté de l'Administration centrale, fonctionnait le Conseil d'administration, qui connaissait de toutes les questions administratives et financières, et, d'une manière générale, de tous les projets de réglementation intéressant à un titre quelconque la colonie. Jusqu'en 1902, il fut exclusivement composé de fonctionnaires civils et militaires. Un décret du 2 janvier 1902, rendu sur ma proposition, y fit entrer quatre colons, dont deux comme membres titulaires et deux comme membres suppléants.

Le Conseil du contentieux, institué pour juger les litiges administratifs, fut réorganisé presque en même temps. Sa composition est la même que celle du Conseil d'administration, avec adjonction de deux magistrats designés par arrêté du Gouverneur Général.

Le personnel européen de l'Administration de Madagascar se compose d'agents métropolitains détachés de divers Départements ministériels, d'un cadre colonial relevant uniquement du ministre des Colonies, et enfin, d'un cadre local dont le personnel est nommé par le Gouverneur Général. Pour ce dernier cadre, une réglementation précise relative à la solde, à l'avancement, etc.. offre aux agents toutes les garanties désirables. Enfin, sur ma proposition, un décret du 22 novembre 1904 a créé une Caisse locale de retraites au profit de ce personnel si digne d'intérêt.

Rien n'a été négligé non plus pour restreindre les mutations et assurer la stabilité du personnel. Le service y a gagné en régularité et un grand nombre de fonctionnaires rentrant après congé ont demandé d'eux-mêmes à reprendre les postes qu'ils avaient précédemment occupés.

Principes de politique indigène; premières mesures à l'égard des fonctionnaires malgaches. — L'évolution de la politique indigène, dont j'avais fait l'un des principaux articles de mon programme, a consisté, après l'abolition de l'esclavage et l'octroi du régime de la liberté du travail, à donner progressivement aux Malgaches de véritables franchises communales et à les associer sur des bases de plus en plus larges à l'administration de la colonie.

Sous le régime du protectorat, maintenu après iSg^; jusqu'à l'annexion (28 sept. 1896), le système d'administration de l'ancien Gouvernement hova était resté à peu près complètement en vigueur.

En fait, pendant la première période de l'insurrection, les fonctionnaires indigènes avaient canalisé les menées séditieuses et servi à transmettre les ordres d'exécution aux chefs rebelles. Ce rouage maintenu pour servir notre cause était donc utilisé contre elle ; pour le remettre en mains, je le plaçai dés mon arrivée sous l'autorité immédiate des chefs de province et commandants de cercle, qui furent chargés de surveiller et de diriger les fonctionnaires indigènes, de les instruire, d'élever leur niveau moral, de les utiliser suivant lexirs aptitudes et ensuite d'élargir de plus en plus le rôle qui leur était attribué.

Cette oeuvre d'éducation patiemment conduite porta peu à peu ses fruits, et c'est ainsi que je pus, principalement pendant mon second séjour dans l'île (de 1900 à 1905), transformer dans le sen» de la politique d'association le mode d'administration de la colonie.

Extension de l'administration civile. — Sous le régime exceptionnel et transitoire de l'état de siège, institué par l'arrêté du 27 septembre 1896, le système prédominant est celui des territoires et cercles militaires, avec une administration directe rayonnant partout et exerçant sur les fonctionnaires indigènes une surveillance étroite et constante, nécessitée par les circonstances d'alors.

Puis, au fur et à mesure des progrés de la pacification, les territoires et cercles militaires disparaissent pour faire place à des provinces civiles.

Lorsque j'ai quitté la colonie, les deux modes d'administration étaient répartis de la façon suivante :

Cinq cercles militaires : Fort-Dauphin, Mévétanana, Maintirano, pays Mahafaly, Morondava.

Vingt provinces civiles : Ambositra, Analalava, Angfavo-Mangoro-Alaotra, Bétaniménas, Betsimisarakas du centre, Betsimisarakas du Nord, Betsimisarakas du Sud, Diég-o-Suarez, Emyrne centrale, Emyrne du Nord, Farafangana, Fianarantsoa, Itasj', Majunga, Mananjary, Mandritsara, No8si-Bé, Tuléar, Vakinankaratra, Vohémar.

Ces circonscriptions se rattachent à trois t\-pes :

Circonscriptions exclusivement administrées par des militaires (le cercle des Mahafaly est seul dans ce cas); circonscriptions mixtes dirigées, soit par des officiers, soit par des administrateurs avec le concours de fonctionnaires civils ou d'officiers ; circonscriptions exclusivement administrées par des fonctionnaires civils.

Extension progressive de l'administration indigène. — Jusqu'en 1902, en dehors de la substitution progressive du régime civil au régime militaire, l'administration provinciale ne subit dans ses autres rouages, notamment au point de vue indigène, aucune modification profonde. Je ne pouvais, en effet, faire participer activement les fonctionnaires malgaches à l'administration et leur confier le recouvrement de l'impôt, l'exécution des travaux publics, le maintien du bon ordre et de la sécurité, etc., avant qu'ils eussent mérité cette marque de confiance par leurs connaissances acquises et une fidélité bien affermie.

Les réformes commencèrent en 1902 par le pays hova.

Je me préoccupai d'abord d'émanciper les habitants des campagnes qui, à Madagascar, constituent l'élément de beaucoup le plus important de la population. Déjà, en 1897, j'avais supprimé le régime féodal des tompomenakely, avec tous les abus qu'il comportait ; en 1902 j'entrepris de réorganiser le /oÀ'o»'o/o«a, assemblée d\i fokon' ta ny, sorte de commune indigène, dont l'existence était antérieure à la conquête.

Après une étude approfondie de la question, je fis préparer un projet de décret qui, définissant les attributions du fokon'olona et posant les régies de son fonctionnement, lui attribua une autonomie, une initiative et des droits bien définis.

A la date du 2 mars 1902, la sanction du Chef de l'Etat transforma ce projet en décret définitif.

Un an plus tard, un nou^-eau progrès fut réalisé. Les provinces de l'Emyrne furent remaniées au point de vue territorial, de façon à se rapprocher des anciennes circonscriptions hovas et, en même temps, réorganisées sur la base d'une initiative et d'une responsabilité beaucoup plus grandes attribuées aux fonctionnaires indigènes.

Voici d'ailleurs, à ce sujet, mes instructions aux Chefs de province :

« Presque partout, le fonctionnaire européen agit seul. Seul, il fait acte d'autorité et d'initiative; seul, il commande la masse indigène, étudie ses besoins et ses aspirations. Au-dessous de lui, le fonctionnaire indigène reste confiné dans le rôle d'agent de transmission et, beaucoup plus rarement, d'exécution. Qu'il survienne des événements fortuits, n'ayant pu, par avance, faire l'objet des instructions du Chef européen, il se trouve desempare, n'osant prendre aucune mesure, assumer aucune responsabilité.

c C'est cet état de choses qu'il s'agit de modifier, en mettant à profit l'expérience acquise aujourd'hui par la plupart de nos fonctionnaires malgaches et les garanties qu'ils offrent au point de vue de la probité et du dévouement aux institutions nouvelles.

« Il faut, au-dessous du chef de la province, des cadres indigènes effectivement organisés que nous accoutumerons, par une politique d'association progressive, à nos procédés d'administration et à notre organisation sociale. >

L'administration indigène, réorganisée d'après ces principes, fut composée des échelons suivants : des gouvernements principaux, des gouvernements , des gouvernements madinikas ou faritany, des quartiers ou fokon'tany 1.

Aux divers échelons, les fonctionnaires indigènes agissent d'après les ordres généraux qu'ils reçoivent, mais en conservant l'initiative pour les détails d'exécution; responsables vis-à-vis du chef de province, du chef de district ou de leurs supérieurs indigènes, ils dirigent leurs subordonnés dans le sens des instructions qu'ils ont eux-mêmes reçues.

En outre, je rétablis dans chaque circonscription territoriale, province ou district, les ben'ny tany, conseils de notables indigènes, qui assistèrent de leurs avis les chefs européens des circonscriptions.

L'essai pratiqué pendant un an dans la province de rEmyrne centrale donna d'excellents

I. Le fokon'olona con-espond au fokon'tany dont il est l'assemblée populaire.

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