‹ Neuf ans à Madagascar [par le] général GallieniChapitre 166 sur 179 · LE COMMERCE EXTERIEUR · texte numérisé non relu

LE COMMERCE EXTERIEUR

nombreuses et se poursuivirent successivement avec plusieurs Compagnies de navig^ation. Elles étaient encore en cours lorsque j'ai quitté la colonie.

A l'intérieur de l'île, fonctionne un service très complet de communications postales et télégraphiques. Il est assuré par des fonctionnaires et ag-ents de la Métropole, des agents du cadre local, des télégraphistes indigènes, et, dans les localités où il n'existe pas d'agent technique, par le personnel administratif des provinces ou des cercles et les employés des douanes.

Un service de transport des voyageurs et des dépêches par voitures automobiles fonctionne entre le point terminus de la voie ferrée et Tananarive, depuis le i" juin 1903. Malgré les difficultés du pays, ce service a donné un excellent rendement. Le courrier de France parvient à Tananarive environ 28 heures après son débarquement à Tamatave (Voir chapitre X).

Sur le canal des pangalanes. la Betsiboka, l'Ikopa, la Tsiribihina, le Mangoky et l'Onilahy, le transport des courriers est assuré par chaloupes ou canots à vapeur, et par pirogues; sur les autres lignes, dans l'intérieur de l'île, il est effectué à dos d'homme. Il a été créé à cet eifet des relais de porteurs (tsimandoas) dans les principaux postes.

Le réseau télégraphique s'étend sur 5 147 kilomètres ; la longueur totale des conducteurs est de 9776 kilomètres.

Trois réseaux téléphoniques urbains fonctionnent à Madagascar : un à Tananarive, qui compte 176 abonnés, un à Tamatave avec 60 abonnés et un troisième à Majunga avec 42 abonnés.

Le commerce extérieur a plus que triplé en neuf ans et est passé de 17593822 francs en 1896 à 54007766 francs en 1905. En outre, à la fin de cette même année, l'arrivée du chemin de fer dans la vallée du Mangoro a placé la colonie dans les conditions les plus favorables pour l'extension rapide de son mouvement commercial.

Sur les chiffres ci-dessus, les importations se sont élevées de 13 987 931 francs à 31 463 774 francs. Quant aux exportations, qui sont le principal critérium de la mise en valeur d'un pays, elles ont plus que sextuplé dans la même période et sont passées de 3 605 951 francs à 22 553 994 francs.

Enfin, dans le commerce général de la colonie, la part de la France (colonies non comprises) qui ne dépassait pas 6535069 francs en 1896 a également sextuple et s'est élevée à 36978845 francs en 1904. Si l'on considère d'autre part que, pour les importations seules, cette part est de 93 pour 100 du chiffre total, il n'est pas exagéré de dire que les efforts accomplis depuis neuf ans ont abouti au résultat cherche : faire de Madagascar un marché presque exclusivement français.

Dans le même ordre d'idées, je mentionnerai certaines mesures prises pour le développement du commerce intérieur au profit de nos nationaux. Ce furent : la mise en vigueur du système métrique français; le retrait de la monnaie coupée; l'obligation imposée aux commerçants, tant indigènes, que chinois, hindous ou autres d'origine exotique, de tenir des livres établis suivant les principes de notre législation commerciale ; enfin l'institution de grandes foires régionales, qui sont entrées complètement aujourd'hui dans les usages des indigènes.

D'autre part, aucune occasion ne fut négligée : publications dans le journal en langue malgache, le Vaovao, kabary, fêtes publiques, tournées d'inspection, etc.. pour inciter les Malgaches à se vêtir à l'européenne et à devenir ainsi des consommateurs de draps et de tissus français. A Tananarive, nombre d'indigènes, les jeunes gens surtout, ont quitté le lamba pour s'habiller comme nous; les femmes malgaches de condition aisée font aussi d'assez grosses dépenses de toilette, et leur clientèle n'est pas la moindre de celles dont tirent profit nos modistes et couturières européennes établies dans les principales villes de la colonie.

Il resterait à mentionner ici les mesures prises pour favoriser l'essor industriel de Madagascar et les principaux établissements déjà créés. Mais ce sujet a donné lieu {Voir chapitre XI) à des développements qui me dispensent d'y revenir.

En résumé, l'ensemble des résultats économiques obtenus dans les différentes branches de l'agriculture, du commerce et de l'industrie met Madagascar à l'abri de cette critique, souvent formulée, que nos possessions vivent uniquement du contribuable français. Il n'est pas douteux qu'une colonie naissante, oix tout est à créer, impose au début certaines dépenses à la Métropole. Mais il ne s'agit là que d'avances, qui, à une époque plus ou moins rapprochée, seront productives d'intérêts compensateurs pour l'industrie et le commerce général de la nation. Enfin, à ceux qui sont impatients du bénéfice immédiat, on peut dire qu'en ce qui concerne Madagascar cette ère de restitution semble proche, si tant est qu'elle ne soit pas déjà ouverte.

Quel est en effet le bilan actuel de la colonie?

Les dépenses de souveraineté, les seules que fasse la France à Madagascar, consistent uniquemejti dans l'entretien du corps d'occupation ; on ne peut englober dans ces dépenses celles

des travaux et des troupes de Diég-o-Suarez qui sont engagées, non pas en vue de la protection immédiate de la colonie, mais du rôle que notre point d'appui de la flotte est appelé à jouer dans la défense générale de notre empire colonial. Tout compte fait, le budget de l'Etat fournit pour les troupes de Madagascar une quinzaine de millions par an, dont cinq environ rentrent en France. Le surplus, soit dix millions, représente le sacrifice annuel de la Métropole, si sacrifice il y a.

En retour, Madagascar achète chaque année à la France pour 25 millions de marchandises, fournit à son industrie pour 15 millions de produits, entretient dix mille de ses enfants, lui prépare pour l'avenir des débouchés beaucoup plus importants qu'aujourd'hui, et enfin, lui assure dans l'hémisphère austral un centre d'action politique, militaire et économique, qu'elle ambitionnait depuis longtemps. Tout bien pesé, il est permis d'apprécier que la Métropole ne paie pas d'un prix trop élevé ces divers avantages.

STATISTIQUE Le commerce extérieur de Madagascar de 1896 à 1904 a suivi la progression suivante :

1896 Importations 13 987 931 francs. Exportations 3605951 francs.

J'ai indiqué au chapitre XII l'importance relative du trafic sur les principaux produits. En 1904, la provenance des marchandises importées et la destination de celles exportées se sont réparties comme il suit entre les divers pays :

France Importations 22891826 francs. Exportations 14087019 francs.

Angleterre — 632 994 — — 725 462 —

Allemagne — 230457 — — 2887310 —

Amérique — 81 314 — — » » —

Colonies françaises. . — 1366670 — — 581 401 —

Suéde et Nor\-ége. . . — 20035 — — » * —

Côte d'Afrique. ... — 412920 — — 514 191 —

Colonies anglaises. . — 628915 — — 493521 —

Egypte — 12752 — — , »

Autres pays — 141 501 — — 68 560 —

Total. . . 26419384 francs. Total. . . 19357464 francs.

En 1904 on a en outre importé dans l'île, pour les besoins des services publics, 2555297 francs de marchandises non comprises dans les chiffres précédents.

La repartition entre les différents ports du commerce général extérieur (importations et exportations réunies) pour l'année 1904 a été la suivante :

Tamatave 20 544 532 francs.

Majunga 7 539 324 —

Diégo-Suarez 5481 418 —

Mananjar\- 2482923 —

Nossi-Be 2149814 —

Andévorante 2063247 —

Tuléar i 576082 —

Fort-Dauphin I079 373 —

Vatomandry 808 441 —

Farafangana 527325 —

Analalava 413 404 —

STATISTIQUE MINIERE

Vohèmar 371 819 francs.

Morondava 311 864 —

Sainte-Marie 205 '\'\^ —

Ambohibé loi 185 —

Mahanoro 100 058 —

Maintirano . . . • 20 595 —

Caoutchouc de Madagascar. — D'après un renseignement que je dois à l'obligeance de la Maison Michelin, les deux principales variétés marchandes de caoutchouc de Madagascar, le Madagascar rosé et le Madagascar noir, dont le prix s'était maintenu pendant de longues années aux environs de 7 francs le kilo pour le premier et 5 francs le kilo pour le second, se sont vendues récemment lO francs le kilo (rosé) et 8 fr. 50 le kilo (noir) sur le marché du Havre. Cette hausse importante sur un des principaux produits de la colonie, témoigne de l'efficacité des mesures que j'avais prises dans ces dernières années, aussi bien pour en développer la récolte que pour en empêcher la sophistication.

Industrie minière. Exploitation de l'or. — Je rappelle la progression, déjà indiquée au chapitre XI, de la production d'or à Madagascar, de 1896 à 1905 :

En 1896. . . 112 207 francs. En 1899. . . 1043253 francs. En 1902. . . 4132622 francs. En 1897. . . 213 612 — En 1900. . . 3009160 — En 1903. . . 5856778 —

En 1898. . . 336502 — En 1901. . . 2821200 — En 1904. . . 7692942 —

La production de 1904, représentant au total 2451 kilogrammes, a été extraite dans 29 régions par quantités variant entre 457 et 10 kilogrammes.

Les régions ayant donné, pendant cette période, une production supérieure à 100 kilos, sont énumérées ci-aprés :

Bassin du Mananjary (rive gauche) 457 kilog,

Mahanoro-Sahantsio 246 —

Betsiriry 220 —

Fanantara 182 —

Compagnie occidentale (ancienne concession Suberbie) 168 —

Rianila-Vohitra-Haut-Ivondro I34 —

Faraony-Namorona 128 —

Tsinjoarivo-Andranofito II5 —

Le nombre de titres d'exploitation de gisements aurifères en 1904, était de 261 pour une surface de 164864 hectares exploités. Le nombre de permis de recherche de gisements délivres pendant cette même année, s'est élevé à 1 003. En 1896, l'exploitation aurifère ne portait que sur 25 hectares.

Comme je l'ai indiqué précédemment, la presque totalité de la production aurifère provenait encore, lorsque j'ai quitté la colonie, du traitement des alluvions par le procédé primitif de la bâtée. La teneur de ces alluvions peut être estimée à une moyenne de o gr. 60 à un gramme au mètre cube, mais des teneurs beaucoup plus élevées, atteignant 10 à 12 grammes et plus, ont été rencontrées sur certains points.

Des découvertes très intéressantes d'or en roche ont eu lieu aussi dans diverses régions, à la fin de 1904 et au commencement de 1905. Les constatations faites, si pleines de promesses qu'elles fussent, ne permettaient pas, cependant, des affirmations absolument nettes quant à l'existence à Madagascar de filons très riches, susceptibles de produire de ces coups de fortune tels que ceux dont les gisements d'autres parties du monde nous ont donné des exemples. Mais, cette réserve faite, il paraît impossible que, dans un pays où les alluvions sont si étendues, et parfois si riches, on ne découvre pas un jour ou l'autre des filons véritables, dont l'exploitation pourra, avec une bonne législation minière, rémunérer très largement les capitaux engages.

J'ajoute à ce propos que le nouveau décret minier dont il a été question plus haut (Chapitre XI). a été publié au Journal Officiel de la République française dn 24 mai 1907; il reflète en grande partie, les principes du décret de 1902 qui avait été, à mon avis, prématurément abrogé.

§ XI Conclusions .

Le programme que je m'étais proposé de réaliser à Madagascar, peut se résumer ainsi :

1° Au point de vue politique et administratif, pénétrer dans toutes les parties de l'île, y rétablir l'ordre et la sécurité et assurer partout l'autorité incontestée de la France;

2° Faire à notre commerce national une situation privilég-iée ;

3° Réduire les charg-es qui résultaient pour la France de sa nouvelle acquisition; à cet effet, créer le plus tôt possible à la Colonie des ressources lui permettant de se suffire, tout en n'imposant les populations que dans la limite de leurs moyens;

4° Permettre aux colons de faire œuvre d'initiative en supprimant les entraves que l'ancien Gouvernement malgache avait apportées à leur activité, en donnant toutes les garanties voulues à l'exercice de leurs droits et en mettant à leur disposition un outillage public et des moj-ens de transport suffisamment perfectionnés;

5° Améliorer les conditions d'existence des indigènes, préserver la race de la déchéance dont elle était menacée, élever le niveau intellectuel et social des populations, en respectant le plus possible leurs coutumes et leurs institutions traditionnelles.

Ce programme a été entièrement rempli.

Situation politique. — L'occupation de l'île est complète. L'action de la France s'étend partout, non seulement à l'état d'influence politique prépondérante, mais sous la forme d'une autorité eff"ective, afîranchie de toute concurrence et de toute compétition. La question des rivalités étrangères n'existe plus : toutes les difficultés qu'elle avait soulevées au début ont été résolues.

L'état d'esprit général des indigènes est excellent, surtout dans les régions peuplées de l'EmjTne et du Betsiléo ; toutefois, il faut compter encore avec la crédulité et l'impressionnabilite des populations malgaches et envisager la possibilité que certains anciens chefs politiques ou religieux, qui vivaient autrefois de pillage et d'exactions, cherchent à exploiter, au détriment de la France, les incidents de la politique extérieure.

Situation administrative. — Les populations malgaches ont été très sensibles aux mesures libérales qui ont progressivement modifié leur condition et substitué à leur profit le régime de large association aux affaires publiques à celui d'administration européenne généralisée que la gravité des circonstances avait obligé d'adopter au début.

Situation financière. Régime fiscal. — Au point de vue financier, Madagascar a donné, de 1896 à 1905, la plus large satisfaction aux désirs du Gouvernement de la Métropole et du Parlement. La subvention de 2 millions attribuée au début à la Colonie, a été réduite chaque année à partir de 1897 et supprimée en 1903, sur la proposition que j'ai moi-même formulée.

Depuis lors, Madagascar a pourvu à toutes ses dépenses au moyen de ses seules ressources. En outre, dés longtemps avant, le budget local avait pris à sa charge des dépenses auxquelles le budget de l'Etat pourvoit encore pour des colonies beaucoup plus anciennes, dépenses dont certaines constituent réellement des charges de la souveraineté. Cependant, les recettes budgétaires sont allées en s'accroissant jusqu'en 1905, autant par suite du rendement plus régulier des impôts, qu en raison du développement économique du pays, des perfectionnements de l'organisation politique et administrative et du fonctionnement meilleur des services financiers et comptables.

En même temps, on s'est efforce d'enlever aux obligations fiscales des Malgaches, tout ce qu'elles avaient d'arbitraire et d'abusif au temps de l'ancien Gouvernement. Les privilèges ont disparu et le système mis en vigueur offre toutes garanties contre les exactions.

Etat social. — En retour de la charge de l'impôt, les ?lalgaches ont été dotés d'institutions qui, adaptant les principes démocratiques à leurs traditions et à leurs coutumes, leur assurent, pour leurs personnes, leurs familles et leurs biens, des garanties entièrement comparables à celles que nous possédons en France.

A toutes ces mesures bienveillantes sont venues s'ajouter les œuvres d'assistance médicale et d'enseignement.

Les résultats démographiques étint h r;'<:ez lono-ue échéance, l'action salutaire de ra?sistance

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