MODES ET BUTS DES OPÉRATIONS
connus pendant des semaines, des mois, des années, et peuvent disparaître rapidement sous l’influence de quelque attaque aiguë. Je suis d’avis, dans des cas semblables, de provoquer un état d’excitation intense pendant un comH espace de temps, et de le terminer de façon abrupte, dans l’espoir de modifier l’action première, et de mettre ainsi fin au désordre ; en effet, dans de nombreux cas, les désordres fonctionnels chroniques les plus obstinés disparaissent, ou sont grandement améliorés, par quelques opérations de ce genre.
J’ai encore admis, qu’en tenant un organe particulier quelconque en éveil ou en action, pendant que les autres sont endormis, il y a augmentation considérable d’activité produite par la direction, vers ce point, de toute l’énergie nerveuse, ou puissance sensorielle ; ou bien en maintenant tous les autres organes dans l’activité, tandis qu’on laisse dans la torpeur celui qui a été trop actif, cette activité extraordinaire diminue d’intensité, et cela probablement de façon permanente ; je crois que le stimulus extraordinaire, d’un côté, détruirait la susceptibilité aux impressions asthéniques, qui provoquent souvent ou maintiennent habituellement l’activité ou la sensation morbide ; et d’autre part, qu^en suspendant la sensibilité morbide d’un organe pendant un certain temps et en excitant les fonctions opposées, un tel état peut rapidement s’améliorer.
Que j’aie eu tort ou raison dans mes vues théoriques, on ne peut mettre en doute que, dans de nombreux cas, je n’aie réussi .dans l’application de l’hypnotisme en tant qu’agent curatif ; et les résultats heureux des opérations ont 'été si immédiats et si nets, qu’on ne saurait méconnaître la relation de cause à effet. Toutefois, il me semble démontré que le succès dépend en grande partie de l’impression produite par la modification dans la circulation. Dans les cas où le sommeil se produisait sans élévation dans la force et la fréquence de l’action cardiaque, il fallait provoquer cette élévation qui était alors suivie immé-
DE l’hypnotisme
diatement de bons résultats, tandis qu’il n’y avait pas eu d’amélioration avec le pouls lent. Le cas suivant est un exemple remarquable de ce fait : — Nodan, sourd-muet, âgé de vingt-quatre ans; ce jeune homme n’avait jamais entendu de sons, à l’exception d’un coup de fusil et du tonnerre, l’ébranlement de l’air à ces moments étant suffisant pour lui donner la sensation du son plutôt que l’ouïe proprement dite. La mère me dit que M. Vaughan, principal de l’école des sourds-muets où était Nodan, croyait que les signes d’entente que donnait le jeune homme étaient plutôt dus à des sensations qu’à l’ouïe. A la première opération, le pouls s’éleva très peu, et je ne pus constater ensuite s’il entendait, tant soit peu. A l’épreuve suivante, le pouls s’éleva, et l’effet fut remarquable ; en rentrant, il fut tellement ennuyé par le bruit des voitures que pendant quelque temps il ne voulut plus subir de nouvelles opérations. Il n’a été opéré qu’un petit nombre de fois. Actuellement, demeurant dans une rue retirée, il entend les fanfares qui passent dans la rue principale et court à leur rencontre.
Je montrerai d’abord l’efficacité de l’hypnotisme sur les différents sens ainsi que sur l’état mental. Je parlerai en premier lieu de la vue. La manière d’opérer dans les cas chroniques, est de provoquer d’abord le sommeil, puis d’étendre les extrémités, et d’empêcher les yeux de tomber en torpeur en les éventant ou en faisant passer sur eux, de temps en temps, un courant d’air. Le temps qu’il faut garder les patients dans cet état varie de six à douze minutes, selon la circulation. Les cas suivants montreront à quelles affections des yeux j’ai, avec avantage, appliqué ce mode de traitement.
1®"^ Cas. — Mme Roiley vint me trouver le o avril 1842. Elle était âgée de 34 ans. Depuis seize ans elle souffrait beaucoup d’une affection de la tête, accompagnée de douleurs dans les yeux et de faiblesse dans la vue ; tout s’était enfin aggravé au point qu’elle ne pouvait, même à l’aide de lunettes, lire plus de quelques minutes à la fois.
ROILEY
Elle avait suivi des traitements très énergiques sous la direction de praticiens compétents ; elle avait été saignée à la veine et localement, on lui avait appliqué des vésicatoires. — Un jour, on lui avait posé des sangsues à deux reprises différentes ; et elle avait eu cinq vésicatoires à la tête dans le courant du mois ; — elle avait pris presque toutes les variétés. de médecines internes que son état pouvait suggérer ; toutefois, sa vue n’en devenait pas meilleure. Pendant des années, il avait été nécessaire, toutes les quelques semaines, de lui raser la tête et de lui appliquer des affusions froides et des lotions alcooliques, afin de diminuer la chaleur excessive et les autres sensations de gêne qui' la tourmentaient. La peau de la face palmaire des mains était si dure, si sèche et si irritable, qu’elle était exposée à se gercer quand elle essayait d’ouvrir les mains complètement. Les douleurs qu’elle ressentait dans la journée, et l’irritahilité générale à laquelle elle était sujette lui avaient rendu indispensable l’usage d’une pilule calmante trois fois le jour ; malgré cela, les nuits étaient mauvaises ; elle se trouvait forcée de se lever et de marcher dans la chambre plusieurs fois pendant la nuit ; sa mémoire était devenue si faible qu’elle était obligée de descendre et de remonter plusieurs fois avant de se rappeler ce qu’elle était venue chercher. Trois ans environ avant de me consulter, elle avait eu une attaque de paralysie qui l’avait privée, pendant quelques jours, de l’usage des muscles du côté droit de la face. Tel était l’état de sa santé et de sa vue avant qu’elle me consultât. Le document suivant, certifié par elle et par d’autres personnes qui furen t présentes à la première épreuve, fera comprendre le résultat de mon opération :
« Mme Roiley (âgée de 54 ans), Chapel-Street, Salford, domiciliée auparavant à South-Windsor Street, Toxteth Park, Liverpool (il y a quatre ans, et elle était alors connue sous le nom de Miss Robinson), perd graduelle-
Braid.
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ment la vue depuis l’âge de trente-quatre ans. Elle vint me voir pour la première fois le 6 avril 1842; elle ne pouvait alors lire l’en-tête du journal, à l’exception des mots Macclesfield Courier ; après huit minutes d’hypnotisation, elle put lire distinctement and Herald, et quelques minutes plus tard, elle lisait la totalité de la petite ligne au-dessous, Congleton Gazette, Stockport Express, and Cheshire Advertiser, ainsi que le jour, le mois et la date du journal. La malade et trois autres patients, présents pendant toute la durée de l’opération, certifient que le rapport ci-dessus est exact. »
Signé : Alice Roiley.
M. A. Stowie.
Ann. Stowie.
Henry Ga&GS.
Quand Mme Roiley vint me voir deux jours plus tard, elle me fit le récit suivant : Après m’avoir quitté, le 6, elle fut très heureuse de l’amélioration, qui s’était produite dans sa vue, et elle voulut essayer ses yeux en regardant différents objets exposés dans les vitrines ; elle remarqua qu’elle pouvait voir distinctement les traits d’un portrait, exposé chez M. Agnew, et quelle lisait l’inscription « Sir Robert Peel, Bart., » sans ses lunettes, chose qui lui eût été impossible auparavant. Elle me dit aussi qu’après s’être retrouvée chez elle, elle prit sa petite bible du type «diamant polyglotte », etfutagréablement surprise de voir qu’à l’aide de ses lunettes elle pouvait lire le 118® psaume, (29 versets) ; cependant, ajoutait-elle, ce livre lui était fermé depuis des années. Voici le rapport qu’elle fit et certifia le 12 avril 1842: — « Mme Roiley put, à l’aide de ses lunettes, lire un psaume dans la bible polyglotte de la plus petite dimension, le jour même de sa première hypnotisation. Deux jours après (le 8 avril), elle fut hypnotisée une seconde fois. Le jour suivant, elle fit un mouchoir de dentelle, à l’aide de ses lunettes. Le 12 avril, l’amélioration ayant continué, elle lut, en présence de plusieurs témoins, sa