CHAPITRE VII
Résumé général. — De nombreux phénomènes admettent des preuves pliysiques et ctiimiques. — Difficulté de comprendre bon nombre de ces phénomènes. — Les préjugés empêchent d'.-idmeUre la vérité. — Analyse du débat qui a eu lieu à la Société médico-chirurgicale, au sujet de l'opération de M. Ward — État de la circulation, — Conjectures relatives à la cause de l'étal cataleptiforme.
Avant de terminer la première partie de ce traité, je vais présenter brièvement les points que je considère comme établis dans ce qui précède : 1° La fixation continuelle de l'œil mental et visuel, de la manière et dans les conditions indiquées, a pour effet de plonger le système nerveux dans un état nouveau, accompagné de somnolence et d'une tendance à développer certains phénomènes qui varient selon le mode d'opération et difl'èrent de ceux que nous obtenons pendant le sommeil ordinaire ou pendant la veille. 2" 11 se produit tout d'abord un état très sensible d'excitation de tous les organes de sens spéciaux, à l'exception de la vue, et une augmentation considérable de la force musculaire ; puis les sens tombent ensuite dans une torpeur plus considérable de beaucoup que celle du sommeil naturel, b" Dans cet état, nous avons le pouvoir de diriger ou de concentrer l'énergie nerveuse, de l'élever ou de la déprimera volonté, localement ou généralement. 4o Dans cet étal, nous avons le pouvoir d'exciler ou de déprimer la force et la fréquence de l'action cardiaque, et de la circulation locale ou générale. 5° Nous sommes à môme, lors de cette situation particulière, de régulariser, de contrôler le ton et l'énergie musculaire d'une façon et à un degré
remarqunblos. G° Dp même, nous possfVlons lo pouvoir rie prodiiii'e ries niodincalions rapides eL imporlaiiles dans la circulation capillaire, et dans la totalité des excrétions et des sécrétions du corps ; faits prouvés par l'application de réactifs chimiques. 1° Ce pouvoir peut être appliqué avec profit au traitement d'une foule d'afi'ections rebelles en partie ou entièrement aux traitements ordinaires. 8° L'hypnotisme peut servir à soulager ou à pi'évcnir entièrement la douleur pendant les opérations chirurgicales. 0° Pendant l'hypnotisme, nous pouvons, par la manipulation du crâne et de la face, exciter certaines manifestations mentales et corporelles, selon les parties touchées.
J'ai obtenu des résultats uniformes avec tant de patients, que je suis absolument certain de la rêah'le ch's phénomènes exposés ; je crois que mes conclusions sont parfaitement fondées. Bon nombre de ces phénomènes supportent des preuves physiques et chimiques, au sujet desquelles les patientsne peuvent nous induire en erreur. Quant aux phénomènes qui lear permellraient de le faire, j'ai l'atTirmalion d'un granrl nombre d'entre eux, et sur leur véracité je puis absolument com|)ter; il n'y a pas pour moi l'ombre d'un doute au sujet de la sincérité de leurs données. J'ai tâché d'éviter l'erreur autant pour mon compte personnel que pour celui d'autrui. Je recommande volontiers à ceux qui n'ont pas eu l'occasion d'observer les phénomènes de la façon la plus analytique, ou qui n'ont pas contrôlé les faits avec un esprit libre de tout préjugé, de suspendre leur opinion jusqu'à ce que cette occasion se soit présentée. Il est fort peu probable que l'on puisse se former un jugement exact à ce sujet par la simple lecture ou par ouî-dh'e ; il en sera de môme si l'on n'apporte pas dans cette étude un esprit large et affranchi de tout préjugé. Le sujet est, par luimême, éminemment subtil dans ses manifestations bien différentes de tout ce que nous avons l'habitude de voir dans le cours ordinaire des choses ; aussi, malgré la plus parfaite sincérité, le désir le plus ardent d'arriver à la vérité, à toute la vérité, on éprouve un grand embarras à
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le suivre dans tous ses dévcloppemenls. Comment alors peut-on s'attendre à réussir dans cette étude, si on la poursuit avec un esprit aveuglé par des préjugés tenaces' ?
1 . On trouverait difficilement une preuve de l'influence du préjugé sur les inicllig-enccs les plus solides et de l'obslacle qu'il oppose à des rechcrclios impartiales, plus convaincanle que celle qu'on rencontra ù la dernière réunion de la Société médico-cliirurgicalo de Londres lors du débat qui suivit la lecture de l'observalion lue par M. Ward et relative ;i une ampulalion de la jambe pendant le sommeil niesmérique. N'étant pas moi-même un mag-iiéliseur, et no connaissant individuellement aucune des personnes dont il s'agit, toutes les remarques que je peux faire sont entièrement impartiales, sans passion, sans prévention. L'opération susdite devait avoir eu lieu dans un liopital public, en présence de médecins et de gens du monde : Le patii.'Ut n'aurait manifesté aucune douleur, autant qu'on en pouvait juger par sa pbysionomie, et il ne fit aucun mouvement des jambes ou du corps ; après l'opération il aurait déclaré qu'il n'avait ressenti aucune douleur, mais qu'il avait entendu « un grincement n, que l'on supposa avoir été le bruit de la scie sur l'os ; on reconnaît aussi qu'il s'était plaint pendant l'opération.
Comment fut accueilli le compte-rendu de ce cas? (In se demanda d'abord si le sujet n'était pointun homme de f'aihk ou de mdh sunsi. bilité en yénéral, car on avait connu à'auti-es patients qui, à l'état de veille, étaient inaccessibles à la douleur. Mais, dans le cas actuel, n'a-t-on pas décltré que le malade souffrait si crueilcment de son genou, qu'il ne pouvait dormir, et que sa sanié était tellement ébranlée par ces souffrances que l'ampulalion du membre en élait devenue indispensable ? N'a-t-on pas dit encore que sous l'influence du mesmérisme, prélinnncwe de l'opércdiun, ses douleurs de jambe avaient beaucoup diminué, que le sommeil élait revenu, que sa santé s'était améliorée, et qu'il avait consenti à être opéré sous l'influence du mesmérisme? Et, cependant, après qu'il eut été placé dans les conditions favorables îi l'opération, le mouvement transmis à la jointure, en l'attirant sur leboid du lit, fut suivi de doideurx assez intenses pour le réveiller. Est-ce là une preuve d'insensibilité ?
Op. reconnaît aussi que, comme il a e)i/encZî<, pcnse-t-on, le bruit de l'instrument sciant l'os, il a dû sentir la section de la peau et des parties molles. On sait qu'il est impossible à une personne d'entendre et d'être en même temps dans un état à ne pas sentir des blessures faites aux membres dans le même moment. 11 est bien connu, cependant, que les allcclions d'-s troncs des nerfs de sensation, ou de la moelle épinière, peuvent occasionner un tel état, indépendamment d'une lésion quelconque du cerveau. Mais, dit-on, d'aulre part, s'il n'avait pas senti quand le nerf principal était irrité, l'autre jambe
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Quant aux causes directes des phénomènes, je crois que le meilleur plan à suivre dans l'état présent de nos connaissances à ce sujet est de continuer à accumuler les faits et leurs applications dans le traitement des maladies, et d'ajourner les théories jusqu'à ce que nous ayons des faits
aurait élé convulsionnée. Ceci est presque une affirmation que le préopinant sait parfaitement toutes les lois connues ou ti connaître du système nerveux, et dans toutes les conditions possibles ; c'est prendre une altitude téméraire et qui trouve difficilement grâce devant les personnes qui ont étudié le sujet, même de la part de savants remarquables. D'autres considèrent que l'absence d'expression de la douleur était simple affaire de stoïcisme ; la conséquence ^ tirer des allégations de ces derniers est que le tout n'est que connivence et déception. S'il avait élé ici question de connivence et de déception, aurait-on admis que le patient eût enlendu le bruit de la section de l'os, ou qu'il se fut plaint pendant l'opéralion ? Le savant éditeur, .je crois, d'un journal médical déclara qu'il devait croire cnlaparole de ceux qui présentaient l'observation, mais avoua francbeme t que, quant à lui, « il ne croirait pas la chose, s'il l'avait vue Iv.i-mème « . Quand un hommf a atteint ce degré de préjugé et d'incrédulité, inutile de lui présenter des expériences ou des arguments.
Qu'il me soit permis de demander h ces personnages s'ils n'ont jamais conçu la possibilité d'un patient, en proie depuis longtemps h de grandes douleurs, s'en plaindre par habitude même dans les moments de répit que laisse parfois la soufi'ranee ; ou bien encore sentant son mal et le manifestant par des signes évidents pendant lesommeil, en être absolument inconscient quand il s'éveille '? Ne voyonsnous pas des résultats semblables h la suite d'accidents, dans le cours des maladies, ou comme effet de fortes doses de narcotiques? Je suis certain que tel est le cas pendant le sommeil artificiel provoqué par les méthodes que j'ai indiquées dans ce traité. Je suis également certain que la sensibilité aux piqûres, au pincement, aux blessures du membre rigide a disparu quelque temps avant la disparition de l'ouïe. On peut même, sans le moindre inconvénient, insérer sous les ■ paupières un morceau de papier qui s'y trouve retenu, sans provoquer ('e clignotement. En un mot, je suis certain qu'un patient peut avoir l'ou'ie suflisammcnt sensible pour lui permettre de répondre aux questions, et pourtant être insensilde aux piqûres, au pincement, ou aux courants galvaniques passant par les bras : je suis certain aussi que, si même il se réveille suffisamment pour indiquer qu'il a ressenti ces souffrances, puis qu'il demeure ensuite en repos, au point de revenir à son état de torpeur primitif, il peut avoir perdu tout souvenir de ces douleurs, une fois complètement réveillé.
D'après la circonstance que le patient aurait entendu le bruit de la
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assez nombreux. Ma première opinion a été qu'une grande partie de l'excitation etbon nombre despliénomcnesdevaient être attribués à une altération dans l'état de la circulation cérébrale et spinale, et surtout à l'afflux du sang dans ces organes et dans tous les autres non comprimés parles muscles en rigidité; cet afflux me paraissait provenir de la
scie sur l'os, je crois que l'opération a été commencée trop tôt et j'incline îi croire que les plaintes dont il s'agit se sont produites à la suite dune sensation de douleur légère mais insuffisante pour réveiller le malade, ou pour l'impressionner au point de lui laisser un souvenir ultérieur.
Je conclus : Si, fort de la longue expérience que j'ai acquise de ces résultats analogues dans le cours de mes opérations neuro-hypnotiques, je puis présenter une opinion K cet égard, je n'hésite pas à exprimer mon entière conviction : M Topliam, M. W.ird et le malade ont tous par é du cas et l'ont représenté avec la meilleure foi da monde.
Qu'il me soit permis do rappeler un souvenir à ceux qd veulent étoulTer les investigations et qui croient que nous devrions nous en tenir îi la décision de la commission française ; une commission du même corps savant fut nommée pour faire une étude, un rapport au sujet de la découverte de la circulation du sang par Harvey ; elle rejeta comme une erreur cette importante découverte ; cette senlence cliangea-t-elle les lois de la nature, empêcha-t-elle le triomphe définilif de notre immortel compatriote"? Si l'on commettait une si lourde erreur an sujet île la circulation du sang, sujet plus apparent et d'une démonstration plus facile, n'est-il pas probable qu'on ait pu se tromper dans une décision relative aux lois et à la distribution de l'influx nerveux, sujet incomparablement plus abstrait et plus subtil ?
C'est un fait hisloricjue : Il n'existait pas \\n médecin anglais ayant atteint l'âge de quarante ans, qui voulût croire i la découverte d'Harvey. Faut-il donc tant s'étonner que l'hypnotisme rencontre aujour. d'hui tant d'obstacles ?
Nous finirons ces renjarqucs en rappelant que certains mal.ndes ont pu, dans certain cas, et pa" suite de causes naturelles inconnues, supporter de sérieuses opérations chirurgicales sans aucune sensation de douleur. Ce fait au lieu de militer contre l'état d'insensibilité du malade dont le membre fut amputé pendant le sommeil nerveux, tend directement Me confirmer; car si un état aussi remarquable peut exister par suite de circonstances accidentelles inconnues, il n'y a pas de raisons pour qu'une condition semblable ne soit pas provoquée par des moyens artificiels.
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dinieulté qu'éprouvait le fluide sanguin, pcndanl l'ctal cataleptiforme, à passer en proportion suffisante à travers les extrémités rigides. Je n'ai pas eu, jusqu'à présent, occasion de modifier cette opinion ; mais je suis porté à conclure que le s^'stème ganglionnaire ou système organique de nerfs est aussi stimulé très fortement par la même cause, et qu'ayant ainsi acquis une prédominance inusitée, il produit un grand nombre des phénomènes remarquables dont nous avons traité. Quiconque examine soigneusement l'injection de la conjonctive, la circulation capillaire delà tête, de la face et du cou, la distension des veines jugulaires, le rebondissement des artères carotides, et l'augmentation considérable dans la fréquence du pouls pendant l'état de rigidité des membres, ne peut pas manquer d'en conclure qu'il y a un afflux extraordinaire à la tête. Puis, quand on volt tous ces symptômes se modifier si rapidement dès que l'état cataleptiforme des membres a disparu, comment peut-on encore douter que la rigidité des membres et par conséquent l'obstruction à la libre circulation du sang qui les parcourt, ne soient la cause principale de cette congestion à la tête et aux autres parties du corps qui ne supportent point de pression directe des muscles rigides ' ?
1. Ao sujet de l'état cataloptiforme, je ferai les remarques suivantes, Comm; simple conjerture, et dans l'espoir qu'elles pourront provoquer les recherelics d'autres expérin:!entateurs.
La conU'action ou le mouvement musculaire csl volontaire ou involontaire. Les mouvements volontaires sout les résultats d'un ordre de l'esprit, proveaani du cerveau, et elTectuant la contraction ou le raccourcissement des libres musculaires : les mouvements involontaires ou réfle.xes sont la suite de l'irritation transmise à la moelle épinière, irritation qui produit un résultat semblable et qui peut être excités par le chalouillement, les piqûres, ou les pincements de la peau au.^ extrémités d'un animal décapité ou privé de sentiment. 1' me paraît, cependant, que la tendance aux contractions musculaires et leur efficacité dépendent, en g-rande partie, d'une autre cause, c'està-dire, du degré de ton on de tension des muscles pendant le repos; et ce degré de ton dépend, je crois, du système nerveux organique ou ganglionnaire. Si nous supposons que, faute de cette manière d'être du