COMMERCE DES TISSUS
comme encore aujourd'hui, partisan de la surtaxe des produits étrangers. Sans doute, la réforme ne s'était inspirée qu'à titre secondaire de l'intérêt de la colonie et elle apportait certaines entraves au développement de la richesse locale. Mais, d'autre part, il me paraissait impossible de laisser entre les mains de l'étranger la presque totalité des échanges avec les indigènes ; j'estimais, dès cette époque, que Madagascar devait être un marché privilégié pour l'industrie nationale et que le premier devoir du gouvernement local était de favoriser dans la plus large mesure le commerce français.
Mais cet acte de soHdarité nationale a imposé une lourde charge à la colonie. C'est ainsi que, du fait de l'application de la loi du II janvier 1892 et des décrets qui ont suivi, les barrières élevées contre l'introduction des tissus de coton étrangers et l'obligation faite à Madagascar de s'adresser à l'industrie métropolitaine pour se procurer les tissus qui lui sont indispensables, l'a obligée à dépenser, en moyenne, une somme annuelle supérieure de près de trois millions de francs à celle qu'elle eût versée à l'étranger, pour la même fourniture, sous un régime de libre échange absolu.
En présence d'un sacrifice aussi important, il serait souhaitable que, par réciprocité, la métropole diminuât, en faveur de ses colonies, les droits auxquels elle a soumis, à l'introduction en France, des produits tels que : café, cacao, vanille, girofle, etc., et qu'elle encourageât ainsi les efforts des colons et des indigènes qui en ont entrepris la culture.
Sans doute, on verrait alors s'abaisser les recettes résultant de l'importation en France des cafés, cacaos, vanilles, etc., venant de l'étranger, mais il est permis de croire que l'amoindrissement de cette source de revenus serait compensé et au delà par les avantages de toute nature que procurerait à la métropole le développement de ses possessions.
Je reviens au changement de tarif douanier. L'application de la loi de 1892 eut immédiatement des conséquences très impor-
tantes. C'est ainsi que pour les tissus de coton — qui sont de beaucoup le principal article d'importation à Madagascar — le nouveau tarif éleva de lo pour loo à 35 pour 100 en moyenne de la valeur, le droit qui avait été perçu jusqu'alors sur les tissus étrangers. On espérait que cette protection, sans arrêter brusquement les importations étrangères, permettrait aux industries françaises de s'outiller et de s'emparer progressivement du marché de la colonie.
A la fin de 1897 cependant, on s'aperçut qu'il n'en était rien; la statistique accusait au contraire une régression de la valeur des importations des tissus français (1200000 fr. seulement, contre 1800000 fr. en 1896, sur une importation totale de 8200000 fr.). Les toiles de coton étrangères, — notamment les écrus américains — continuaient à être offertes à des prix interdisant toute concurrence aux tissus français.
Une nouvelle revision des tarifs était nécessaire. 11 en sera question plus loin.
Le deuxième semestre de 1897 fut marqué aussi par un développement considérable du Service de l'enseignement. Plus de 60 geôles officielles furent créées, et, durant la même période, un personnel assez nombreux d'instituteurs et d'institutrices de profession arriva de France, pour constituer les cadres réguliers qui avaient fait défaut jusqu'alors.
Les inspections que je fis à l'Ecole de médecine de Tananarive me permirent aussi de constater les progrès très satisfaisants de nos futurs médecins malgaches. D'autre part, les statistiques de l'hôpital indigène montraient une progression continue dans le nombre des malades hospitalisés et de ceux qui se présentaient chaque jour aux consultations gratuites.
Les discussions entre les Missions religieuses avaient beaucoup perdu de leur acuité; néanmoins, comme les questions scolaires les faisaient renaître de temps à autre, j'instituai une commission qui fut chargée d'examiner les conflits, et réussit presque invariablement à les résoudre d'une façon amiable.