FORUM MALGACHE
et les demandes à présenter au Gouvernement. Hommes et femmes payant l'impôt et âgés de i6 à 60 ans en font partie de droit.
Pendant Tinsurrection, et pour déjouer les menées séditieuses, j'avais fait exercer une surveillance étroite sur ces réunions et les kabary qui s'y tenaient. Les conditions étant tout autres, rien ne m'empêchait plus de rendre, ou plutôt, de donner leurs franchises aux fokon'olonas. Je n'eus d'ailleurs qu'à m'en louer, car, en maintes circonstances, les décisions prises ou les propositions présentées dans ces assises populaires, empreintes de bon sens et de sagesse, ont facilité la tâche de l'administration.
Comme nos réunions publiques de France, les assemblées forum malgache ont leurs orateurs préférés, dont le langage sonore et pittoresque, tantôt familier, tantôt orné de périphrases ou de métaphores originales, et presque toujours accompagné d'une mimique expressive, agit vivement sur les imaginations. Souvent le discours est coupé d'interpellations à l'auditoire, par exemple celle-ci : « Que celui qui ne pense pas ainsi me contredise ! » ou cette autre, qui ne manque jamais lorsque l'orateur a conscience d'avoir rallié tous les suffrages : « Tsy izany ve ry vahoaka? /> (N'est-ce pas cela, ô peuple?) Ce à quoi le fokon'olona répond par un formidable : « Izany f^» (C'est cela!), véritable cri populaire qui part à la fois de toutes les poitrines.
Le fonctionnement de l'assistance médicale indigène, réorganisé en 1901, prit en 18 mois une importante extension. Au 31 décembre 1902, le service comprenait : une Ecole de médecine indigène, un grand hôpital et un Institut Pasteur à Tananarive ; un parc vaccinogène à Diégo-Suarez; 20 hôpitaux (i 300 lits) ; 4 léproseries terminées (abritant i 200 lépreux) et 2 en construction. Plusieurs de ces établissements furent construits à l'aide de fonds provenant de souscriptions publiques. Quelle preuve meilleure peut-on donner de la mentalité des populations et de ce fait qu'elles comprenaient le but à atteindre et s'associaient de cœur à l'œuvre de l'administration?
Il n'est pas superflu de citer ici quelques chiffres, extraits des statistiques.
En 1902, l'hôpital indigène de Tananarive hospitalisa
1 274 malades ; le nombre des consultations gratuites ordinaires s'éleva à 27 894; les médecins européens donnèrent leurs soins à
2 660 femmes enceintes, visitèrent 33635 enfants en bas âge et pratiquèrent 10066 vaccinations. La variole, qui faisait autrefois tant de ravages, disparut à peu près complètement de l'Emyme et du Betsiléo.
Au 31 décembre 1902, la population de la capitale s'élevait à 57635 habitants, en augmentation de 3846 sur l'année précédente. La natalité pour 10 000 habitants avait été de 474, en augmentation de 21 sur l'année T901 et de 174 sur l'année 1900. La mortalité s'étant chiffrée par 311 pour 10000 habitants, il en résulta, pour cette période de 12 mois, un accroissement net de 163 pour 10 000, qui a encore augmenté depuis, mais était déjà à cette époque notablement supérieur à celui que relèvent les statistiques chez les nations européennes les plus favorisées.
Les institutions d'assistance trouvaient de très utiles auxiliaires dans les médecins indigènes des premières promotions. A l'École de médecine, le niveau de l'enseignement s'était élevé d'année en année. Les débuts avaient été pénibles, car il avait fallu recourir à des interprètes pour faire les cours à des jeunes gens qui, en grande majorité, n'entendaient pas notre langue. PuiSj l'enseignement s'était heurté à des préjugés locaux; les étudiants malgaches répugnaient aux dissections qui choquaient leurs idées sur le culte dû aux morts; on obtenait difficilement d'eux le service des salles et la pratique des pansements, «besognes d'esclaves », disaient-ils, incompatibles avec leur rang social et leur situation.
Les exemples de leurs professeurs européens avaient eu raison de ces préjugés. Une transformation analogue se manifesta bientôt dans les autres branches de l'enseignement. La morgue disparut, et l'esprit de l'étudiant français, sérieux au travail, sans