‹ Neuf ans à Madagascar [par le] général GallieniChapitre 57 sur 179 · LES VILLAGES MILITAIRES · texte numérisé non relu

LES VILLAGES MILITAIRES

Je profite de mon passage à Ambohimanga pour visiter l'ancienne demeure royale. C'est une construction bizarre et sans caractère architectural, élevée au sommet du rova^ Quelques sculptures et enjolivements en bois d'essences précieuses en constituent les principaux ornements. Derrière l'habitation, se trouvent les cases sacrées où reposaient les restes des rois, et la pierre sainte {vato masina) sur laquelle le souverain régnant pouvait seul mettre le pied.

En quittant Ambohimanga, trois heures de filanzane me ramènent à Tananarive.

Le rapide voyage que je viens d'accomplir me laisse cette impression que, jusqu'aux frontières nord et nord-est de l'Emyrne, l'insurrection est définitivement éteinte. Désormais, les postes de surveillance qui couvrent encore le pays, auront pour mission beaucoup moins d'assurer l'ordre qui n'est plus sérieusement menacé, que de gagner la confiance des indigènes, et de poursuivre pacifiquement l'organisation politique et administrative de ces contrées.

Après m'être rendu compte de la situation d'ensemble des régions centrales, il me tardait de recueillir des renseignements analogues sur les provinces côtières et d'y mesurer le chemin parcouru depuis un an. Le 2 juin, je reprends la route de l'ouest pour descendre à Majunga,

Je ne reviendrai pas sur l'itinéraire décrit plus haut, de Tananarive à Ankazobé; à 20 kilomètres au nord de cette dernière ville, nous atteignons Manankazo, village militaire, construit récemment au bord d'une rivière de même nom, dont l'utilité est surtout d'offrir un gîte au voyageur dans un pays sans habitants .

Au delà, apparaît au nord-ouest le massif des Ambohimenas, de près de i 500 mètres d'altitude, qui barre l'ancienne route de Majunga à Tananarive et où l'armée hova, mieux conduite et

I. Le rova est une sorte d'enceinte fortifiée, établie sur un point dominant, qui, sous l'ancien gouvernement malgache, renfermait d'ordinaire les services de l'administration et la garnison.

mieux commandée, eût pu faire, en 1895, une formidable défense.

Après avoir passé la nuit à Manerinerina, second village militaire, nous en traversons deuxautres, AnkarabéetMahatsinjo, que le lieutenant-colonel Lyautey a fait construire pour rendre praticable aux Européens la traversée de la région désertique qui s'étend entre Ankazobé et Andriba.

A quinze kilomètres de Mahatsinjo, la route débouche dans la vaste plaine d' Andriba; bientôt, nous arrivons au poste qui, presque abandonné à la suite de l'expédition de 1895, a été depuis peu remis en état. Les habitants nous font un chaleureux accueil; aux environs, les cultures sont reprises, les troupeaux ont reparu; à Andriba même, le commerce est en bonne voie de relèvement.

Au nord d'Andriba, la route traverse les emplacements les plus connus où les troupes françaises bivouaquèrent pendant la campagne de 1895.

On retrouve un'peu partout, sur la route ou dans les ravins qui la bordent, du matériel, du harnachement, des outils et surtout un grand nombre de voitures Lefebvre dont quelquesunes ont encore des squelettes de mulets dans les brancards. Des ordres sont donnés pour tout rassembler dans des parcs provisoires, en vue d'évacuations sur Tananarive ou Majunga dès que les moyens de communication s'y prêteront.

Si l'on excepte la plaine d'Andriba qui paraît assez fertile et offrir de réelles ressources pour la culture et l'élevage, tout le pays que nous venons de traverser depuis Ankazobé est, à part quelques coins, désert et aride. La végétation consiste en une brousse maigre, roussie au soleil, qui ne devient un peu verte que pendant la saison des pluies. De distance en distance on aperçoit des tertres épars, tombes improvisées, où reposent loin du pays les restes de nos soldats. En faisant pour la première fois cette longue route, je ne puis me défendre d'un pénible souvenir et ne ' pas songer aux rudes étapes qui s'y

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