LE SOLDAT BASSET
village d'Ambohitromby, au bord de l'Andranobé, dont les habitants nous opposèrent une résistance opiniâtre au cours de l'insurrection. Comme ailleurs, ce sont des assurances de fidélité qui accueillent maintenant notre passage. A quelques kilomètres plus loin, la route quitte la vallée pour s'élever sur la crête qui en forme labordure occidentale. Vers lo heures, nous atteignons une région parsemée d'énormes blocs rocheux, aux tons de pierre calcinée et aux formes les plus originales. C'est dans ces parages qu'au mois de juin 1896 fut assassiné notre compatriote Joseph Garnier; un modeste monument, érigé au bord de la route, rappelle au voyageur ce douloureux événement de la période des troubles.
Avant de rentrer à Tananarive, nous traversons sucessivement : Manankasina, gros centre de culture, puis Imérimandroso, joli village contre lequel, moins d'un an auparavant, un groupe d'une centaine de rebelles avait dirigé un audacieux coup de main. L'énergique attitude du soldat Basset, chef du dépôt de convalescents d'Ambatoharana, et de quatre de ses camarades, fit échouer complètement cette tentative. Aujourd'hui les temps sont changés, et, dans un village que je traverse à quelques kilomètres d'Imérimandroso, je dois intervenir pour permettre la rentrée dans sa maison natale d'un chef rebelle récemment soumis que les habitants, par excès de scrupule, s'étaient jusqu'alors refusés à recevoir.
Après avoir fait étape à Ambohidratrimo, nous en partons le lendemain à la première heure. Bientôt Tananarive est en vue et nos bourjanes nous y ramènent dans une de ces courses à fond de train qu'ils affectionnent chaque fois qu'à l'issue d'un voyage ils rentrent dans la capitale.
Deux mois plus tard, j'entrepris une nouvelle tournée, cette fois dans la région nord-est de l'Emyrne.
La route du nord que suit notre itinéraire a été récemment mise en état et rendue très praticable. A droite et à gauche, des villages nouvellement reconstruits apparaissent dans les fonds de vallée et donnent une impression d'aisance et de propreté.
NEUF AXS A MADAGASCAR
L'aspect des cultures indigènes atteste la fertilité du sol, mais la pacification ne datant que de quelques mois, de vastes étendues sont encore en friche et les troupeaux, décimés par les hécatombes en masse faites sur l'ordre des chefs rebelles, ne pourront pas être reconstitués avant plusieurs années.
Au village d'Ambohidrabiby, à l'entrée du cercle d'Anjozorobé, un groupe déjeunes gens et déjeunes filles vêtus à l'européenne, me souhaitent la bienvenue au nom de l'ancienne caste noble des Mandiavatos. Puis des couples se forment et accompagnés par un orchestre local, exécutent avec une parfaite correction quelques danses européennes.
A quelques kilomètres de là, nous déjeunons au joli village d'Ambohitrolomahitsy, (en malgache : oh il y a des gens justes), siège d'un poste militaire, d'où nous poursuivons notre route vers le nord. A mesure qu'on avance la végétation devient plus vigoureuse, surtout dès qu'on entre dans la vallée de la Mananara dont le sol alluvionnaire offre des éléments de fertilité que les indigènes ont depuis longtemps appréciés et mis à profit.
Le soir nous faisons étape à Ankazondandy, autre poste militaire pittoresquement juché au sommet d'un mamelon et commandant au loin le pays environnant. Les gens de ce village et des alentours nous étant restés fidèles pendant l'insurrection, j'ai fait convoquer les principaux chefs pour les féliciter de leur attitude et leur distribuer des gratifications et des brevets d'Honneurs, distinction malgache à laquelle ils sont très sensibles.
On rencontre dans la région d'iVnkazondandy des minerais de fer exploités depuis longtemps par les indigènes. Ces minerais, généralement riches, se présentent le plus souvent sous la forme de rognons où le fer à l'état natif est mélangé à une gangue pierreuse; le mode de traitement employé est à peu de chose près celui de la méthode catalane.
Le lendemain matin, vers huit heures, nous atteignons le village d'Ambatomainty, dont la population a également fait preuve d'un sincère attachement à la cause française et de senti-