TRAVAUX GÉODÉSIQUES
la géodésie, avaient calculé un réseau de triangles reliant Majunga avec le pic d'Andriba. Mais le travail entrepris par ces officiers s'était présenté dans des conditions difficiles, et il en était résulté quelques erreurs, rectifiées depuis par le P. Colin.
Après l'entrée des troupes à Tananarive, les études géographiques avaient été bientôt arrêtées par l'insurrection. Toutefois, la région côtière de l'est étant restée calme, le général Voyron prescrivit, au mois d'avril 1896, à la brigade topographique de r état-major, à laquelle le P. Colin avait été attaché, de dresser une carte très détaillée s 'étendant sur la côte est entre Ampanotoamaizina et le confluent de la Vohitra et du Ronga-Ronga (Brickaville actuel). Le but de cette mission était d'examiner la possibilité de prolonger un tracé de chemin de fer du confluent des deux rivières jusqu'au littoral. Ce travail fut l'objet d'une étude sérieuse et complète, représentant un levé topographique de 125 kilomètres carrés.
Dans les premiers mois de 1897, le P. Colin relia le réseau de l'Emyrne avec la triangulation du corps expéditionnaire jusqu'au delà d'Andriba. Obliquant ensuite à l'est, il poursuivit ses observations vers les monts Vohimbohitra, Vohilena, le versant sud-est du pays sihanaka, et ferma sa série de triangles sur Tananarive. La superficie de ce nouveau réseau était de 15000 kilomètres carrés ; le capitaine Maritz avait levé les détails du terrain sur le parcours suivi.
Un peu plus tard, une mission envoyée à Madagascar par le service géographique de l'armée triangula une bande de terrain de 15 kilomètres de largeur sur le parcours Ambatondrazaka- Tamatave- Andévorante .
Pendant que s'exécutaient ces premiers travaux, le bureau topographique de l'état-major établit des cartes d'assemblage pour les diverses échelles qui devaient s'appliquer à la cartographie de Madagascar; enfin, en attendant l'établissement d'un réseau géodésique complet, on utilisa les remarquables travaux antérieurs des PP. Roblet et Colin.
D'autre part, plusieurs de nos compatriotes, confiants dans la sécurité qui renaissait partout, commencèrent à donner des coups de sonde dans le pays, sous la protection de nos troupes. C'est ainsi qu'une mission d'exploration dirigée par le lieutenant Rocheron, de l'infanterie coloniale, et composée de MM. Boussand, ingénieur civil, d'Yerville et Grosclaude, quitta Tananarive à la fin d'octobre 1896 pour se rendre en pays sakalave. A la fin de décembre, elle était de retour dans la capitale, rapportant, en dehors des études particulières qu'elle avait poursuivies, des travaux géographiques intéressants et des renseignements ethniques et autres, qui furent utilisés par la suite pour la pénétration définitive des contrées parcourues.
Peu après, le lieutenant Rocheron fut chargé du commandement d'un district dans ces régions qu'il avait si hardiment explorées. Il n'en devait malheureusement pas revenir. Un jour, il apprend qu'un de ses postes du littoral vient d'être attaqué. La route de terre étant impraticable en raison de la crue des rivières, il prend la mer pour arriver au plus vite. Mais une tempête survient; le boutre qui le porte fait naufrage avec tous ses passagers et ce fut seulement quelques jours plus tard que ses soldats partis à la recherche découvrirent sur la plage son corps rejeté par les flots. Ainsi s'ouvrit, dans des circonstances douloureuses à rappeler, le livre d'or de nos officiers et de nos soldats qui ont payé la conquête du pays sakalave de leurs efforts et de leur vie.
Il convient de signaler également la création d'une revue périodique : Notes, reconnaissances et explorations, dont le premier numéro parut en février 1897, et dont les collaborateurs, officiers, fonctionnaires et explorateurs, contribuèrent de la façon la plus efficace à faire connaître les ressources de la Colonie, et à en préparer le développement.
Tels furent, brièvement résumés, les principaux événements qui s'accomplirent à Madagascar pendant les six mois qui suivirent ma prise de commandement.
CABLOGRAMME DU MINISTRE
Les efforts de tous, officiers de terre et de mer, troupes régulières ou de milice, fonctionnaires, colons, avaient été constamment unis et concordants dans la poursuite de l'œuvre à réaliser.
A Tananarive, la colonie française se serrait les coudes, et s'attachait, dans un sentiment que je ne saurais trop rappeler, à ne pas entraver mes moyens d'action. Pour mettre en contact plus intime ces divers éléments de solidarité nationale, je créai, avec le concours des principales notabilités de la capitale, un « Cercle français », où se rencontrèrent officiers, fonctionnaires et colons, et qui compta, dès le début, un grand nombre d'adhérents.
Ces résultats me permirent, à la réception officielle du 31 décembre 1896, de faire un tableau rassurant de la situation, et d'affirmer, en présence des consuls des nations étrangères, que nous avions définitivement pris pied sur la terre française de Madagascar.
En France, les représentants du pays voulurent bien d'autre part apprécier favorablement l'œuvre déjà accomplie, et la plus précieuse récompense de tous ceux qui s'employaient alors à la francisation de l'île fut ce câblogramme que M. le ministre des Colonies m'adressa dans les premiers jours d'avril :
Paris, le 4 avril 1897.
« Je suis heureux de vous annoncer, et je vous prie de publier que la Chambre des Députés a voté hier à l'unanimité, après une courte discussion, un ordre du jour approuvant la politique suivie à Madagascar et adressant à l'armée qui assure la pacification de cette nouvelle terre française ses patriotiques félicitations. »
Dès que ce câblogramme fut connu à Tananarive, les colons de la capitale m'envoyèrent l'adresse suivante, qui restera l'un des meilleurs souvenirs de ma carrière :
Tananarive, le 20 avril 1897.
a A Monsieur le Général Gallieni, cominandani le corps d'occupation et Résident général de France à Madagascar.
« Les colons français, réunis aujourd'hui en assemblée publique, sont heureux et fiers d'offrir à M. le Général Gallieni l'expression de la joie qu'ils éprouvent à la nouvelle du câblogramme par lequel le Gouvernement de la République lui transmet le vote unanime de la Chambre des Députés, qui approuve la politique suivie à Madagascar, et félicite l'armée d'assurer la pacification de notre grande île africaine.
« Les colons saisissent avec bonheur et empressement cette excellente occasion pour renouveler à notre vaillante armée et à M. le Général Gallieni l'hommage de leur reconnaissance et de leur patriotique dévouement. »
Enfin, la population hova, au fond docile et soumise, témoigna depuis lors, par son attitude générale et sa bonne volonté à se mettre au travail, sa reconnaissance envers la France, et sa satisfaction d'être sortie enfin de la période de troubles et de l'ère de difficultés qu'elle venait de traverser.